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XXV. — Théorie de la substance primordiale

Anaximène est l'un des philosophes auxquels Théophraste consacra une monographie spéciale S et ce fait nous donne une garantie de plus de l'authencité de la tradition dérivée de son grand ouvrage. Les passages qui paraissent contenir le plus exact et le plus complet résumé de ce qu'il avait à dire sur le point central du système sont les suivants * :

Anaximène de Milet, fils d'Eurystrate, qui avait été associé d'Anaxiniandre, disait, comme celui-ci, que la substance fondamentale était une et infinie. Il ne disait pas, toutefois, comine

■ Diog. II,3(R. P. 23).

- Voir l'appréciation de Théophraste, ci-dessus, % 13.

^' Sur ces monographies, voir Dox. p. 103.

* Voir le tableau des extraits de Théophraste donné dans Dox. p. 1.36.

Anaximandre, qu'elle fût indéterminée, mais déterminée, car il disait que c'était l'air. —Phys. Op. fr. 2 (R. P. 26 ; DV 3 A 5). •

De lui, disait-il, sont nées les choses qui sont, qui ont été et qui seront, les dieux et les choses divines, tandis que les autres choses viennent de la descendance de celle-ci (de la substance fondamentale). — Hipp. Réf. I, 7 (R. P. 28 ; DV, 3 A 7, 1).

«Exactement, disait-il, comme notre âme, qui est air, nous soutient, le souffle et l'air entourent le monde entier. » — Aét. I, 3,4 (R. P. 24; DV 3 B 2).

Et la forme de l'air est la suivante. Là où il est le plus égal, il est invisible à notre regard ; mais le froid et la chaleur, l'humidité et le mouvement le rendent visible. Il est toujours en mouvement, car s'il ne l'était pas il ne changerait pas autant qu'il le fait. - Hipp. Réf. I, 7 (R. P. 28 ; DV, 3 A 7, 2).

Il se sépare en diverses substances en vertu de sa raréfaction et de sa condensation. — Phys. Op. fr. 2 (R. P. 26 ; DV, 3 A 5).

Quand il est dilaté de façon à être rare, il devient feu ; tandis que, d'autre part, les vents sont de l'air condensé. Les nuages se forment de l'air par foulage ' ; et quand ils se condensent encore davantage, ils deviennent eau. L'eau, en continuant à se condenser, devient terre; et quand elle se condense autant que cela se peut, elle devient pierre. —Hipp. Réf. I, 7 (R. P. 28 ; DV, 3 A, 7 3)''.

XXVL — Raréfaction et condensation.

A première vue, il semble que, de la doctrine plus raffinée d'Anaximandre, l'on tombe à une vue plus grossière, mais un moment de réflexion montre que ce n'est pas du tout le cas. Au contraire, l'introduction, dans la théorie, de la raréfaction et de la condensation est un notable progrès*. En fait, elle rend la cosmologie milésienne entière -

» « Foulage » (tcÎXt)<jiç) est le terme régulièrement employé par les anciens cosmologues pour désigner ce processus, et Plalon le leur a emprunté. (Tim. 58 b 4 ; 76 c 3).

2 Une forme plus condensée de la même tradition doxographique est donnée par Ps.-Plut. Strom. frg. 3 (R. P. 25; DV 3 A, 6).

3 Simplicius, Phys. p. 149, 32 (R. P. 26 6 ; DV 3 A 5) dit, suivant les mss, que Théophraste parlait de raréfaction et de condensation dans le cas d'Anaximène seul. Nous devons ou bien supposer avec Zeller (p. 193, n. 2) que cela signifie « seul parmi les plus anciens Ioniens », ou lire, avec Usener, iipcÙTO'j au lieu de jiovou. Les termes régulièrement employés sont xûxvwoiç et àpatwatç ou (jiâvwotç. Plutarque, de prim. frig.

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ment consistante pour la première fois ; car il est clair qu'une théorie qui explique tout par les transformations d'une substance unique est obligée de regarder toutes les différences comme purement quantitatives. La substance infinie d'Anaximandre, d'où sont «séparés» les opposés renfermés «en elle», ne peut pas, strictement parlant, être considérée comme homogène, et la seule manière de sauver l'unité de la substance primordiale est de dire que toutes les diversités sont dues à la présence d'une plus ou moins grande quantité de cette substance dans un espace donné. Et quand, une fois, ce pas important a été franchi, il n'est plus nécessaire de faire de la substance primordiale quelque chose de «distinct des éléments », pour employer l'expression inexacte, mais commode, dAristote ; elle peut tout aussi bien être l'un d'eux.

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