XXVII. — L'air
L'air dont parle Anaximène renferme, en grande proportion, ce que nous n'appellerions pas de ce nom. Dans son état normal, quand il est tout à fait également distribué, il est invisible, et alors il correspond à nptre « air » ; il est identique au fluide que nous inhalons et au vent qui souffle. C'est pourquoi il le nommait Trvs-jaa. D'autre part, la vieille idée qu'Homère nous a rendue familière, et qui veut que la buée ou vapeur soit de l'air condensé, est encore admise sans discussion. En d'autres termes, nous pouvons dire qu'Anaximène supposait beaucoup plus facile d'obtenir de l'air liquide que nous ne l'avons appris depuis par l'expérience. Ce fut, nous le verrons, Empédocle qui, le premier, découvrit que ce que nous appelons air était une substance corporelle distincte, et n'était identique ni à la vapeur, ni à l'espace vide. Chez les premiers cosniologues, r«air» est toujours une torme de vapeur, et l'obscurité elle-même en est une autre. Ce fut aussi Empédocle
947 f (R. P. 27 ; DV 3 B 1), dit qu'Anaximène désignait l'air raréfié pai' l'expression zb ^aXapov.
qui éclaircit ce point en montrant que l'obscurité est une ombre ^
Il était naturel pour Anaximène d'adopter l'air ainsi compris comme substance primordiale ; car, dans le système d'Anaximandre, il occupait une place intermédiaire entre les deux opposés fondamentaux, la sphère de flamme et la masse froide et humide qui est en elle (§ 19). Nous savons par Plutarque qu'Anaximène s'imaginait que l'air devenait plus chaud en se raréfiant, plus froid en se condensant. Il s'en convainquait lui-même par une curieuse preuve expérimentale : quand nous soufflons avec la bouche ouverte, l'air est chaud ; quand nous soufflons avec les lèvres rapprochées, il est froid ^