‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 41 sur 240 · XXIX. — Les parties du monde · texte numérisé non relu

XXIX. — Les parties du monde

Nous en venons maintenant à la tradition doxographique concernant la formation du monde et de ses parties :

Il dit que la terre vint pour la première fois à l'existence lorsque l'air fut foulé. Elle est très large, et elle est par conséquent supportée par l'air. — Ps.-Plut., Strom. fr. 3 (R. P. 25 ; DV, 3 A 6).

De la même manière, le soleil, la lune et les autres corps célestes, qui sont de nature ignée, sont supportés par l'air à cause de leur largeur. Les corps célestes ont été produits par l'humidité qui s'élève de la terre. Quand elle est raréfiée, le feu prend naissance, et les étoiles sont composées du feu qui s'est ainsi élevé. Il y a aussi des corps de substance terrestre dans la région des étoiles, et qui tournent avec elles. Et il dit que les corps célestes ne se meuvent pas au-dessous de la terre, comme d'autres le supposent, mais autour d'elle, comme une cape tourne autour de notre tête. Le soleil se dérobe à nos regards non pas parce qu'il passe sous la terre, mais parce qu'il est caché par des parties plus hautes de la terre, et parce que sa distance de nous devient plus grande. Les étoiles ne donnent pas de chaleur à cause deleur grand éloignement. — Hipp., Réf. I, 7, 4-6 (R. P. 28; DV3A 7).

Les vents sont produits quand l'air est condensé, et se précipite par l'effet d'un choc ; mais quand il est encore plus concentré et épaissi, il en résulte des nuages ; et finalement il se change en eau >. — Hipp. Réf. I, 7, 7." (Dox. p. 561 ; DV 3 A 7).

Les étoiles sont fixées comme des clous sur la voûte cristalline du ciel. — Aét. II, 14, 3 (Dox. p 344 ; DV 3 A 14).

Elles ne passent pas au-dessous de la terre, mais tournent autour d'elle. - Ib. 16, 6. (Dox. p. 346 ; DV 3 A 14.) Le soleil est de feu. — Ib. 20, 2 (Dox. p. 348 ; DV 3 A 15). Il est large comme une feuille. — Ib. 22, 1. (Dox. p. 352 ; DV 3 A 15.)

Les corps célestes sont détournés de leur course par la résistance de l'air comprimé. — Ib. 23, 1. (Dox. p. 352 ; DV 3 A 15.)

* Ici, le texte est gravement altéré. Je conserve èxTtsuuxvtuuévoc parce qu'on nous dit plus haut que les vents sont de l'air condensé, et j'adopte la conjecture de Zeller : àpaiw sîoçéprjTai (p. 246, n. 1).

La lune est de feu. — Ib. 25, 2. (Dox. p. 356 ; DV 3 A 16.)

Anaximène expliquait l'éclair comme Anaximandre, ajoutant, pour illustrer sa pensée, ce qui arrive sur la mer, qui étincelle quand elle est divisée par les rames. — Fb. III, 3,2 (Dox. p. 368; DV3A 17).

La grêle se produit quand l'eau se congèle en tombant ; la neige, quand un peu d'air est emprisonné dans l'eau. — Aét. III, 4,1. {Dox. p. 370; DV 3 A 17).

L'arc-en-ciel se produit quand les rayons du soleil tombent sur de l'air fortement condensé. C'est pourquoi sa partie antérieure semble rouge, étant brûlée par les rayons du soleil, tandis que l'autre partie est sombre, à cause de la prédominance de l'humidité. Et il dit qu'un arc-en-ciel est produit de nuit par la lune, mais pas souvent, parce que ce n'est pas constamment pleine lune, et parce que la lumière de la lune est plus faible que celle du soleil. — Schol. Arat. » (Dox. p. 231 ; DV 3 A 18.)

La terre est pareille à une table, quant à sa forme. — Aét. III, 10, 3 (Dox. p. 377 ; DV 3 A 20)'.

La cause des tremblements de terre est l'aridité et l'humidité de la terre, occasionnées respectivement par les sécheresses et par les fortes pluies. — Ib. 15, 3 (Dox. p. 379).

Nous avons vu qu'Anaximène avait toute raison de retourner en arrière jusqu'à Thaïes en ce qui concerne sa théorie générale de la substance primordiale ; mais il est hors de doute que ce fait eut des conséquences malheureuses pour les détails de sa cosmologie. Anaximène tient, lui aussi, la terre pour un disque pareil à une table, et flottant sur l'air. Pour lui, le soleil, la lune et les planètes sont aussi des disques de feu qui flottent sur l'air « comme des feuilles ». Il en résulte qu'on ne peut se représenter les corps célestes comme passant de nuit sous la terre, mais seulement comme la contournant latéralement, à la manière d'une cape ou d'une meule de moulin^. Cette curieuse

1 La source de ce fragment est Posidonius, qui utilisait Théophraste. Dox. p. 231.

2 Théodoret (IV, 16) parle de philosophes qui croient à une révolution pareille à celle d'une meule de moulin, en opposition à la révolution d'une roue. Diels (Dox. p. 46) attribue ces comparaisons respectivement à Anaximène et à Anaximandre. Elles viennent naturellement d'Aétius

l'école milésienne 83

opinion est aussi mentionnée dans la Météorologie d'Aristote S où il est fait allusion à l'altitude des parties septentrionales de la terre, grâce à laquelle les corps célestes peuvent se dérober à notre vue. En fait, tandis qu'Anaximandre regardait les orbites du soleil, de la lune et des étoiles comme obliques par rapport à la terre, Anaximène se figurait la terre elle-même inclinée. Le seul progrès réel qu'on puisse noter à son actif est la distinction entre les planètes, qui flottent librement dans l'air, et les étoiles fixes, qui sont assujetties sur la voûte «cristalline» du ciel '. Les corps terrestres qui circulent parmi les planètes sont évidemment destinés à expliquer les éclipses et les phases de la lune ^

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