XXXII. — Migrations vers l'ouest
Jusqu'ici, nous n'avons rencontré aucune trace d'un antagonisme direct entre la science et les croyances populaires, quoique les opinions des cosmologues milésiens fussent en réalité aussi incompatibles avec les religions du peuple qu'avec la mythologie des poètes anthropomorphiques ^ Deux choses hâtèrent le conflit : le déplacement de la scène vers l'ouest, et le réveil religieux qui se produisit en Grèce au cours du VI® siècle avant Jésus-Christ.
Les principales figures qu'enregistre l'histoire de la philosophie pendant cette période furent Pythagore de Samos et Xénophane de Colophon. Tous deux étaient Ioniens de naissance, et cependant tous deux passèrent la plus grande partie de leur vie dans l'Occident. Hérodote nous apprend comment l'avance des Perses en Asie Mineure occasionna une série de migrations vers la Sicile et l'Italie méridionale ^ et cela changea naturellement en une grande mesure les conditions de la philosophie, aussi bien que celles de la religion. Les nouvelles idées s'étaient probablement développées d'une manière si naturelle et si graduelle en lonie que le conflit et la réaction avaient été évités ; mais il n'en pouvait être de même quand elles furent transplantées dans
> Sur les idées théologiques d'Anaximandre et d'Anaximène, Toir §§ 22 et 30.
2 Cf. Herod. I, 170 (conseil de Bias); VI, 22 sq. (Kalè Aktè).
une région où les hommes n'étaient pas le moins du monde préparés à les recevoir.
Un autre effet — un peu postérieur, il est vrai — de ces migrations, fut de mettre la science en contact avec la rhétorique, un des produits les plus caractérisques de la Grèce occidentale. Dans Parménide déjà, nous pouvons noter la présence de cet esprit dialectique et critique qui devait avoir une si grande influence sur la pensée grecque, et ce fut justement cette fusion de l'art d'argumenter en vue de la victoire avec la recherche de la vérité, qui donna naissance à la logique.