‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 45 sur 240 · XXXIII. — Le réveil religieux · texte numérisé non relu

XXXIII. — Le réveil religieux

Le réveil religieux, qui atteignit son point culminant vers cette époque, exerça sur la philosophie une influence dont on ne saurait exagérer la portée. La religion de la Grèce continentale s'était développée d'une tout autre manière que celle de l'Ionie. Le culte de Dionysos, en particulier, qui venait de Thrace, et qui n'est mentionné qu'en passant dans Homère, renfermait en germe une façon entièrement nouvelle d'envisager les rapports de l'homme avec le monde. On aurait certainement tort d'attribuer aux Thraces eux-mêmes des opinions par trop élevées, mais il est hors de doute que le phénomène de l'extase suggéra aux Grecs l'idée que l'àme était quelque chose de plus qu'un faible double du moi, et que ce n'était qu'« en dehors du corps» qu'elle pouvait montrer sa vraie naturel En une moindre mesure, des idées analogues furent suggérées par le culte de Déméter, dont les mystères étaient célébrés à Eleusis ; mais, à une date postérieure, elles n'en vinrent pas moins à jouer un rôle très important dans les esprits des

1 Sur tout cela, voir Rohde, Psyché, pp. 377 sq. (2» éd. II, 1). Il est probable que Rohde exagérait le degré auquel ces idées étaient déjà dékveloppées parmi les Thraces, mais la connexion essentielle de la nouvelle vue sur l'âme avec des cultes du Nord est sans cesse confirmée par la tradition.

hommes. La cause de ce fait fut leur incorporation à la religion officielle d'Athènes.

Avant l'époque dont nous nous occupons, la tradition nous permet d'entrevoir un âge de prophètes inspirés — JBakides et Sibylles — suivi d'un autre âge d'étranges guérisseurs ou sorciers, comme Abaris et Aristéas de Proconnèse. Avec Epiménide de Crète, nous touchons aux confins de l'histoire, tandis que Phérécyde de Syros est le contemporain des premiers cosmologues : nous possédons encore quelques fragments de son écrit. Il semblait que la religion grecque fût sur le point d'arriver au même stade de développement qu'avaient déjà atteint les religions de l'Orient ; et il est difficile de voir ce qui, à part l'essor de la science, aurait pu s'op{/oser à celte tendance. On a l'habitude de dire que les Grecs furent préservés d'une religion de type oriental par le fait qu'ils n'avaient pas de caste sacerdotale, mais c'est là prendre l'effet pour la cause. Ce ne sont pas les prêtres qui font les dogmes, quoiqu'ils les conservent une fois constitués, et dans les premiers stades de leur développement, les peuples de l'Orient n'avaient pas non plus de clergé au sens dont nous en parlons ici ^ Ce fut moins l'absence d'un corps de prêtres que l'existence d'écoles scientifiques qui sauva la Grèce.

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