‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 46 sur 240 · XXXIV. — La religion orphique · texte numérisé non relu

XXXIV. — La religion orphique

La nouvelle religion — car elle était nouvelle en un sens, quoique, en un autre, elle fût aussi vieille que l'humanité — atteignit son apogée par la fondation des communautés orphiques. Pour autant que nous pouvons le savoir, la patrie originelle de ces communautés fut l'Attique, mais elles se répandirent avec une extraordinaire rapidité, spécialement dans le sud de l'Italie et en Sicile -. C'étaient, en

1 Voir E. M^'^er, Gesch. des Alterth. II, | 461. C'est par une survivance de la pensée française au XVIII« siècle qu'où attribue souvent au clergé un rôle exagéré.

' Voir E. Meyer, Gesch. des Alterth. II | 453-460, qui insiste avec rai-

première ligne, des associations pour le culte de Dionysos, mais elles se distinguaient par deux traits, nouveaux chez les Hellènes. Elles plaçaient dans une révélation la source de l'autorité religieuse, et elles étaient organisées en communautés artificielles. Les poèmes qui contenaient leur théologie étaient attribués au Thrace Orphée, qui était luimême descendu dans le Hadès, et était par conséquent un guide sûr à travers les périls qui assiégeaient l'àme séparée du corps dans le monde de l'au-delà. Nous possédons des restes considérables de cette littérature, mais ils sont pour la plupart de date récente, et ne peuvent être tenus pour des témoignages certains des croyances du VP siècle. Nous savons cependant que les idées directrices de l'orphisme étaient d'origine très ancienne. Un certain nombre de tablettes d'or, sur lesquelles étaient inscrits des vers orphiques, ont été découvertes dans l'Italie méridionale ^ ; et quoiqu'elles soient un peu postérieures à la période dont nous nous occupons, elles remontent à une époque où rOrphisme était une foi vivante et non une renaissance fantastique. Ce que l'on peut en tirer relativement à la doctrine offre une ressemblance étonnante avec les croyances qui prévalaient en Inde vers le même temps, quoiqu'il semble impossible qu'il y ait eu alors un contact effectif entre l'Inde et la Grèce. Le but essentiel des Orgia^ était de « purifier » l'àme du croyant et de la rendre ainsi capable d'échapper à la « roue des naissances », et c'était pour mieux atteindre ce but que les Orphiques étaient organisés en

son sur le fait que la théogonie orphique est la contiouation de l'œuvre d'Hésiode. Comme nous l'avons vu, une partie de cette théogonie est même plus ancienne qu'Hésiode.

1 Sur les tablettes d'or de Thurium et de Pétélia, voir l'appendice aux Prolegomena to the Siudy of Greck Religion de Miss Harrison, où leur texte a été discuté par le professeur Gilbert Murra}', qui en a aussi donné la traduction.

2 C'était le plus ancien nom de ces « mystères », et il signifie simplement «sacrements» (cf. sopY»). Les orgies ne sont pas nécessairement orgiastiques. Cette association d'idées vient uniquement du fait que les orgies appartenaient au culte de Dionysos.

communautés. Les associations religieuses doivent avoir été connues aux Grecs depuis une date assez reculée S mais les plus anciennes d'entre elles étaient fondées, en théorie du moins, sur les liens que constituait la parenté du sang. Ce qui était nouveau, c'était l'institution de communautés auxquelles n'importe qui pouvait être admis par l'initiation ^ C'était, en fait, l'établissement d'églises, quoique rien ne nous prouve qu'elles fussent reliées entre elles de telle sorte que l'on soit fondé à en parler comme d'une seule église. Les Pythagoriciens se rapprochèrent davantage de la réalisation de cette pensée.

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