‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 47 sur 240 · XXXV. — La philosophie, chemin de vie · texte numérisé non relu

XXXV. — La philosophie, chemin de vie

Nous avons à nous occuper ici de la renaissance religieuse essentiellement parce qu'elle fitnaitre la pensée que la philosophie est par dessus tout un « chemin de vie ». La science, aussi, était une « purification », un moyen d'échapper à la « roue ». C'est là l'opinion si fortement exprimée dans le Phédon, de Platon, qui fut écrit sous l'influence des idées pythagoriciennes ^ Socrate était devenu pour ses partisans le «Sage» idéal, et ce fut à ce côté de sa person-

' Hérodote raconte qu'Isagoras et ceux de son y^voç adoraient le Zens Carien (V, 66), et il est probable que les Orgeones attachés par Clisthèue aux phratries attiques étaient des associations de cette nature. Voir Foucart, Les associations religieuses chez les Grecs.

2 Un surprenant parallèle à tout cela nous est fourni par ce que nous lisons dans Robertson Smith, Religion of the Sémites, p. 339. « Le trait essentiel qui les distinguait (les mystères sémitiques du V1I« siècle avant J.-C.) des vieux cultes publics avec lesquels ils vinrent en compétition, . c'est qu'ils n'étaient pas fondés sur le principe de la nationalité, mais qu'ils cherchaient des recrues parmi les hommes de toute race disposés à accepter l'initiation par les sacrements mystiques. »

* Le Phédon est dédié, pour ainsi dire, à Echécrate et à la société pythagoricienne de Phlionte, et il est évident que le côté religieux du Pythagorisme fit impression sur Platon dans sa jeunesse, quoique l'influence de la science pythagoricienne ne se marque clairement que dans une période postérieure. Notez spécialement le mot àrpaTtoç de Phédon 66 h 4. Dans la République, X, 600 b 1, Platon parle de Pythagore comme du fondateur d'une ô8ôç nç pîou privée.

nalité que s'attachèrent surtout les Cyniques. C'est d'eux que procédèrent le Sage stoïcien et le Saint chrétien, ainsi que toute l'engeance d'imposteurs que Lucien a mis au pilori pour notre édification \ Saints et Sages sont gens à se montrer sous des formes inquiétantes, et Apollonius de Tyane a fait voir finalement où cette mentalité pouvait conduire. Elle n'était entièrement absente d'aucune philosophie grecque après les jours de Pythagore. Aristote en est aussi imprégné que n'importe qui, comme nous pouvons le voir par le livre X de VEthique, et comme nous le verrions encore plus distinctement si nous possédions dans leur intégrité des œuvres telles que le Protreptikos *. Platon essaya, il est vrai, de rendre le Sage idéal utile à l'Etat et à l'humanité par sa doctrine du roi-philosophe. Il est le seul, à notre connaissance, qui ait fait un devoir aux philosophes de descendre tour à tour dans la caverne d'où ils ont été délivrés, afin de venir au secours de leurs anciens compagnons de captivité*. Ce ne fut pas, cependant, la manière de voir qui prévalut, et le «Sage» se détacha de plus en plus du monde. Apollonius de Tyane était pleinement justifié à se regarder comme l'héritier spirituel de Pythagore ; car la théurgie et la thaumaturgie des écoles grecques postérieures n'étaient que le fruit de la semence jetée en terre dans la génération qui précéda les guerres persiques.

1 Cf. spécialement le point de vue de la Bîwv itpâoiç.

- Sur le IIpoTpîTiTixôç d' Aristote, voir Bywater dans le J. of Phil. H, p. 55 ; Diels dans VArchiv, I, p. 477, et les notes sur VEthique I, o, de mon édition

* Plato, Rep. 520 c 1 : xaTa^atéov ojv sv ^ipei. L'allégorie de la caverne paraît être d'origine orphique, et je tiens pour tout à fait justifiée la «nggestion du prof. Stewart {Myths of Plato, p. 252, n. 2) que Platon avait dans l'esprit la y.a-i^a'zii eî; 'AtSoj. L'idée de délivrer les « esprits en prison » est de point en point orphique.

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