‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 48 sur 240 · XXXVI. — Pas de doctrine dans les «mystères · texte numérisé non relu

XXXVI. — Pas de doctrine dans les «mystères

On aurait tort, d'autre part, de supposer que l'Orphisme ou les mystères suggérèrent aux philosophes des doctrines définies quelconques, du moins durant la période que nous allons considérer. Nous avons admis qu'ils impliquaient en fait une nouvelle opinion sur l'àme, et nous aurions pu, en conséquence, nous attendre à constater qu'ils modifièrent profondément l'idée que les hommes se faisaient du monde et de leurs rapports avec lui. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cela n'arriva pas. Même ceux des philosophes qui étaient dans les relations les plus étroites avec le mouvement religieux, tels qu'Empédocle et les Pythagoriciens, professèrent sur l'âme des opinions qui contredisaient en fait la théorie impliquée dans leurs pratiques religieuses \ Il n'y a de place pour une âme immortelle dans aucune des philosophies de cette période. Jusqu'aux temps de Platon, l'immortalité ne fut jamais étudiée d'une manière scientifique, mais seulement supposée dans les rites orphiques, auxquels Platon recourt à moitié sérieusement pour confirmer sa propre doctrine '\

Il est facile de rendre compte de tout cela. Pour nous, un réveil religieux est généralement la vivante mise en œuvre d'une doctrine nouvelle ou oubliée, tandis que la religion de l'antiquité n'avait, à proprement parler, pas de doctrine du tout. « On n'attendait pas des initiés, nous dit Aristote, qu'ils apprissent quoi que ce soit, mais seulement qu'ils fussent affectés d'une certaine manière, et mis dans une certaine disposition d'esprit ^ » Tout ce que l'on demandait,

' Sur Eropédocle, voir % 119; sur les Pythagoriciens, ^ 149.

2 Cf. Phed. 69 c 2 : xal xivojveûouai xat oî zàç reXîTàç -^fj-tv outot xaraoTT^aavTEç où tpaùXoî tiveç eïvai, àXXà ~(ù ôvti itâXat atvÎTTea9--ti x. t. X. Pourraiton se méprendre sur la gentille ironie de ce passage et d'autres semblables ?

3 Arist. frg. 45, 1483 a 19 : xoùç r£Xo'j[i.£vout où fia&eîv rt âeîv, àXXà noôet» xal 8iaT£&^vat.

c'est que le rituel fût correctement accompli ; l'adorateur était libre d'en donner l'explication qui lui plaisait. Elle pouvait être aussi exaltée que celle de Pindare et de Sophocle, ou aussi matérielle que celle des marchands de mystères décrits par Platon dans la République. L'essentiel était qu'il sacrifiât irréprochablement son cochon.

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