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III. — Traces de la vue primitive dans

LA plus ancienne LITTÉRATURE.

A certains égards, la voie avait déjà été préparée. Bien avant que commence l'histoire, la colonisation des îles et des côtes de l'Asie-Mineure avait produit un état de choses défavorable au maintien strict des coutumes et des voies traditionnelles de pensée. Un mythe est essentiellement une chose locale, et quoique les émigrants pussent donner les noms des sanctuaires ancestraux à des lieux analogues dans leurs nouvelles demeures, ils ne pouvaient transporter, avec les noms, les anciens sentiments de respect. En outre, ce furent, somme toute, des temps émouvants et joyeux. L'esprit d'aventure n'est pas favorable à la superstition, et

les hommes dont la principale occupation est de combattre ne se laissent pas opprimer par cette « crainte du monde » que quelques-uns nous disent être l'état normal du sauvage. Et même le sauvage s'en libère en une grande mesure quand il est réellement heureux.

Homère.

C'est pourquoi nous trouvons si peu de traces de la vue primitive du monde dans Homère. Ses dieux sont devenus franchement humains, et tout ce qui est sauvage est, dans la mesure du possible, soustrait au regard. Il y a naturellement des vestiges des croyances et des pratiques anciennes, mais par exception. Dans cet étrange épisode du XIV« livre de V Iliade, qui nous montre Zeus trompé par Aphrodite, nous trouvons un certain nombre d'idées théogoniques qui, ailleurs, sont tout à fait étrangères à Homère, mais elles sont traitées avec si peu de sérieux que le morceau tout entier a été regardé comme la parodie de quelque poème primitif sur la naissance des dieux. C'est là, pourtant, se méprendre sur l'esprit d'Homère. Il trouve le vieux mythe à portée de sa main, et il y voit la matière d'un «joyeux conte», tout comme Démodokos dans les amours d'Ares et d'Aphrodite. Il n'y a pas là un antagonisme conscient avec les vues traditionnelles, mais plutôt un complet détachement à leur égard.

On a souvent noté qu'Homère ne parle jamais de la coutume primitive qui veut qu'on se purifie quand on a versé le sang. Les héros morts sont brûlés, non ensevelis, comme l'étaient les rois de la Grèce continentale. Les esprits ne jouent guère de rôle. Dans Ylliade, nous avons, il est vrai, l'esprit de Patrocle, en connexion étroite avec le seul exemple de sacrifice humain que nous offre Homère. Tout cela faisait partie de l'histoire traditionnelle, et Homère en parle aussi peu que possible. On trouve aussi, dans le XI* livre de VOdyssée, l'épisode de la Nekyia, auquel a été assignée une date récente, par la raison qu'il renferme

des idées orphiques. Cette conclusion ne paraît pas s'imposer. Comme nous le verrons, les Orphiques ont moins inventé des idées nouvelles qu'ils n'ont fait revivre les anciennes, et si la légende conduisait Odysseus au séjour des morts, l'épisode devait être décrit selon les vues admises sur ce point.

En fait, nous ne sommes jamais en droit d'inférer du silence d'Homère que la vue primitive lui était inconnue. Si certaines choses sont absentes de ses poèmes, il faut y voir plutôt réticence qu'ignorance ; car, partout où une vieille histoire pouvait lui fournir quelque élément utile à son dessein, il n'hésitait pas à l'y puiser. D'autre part, quand la tradition le mettait nécessairement en contact avec des idées sauvages, il préférait traiter ces dernières avec réserve. Nous pouvons inférer de là que, dans une certaine société, du moins, à savoir dans celle des princes pour qui chantait Homère, la vue primitive du monde était déjà discréditée à une date relativement ancienne \

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