XL. — Chute de l'Ordre
Pendant un certain temps, le nouvel Ordre paraît avoir réussi, effectivement, à s'assurer le pouvoir suprême, mais la réaction finit par se produire. Sous la conduite d'un noble riche, Cylon, Crotone réussit à lutter victorieusement contre la domination pythagoricienne, qui, l'on peut bien
penchaient vers la « libre pensée ». (Meyer, Gesch. des Alterth. III ^ 059) L'homme de ces derniers n'est pas Pythagore, mais Xénophane. '
1 Pour l'identification de Pythagore avec Apollon Hyperboréen nous ayons l'autorité d'Aristote, frg. 186, 1510 b 20. Les noms d'Abaris et d Ansteas attestent un mouvement mystique parallèle à l'Orphisme mais basé sur le culte d'Apollon. La tradition postérieure en fait des prédécesseurs de Pythagore, et non sans quelque fondement historique comme le prouve Herod. IV, 13 sq. et surtout l'indication qu'Aristéas avait une statue à Métaponte, où mourut Pvthagore. La mise en rapport de Pj-thagore avec Zalmoxis appartient au même ordre d'idées Comme la légende des Hyperboréens est délienne, nous vovons que li religion enseignée par Pythagore était d'origine authentiquement ionienne. M"'=»"cm
le croire, avait été assez irritante. La « règle des Saints » n'aurait rien été en comparaison, et nous pouvons encore nous représenter — en la partageant — la colère que devait ressentir le simple homme du peuple en ces jours-là. Car il se voyait dicter la loi par une coterie d'incompréhensibles pédants, aux yeux desquels c'était un devoir de s'abstenir des fèves, et qui ne lui permettaient pas de corriger son propre chien parce qu'ils reconnaissaient dans ses aboiements la voix d'un ami défunt (Xénophane, fragm. 7). Ce sentiment fut encore exaspéré par le culte privé de l'association. Les Etats grecs ne pouvaient pardonner l'introduction de nouveaux dieux. Non pas, sans doute, que pour eux les dieux en question fussent des faux dieux. Qu'ils l'eussent été, cela même n'eût pas été de si grande conséquence. Ce que ces Etats ne pouvaient tolérer, c'était que n'importe qui prétendît établir des moyens privés de communication entre lui et les puissances invisibles. Cela introduisait dans les intitulions publiques un élément inconnu et incalculable, qui, selon toute probabilité, pouvait être hostile aux citoyens qui n'avaient pas les moyens de se rendre propice la divinité intruse.
La version d'Aristoxène sur les événements qui amenèrent la chute de l'Ordre pythagoricien a été reproduite tout au long par Jamblique. A l'en croire, Pythagore avait refusé de recevoir Cylon dans sa société, ce qui avait fait de ce dernier un ennemi acharné de l'Ordre. A cause de cela, Pythagore quitta Crotone et alla s'établir à Métaponte, où il mourut. Les Pythagoriciens,cependant, restèrent maîtres du pouvoir à Crotone, jusqu'à ce qu'à la fin les partisans de Cylon mirent le feu à la maison de Miloii, où ils étaient assemblés. Deux seulement de ceux qui y étaient, Archippos et Lysis, échappèrent à la mort. Archippos se retira à Tarente, et Lysis d'abord en Achaïe, puis à Thèbes, où il fut plus tard le maître d'Epaminondas. Les Pythagoriciens qui survécurent se concentrèrent à Rhegium, mais comme les.'
choses allaient de mal en pis, ils abandonnèrent tous l'Italie, excepté Archippos ^
Ce récit a tout l'air d'être historique. La mention de Lysis prouve cependant que ces événements s'étendirent sur plus d'une génération. Le coup d'Etat de Crotone ne peut guère s'être passé avant 450 avant J.-C, si le maître d'Epaminondas y échappa, et il se peut même très bien qu'il ait eu lieu encore plus tard. Mais ce fut nécessairement avant 410 que les Pythagoriciens quittèrent Rhegium pour la Grèce ; Philolaos était certainement à Thèbes vers cette époque '.
La puissance politique des Pythagoriciens, en tant qu'Ordre, était ruinée pour toujours, quoique, comme nous le verrons, quelques-uns d'entre euxl soient retournés plus tard en Italie. En exil, ils paraissent n'avoir renoncé qu'aux parties purement magiques et superstitieuses de leur système, ce qui leur permit de prendre la place qui leur revenait parmi les écoles philosophiques de la Grèce.