‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 52 sur 240 · SUR LA DOCTRINE PYTHAGORICIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA DOCTRINE PYTHAGORICIENNE

Sur les opinions de Pythagore, nous en savons encore moins, si c'est possible, que sur sa vie, Aristote, évidemment, ne savait rien de certain relativement aux doctrines morales ou physiques qui remontaient au fondateur de

1 Voir Rohde, Rh. Mus. XXVI, p. 565, n. 1. Le récit donné dans notre texte (JambL V.Pyth. 250; R. P. 59 fc; DV 4, 16) remonte à Aristoxène et à Dicéarque (R. P. 59 a). Il n'y a aucune raison de supposer que leur opinion sur Pj-lhagore ait vicié leur relation d'un fait historique qui doit avoir été parfaitement bien connu. Suivant une version postérieure, Pjrthagore lui-même aurait péri dans les flammes avec ses disciples dans la maison de Milon. C'est là simplement un raccourci dramatique de toute la série des événements ; nous avons vu que P^-tliagore mourut à Métaponte avant la catastrophe finale. L'allusion de Poh'be, II, 39 (R. P. 59; DV 4, 16) à la destruction, parle feu, de cjvÉSpta pythagoriciens implique certainement que les troubles se prolongèrent pendant un temps considérable.

2 Platon, Phd. 61 dl, e 7.

l'association lui-même ^ Aristoxène se contenta de donner un chapelet de préceptes moraux ^ Selon un passage cité par Porphyre, Dicéarque affirmait qu'on ne connaissait presque rien de ce que Pythagore enseignait à ses disciples, excepté la doctrine de la transmigration, celle du cycle périodique, et celle de la parenté de toutes les créatures vivantes ^ Le tait est que, comme tous les maîtres qui introduisent une nouvelle manière de vivre plutôt qu'une nouvelle vue du monde, Pythagore aimait mieux instruire oralement que de répandre ses opinions ^par l'écriture, et ce ne fut qu'à l'époque alexandrine que l'on se risqua à forger des livres sous son nom. Les écrits attribués aux plus anciens Pythagoriciens étaient aussi des élucubrations de la même période*. L'histoire du Pythagorisme primitif est donc entièrement conjecturale ; mais nous pouvons encore essayer de nous rendre compte, d'une manière tout à fait générale, de la position que dut occuper Pythagore dans l'histoire de la pensée grecque.

1 Quand il discute le système pythagoricien, Aristote parle toujours des «Pythagoriciens», et non de P>i:hagore lui-même, et non sans intention, comme semble le prouver l'expression ol y.aXoûu.£voi IIu&aYooetoi, qui se rencontre plus d'une fois dans ses œuvres (p. ex. Met. A, 5.985 & 23; de Cœlo, B, 13.293 a 20). Pythagore lui-même n'est mentionné que trois fois dans tout le corps aristotélicien, et dans un seul de ces passages {M. Mor. 1182 a 11) une doctrine philosophique lui est attribuée. Nous y lisons qu'il fut le premier à discuter la question du Bien et qu'il commit l'erreur d'en identifier les diverses formes avec des nombres. Mais c'est là justement une des choses qui prouvent la date récente des Magna Moralia. Aristote lui-même sait parfaitement bien que ce qu'il connaît sous le nom de système p3'thagoricien appartient pour l'essentiel à l'époque d'Empédocle, d'Anaxagore et de Leucippe, car, après avoir mentionné ceux-ci, il désigne les Pythagoriciens comme leurs « contemporains» et leurs» aînés » (èv Se xoÛTOtc y-où itpô to'j- T(uv, Met. A, 5, 985 b 23).

2 Les fragments des nuQ-ayopixal àitocpâset; d' Aristoxène sont donnés par Diels, Vors. p. 282 sq. (45 D).

•'' V. Pyth. 19 (R. P. 55).

* Voir Diels, Dox. p. 150 et Ein gefàlschtes Pgthagorasbiich(Arch. III, p. 451 sq.). Cf. aussi Bernays, Die Eeraklitischen Briefe, n. 1.

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