LIV. — Les corps célestes
Anaximandre avait regardé les corps célestes comme des roues d'wair», remplies d'un feu qui s'échappe par certaines ouvertures (§ 19), et nous sommes fondés à admettre que Pythagore adopta cette opinion *. Nous avons vu qu' Anaximandre ne supposait l'existence que de trois roues pareilles, et soutenait que la roue du soleil était la plus basse. Il est extrêmement probable que Pythagore identifiait les intervalles entre ces anneaux avec les trois intervalles musicaux qu'il avait découverts, la quarte, la quinte et l'octave. Ce serait l'origine la plus naturelle de la doctrine postérieure de !'« harmonie des sphères», mais il faut bien prendre garde que cette expression serait doublement trompeuse si on l'appliquait à une quelconque des théo-
» Platon, Tim. 58 d 2.
- Indication fournie par Plutarque, de def. ordc. 422 b, d, qui la tenait lui-même de Phanias d'Erésos, lequel l'avait donnée sur l'autorité d'Hippys de Rhegium. Si nous pouvons supposer avec Wilamowitz (Hernies XIX, p. 444) que ce dernier nom désigne en réalité Hippasos de Métaponte (et ce fut à Rhegium que les Pythagoriciens cherchèrent un refuge), nous avons là un argument précieux.
' Platon, Tim. 55 c 7 sq.
* Voir sur ce point chap. IV, 1 93.
ries que nous pouvons à juste titre attribuer à Pj'thagore lui-même. Le mot ocpfxovta ne signifie pas harmonie, et les « sphères » sont un anachronisme. Nous sommes encore à l'époque où les roues ou anneaux étaient regardés comme suffisants pour rendre compte des mouvements des corps célestes. Il faut aussi observer que le soleil, la lune, les planètes et les étoiles fixes doivent tous être considérés comme se mouvant dans la même direction de l'est à l'ouest. Pythagore n'attribuait certainement pas aux planètes un mouvement circulaire propre de l'ouest à l'est. L'ancienne idée était plutôt qu'elles étaient plus ou moins laissées en arrière chaque jour. Comparé avec les étoiles fixes, Saturne est le moins de toutes dépassé, et la Lune le plus ; au lieu donc de dire que la Lune mettait moins de temps que Saturne pour accomplir sa course à travers les signes du zodiaque, on disait que Saturne cheminait plus vite que la Lune parce que, moins qu'elle, il se laisse distancer par les constellations. Au lieu de dire que Saturne met trente ans pour accomplir sa révolution, on disait qu'il fallait trente ans aux étoiles fixes pour dépasser Saturne, et seulement vingt-neuf jours et demi pour dépasser la Lune. C'est là l'un des points les plus importants qu'il faut avoir présents à l'esprit quand on étudie les systèmes planétaires des Grecs, et nous y reviendrons ^
L'exposé que nous venons de faire des doctrines de Pythagore est sans aucun doute conjectural et incomplet. Nous lui avons simplement attribué les portions du système pythagoricien qui semblent être les plus anciennes, et il ne nous a pas même été possible de citer entièrement les témoignages sur lesquels notre discussion est basée. Ce sys-
1 Pour uu clair exposé de cette opinion (qui était encore celle de Démocrite), voir Lucrèce, V, 621 sq. L'opinion que les planètes se mouvaient circulairement de l'ouest à l'est est attribuée par Aétius, II. 16. 3, à Alcméon (| 96), ce qui implique à coup sûr que Pythagore ne la professait pas. Comme nous le verrons (^ 152), il est loin d'être certain que ce fût celle d'un quelconque des Pythagoriciens. 11 semble plutôt que ce fut une découverte de Platon.
tème n'apparaîtra dans sa vraie lumière qu'une fois que nous aurons examiné la seconde partie du poème de Parménide et le système des Pythagoriciens postérieurs \ Pour des raisons que l'on verra alors, je ne me hasarde pas à assigner à Pythagore lui-même la théorie de la révolution de la Terre autour du feu central. Le plus sur est, semble-t-il, de supposer qu'il adhérait encore à l'hypothèse géocentrique d'Anaximandre. En dépit de cela, pourtant, il est clair qu'il a ouvert une nouvelle période dans le développement de la science grecque, et c'est certainement à son école que sont dues, directement ou indirectement, ses plus grandes découvertes.
//. XENOPHANE DE COLOPHON