LVI. — Poèmes
Suivant une notice que nous a conservée Diogène, Xénophane écrivit en hexamètres et composa aussi des élégies et des ïambes contre Homère et Hésiode ^ Aucune autorité sûre ne nous atteste qu'il ait écrit un poème philosophique ^. Simplicius nous dit n'avoir jamais vu les vers où la terre était décrite comme s'étendant à l'infini du côté d'en bas (frg. 28)* ; cela signifie que l'Académie ne
Epiménide, etc., des notices stichométriques, toutes pieusement mentionnées par Diogène. Mais même si cette indication est vraie, cela ne prouve rien.
1 Arist. Rhet. B, 26. 1400 b 5 (R. P. 98 a; DV 11 A 13). Des anecdotes comme celle-là sont en réalité anonymes. Plutarque transporte l'histoire en Egj'pte (P. Ph. Fr. p. 22, § 13) et d'autres la racontent d'Heraclite. Il n'est guère sûr de construire sur un pareil fondement.
2 Diog. IX, 18 (R. P. 97). Le mot èt:i/.Ôut(uv est une réminiscence de Timon, frg. 60 Diels : EevoyâvY]? ûnâTucpoç '0[nr]paTcâTT]î èitwo'nTTjç.
3 La plus ancienne référence à un poème Ilept «pûoetuc se trouve dans les scholies genevoises (//. XXI, 196, où est cité le frg. 30), et elle remonte à Kratès de Mallos. Nous devons nous souvenir, cependant, que pareils titres sont de date plus récente que Xénophane, et qu'on lui avait accordé une place parmi les philosophes bien avant l'époque de Kratès. Tout ce que nous pouvons dire, par conséquent, c'est que les bibliothécaires de Pergame donnèrent le titre de Ilepl çûostuç à un poème de Xénophane.
* Simpl. de Ceelo, p. 522, 7 (R. P. 97 & ; DV 11 A 47). Il est vrai que deux de nos fragments (25 et 26) nous ont été conservés par Simplicius,
possédait aucun exemplaire de ce poème, ce qui serait très étrange s'il avait jamais existé. Simplicius savait se procurerles œuvres complètes d'hommes beaucoup moins considérables. Aucune preuve interne, non plus, ne tend à confirmer qu'il ait écrit un poème philosophique. Diels y rapporte environ vingt-sept vers, mais qui tous se rattacheraient tout aussi naturellement à ses attaques contre Homère et Hésiode, ainsi que j'ai essayé de le montrer. Il est significatif aussi qu'un certain nombre d'entre eux dérivent de commentateurs d'Homère^. Il semble probable, donc, que Xénophane exprima incidemment dans ses satires ses vues théologiques et philosophiques. Ce serait tout à fait dans la manière du temps, comme le montrent les restes d'Epicharme.
Les satires elles-mêmes sont appelées Silles par les écrivains postérieurs, et ce nom peut bien remonter à Xénophane lui-même. Il est possible aussi, cependant, qu'il soit dû au fait que Timon de Phlionte, le « sillographe » (vers 259 av. J.-C), mit dans la bouche de Xénophane une grande partie de ses satires contre les philosophes. Un seul vers ïambique nous a été conservé, et il est immédiatement suivi d'un hexamètre (frg. 14 = 5 Karst). Cela fait supposer que Xénophane insérait des vers ïambiques parmi ses hexamètres, à la façon du Margitès, ce qui eût été très naturel de sa part *.
L'VII. — Les fragments.
Je donne tous les fragments de quelque importance, d'après le texte de Diels et dans l'ordre où il les a placés.
mais il les tenait d'Alexandre. Ils étaient probablement cités par Théophraste, car il est évident qu'Alexandre n'avait pas de Xénophane une connaissance de première main. S'il l'avait eue, il ne se serait pas laissé tromper par M. X. G. Voir p. 140, note.
> Trois fragments (27, 31, 33) proviennent des Allégories homériques, deux (30, 32) des scholies homériques.
« Cf. Wilamowitz, Progr. de Greifswald, 1880.
Elégies.
1. Maintenant, le plancher est propre, et les mains et les coupes de tous; l'un place sur nos têtes des couronnes tressées, un autre nous offre sur un plateau une myrrhe parfumée. Le cratère est là, plein d'allégresse, et un autre vin est prêt, qui promet de ne jamais faire défaut, doux et exhalant l'odeur des fleurs dans les cruches. Au milieu, l'encens fait monter sa sainte fumée, et il y a de l'eau fraîche, douce et pure. Des pains bruns sont disposés devant nous, et une magnifique table est chargée de fromage et d'un miel abondant. Au milieu, l'autel est tout entouré de fleurs ; le chant et les divertissements remplissent les halles.
Mais d'abord il faut que les hommes célèbrent les dieux par des chants joyeux, des mythes sacrés et de pures paroles; ensuite, quand ils ont off'ert des libations et adressé des prières pour obtenir la force d'accomplir ce qui est juste — car c'est là, en vérité, le premier devoir — ce n'est pas un péché pour un homme de boire autant qu'homme peut prendre et rentrer chez lui sans qu'un serviteur l'accompagne, s'il n'est pas accablé d'années. Et parmi les hommes, il faut louer celui qui,a3'ant bu, donne la preuve qu'il a gardé la mémoire et qu'il s'exerce à la vertu. Il ne chantera pas les combats des Titans, ni des Géants, ni des Centaures — inventions des hommes de jadis — ni les orages des guerres civiles, dans lesquelles il n'est aucun bien, mais il sera toujours plein de respect pour les dieux.
2. Mais si un homme remportait la victoire parla rapidité de sa course, ou au pentathle à Olympie, où se trouve l'enceinte sacrée de Zeus près des sources de Pisa, ou en luttant, ou en se montrant habile au cruel pugilat, ou à ce terrible jeu qu'on appelle le pancrace, il deviendrait plus glorieux aux yeux de ses concitoyens, gagnerait une place d'honneur aux concours, sa nourriture aux frais de la cité, et un présent qui s'hériterait après lui; et s'il l'emportait avec ses coursiers, il obtiendrait toutes ces choses sans en être aussi digne que moi. Car notre art est préférable à la force des hommes et des chevaux. Mais c'est à tort que toutes ces choses sont prisées, et il n'est pas juste de placer la force au-dessus de notre art. Car s'il y avait parmi le peuple un homme habile au pugilat, ou au pentathle, ou à la lutte, si même un homme à la course rapide — et il n'y a pas de chose que les hommes honorent plus aux jeux — la cité ne serait pas, pour cela, mieux gouvernée. PU il ne reviendrait à la ville qu'une petite joie si un de ses citoyens remportait la victoire sur les rivages de Pisa, car ce n'est pas cela qui enrichit ses trésors.
3. Ils ont appris des Lydiens des manières efféminées et sans utilité aussi longtemps qu'ils étaient libres de l'odieuse tyrannie ; ils se rendaient à l'agora avec des vêtements teints de pourpre, au nombre d'un millier, glorieux et vains de leurs chevelures bien peignées, exhalant l'odeur de parfums artificiels.
Satires.
10. Puisque tous, dès le commencement, ont appris d'Homère...
11. Homère et Hésiode ont attribué aux dieux toutes les choses qui, chez les hommes, sont opprobre et honte : vols, adultères et tromperies réciproques. R. P. 99.
12. Ils ont raconté sur le compte des dieux beaucoup, beaucoup d'actes contraires aux lois : vols, adultères et tromperies réciproques. R. P. ib.
14. Mais les mortels se figurent que les dieux sont engendrés comme eux, et qu'ils ont des vêtements ', une voix et une forme semblables aux leurs. R. P. 100.
15. Oui, et si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des mains, et si, avec leurs mains, ils pouvaient peindre et produire des œuvres d'art comme les hommes, les chevaux peindraient les formes des dieux pareilles à celles des chevaux, les bœufs pareilles à celles des bœufs, et ils feraient leurs corps chacun selon son espèce propre. R. P. ib.
16. Les Ethiopiens font leurs dieux noirs et avec le nez camus ; les Thraces disent que les leurs ont les yeux bleus et les cheveux rouges. R. P. 100 b.
17. Les dieux n'ont pas révélé toutes choses aux hommes dès le commencement, mais, en cherchant, ceux-ci trouvent avec le temps ce qui est le meilleur. R. P. 104 fj.
23. Un seul dieu, le plus grand parmi les dieux et les hommes, et qui n'est pareill,aux hommes ni par la forme ni par la pensée... R. P. 100.
24. Il voit tout entier, pense tout entier, et tout entier entend. R. P. 102.
25. Mais, sans peine, il gouverne toutes choses par la force de son esprit. R. P. 108 b.
26. Et il habite toujours à la même place, sans faire le moindre mouvement, et il ne lui convient pas de se porter tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. R. P. 110 a.
27. Toutes choses viennent de la terre, et c'est dans la terre que toutes choses finissent. R. P. 103 a.