LXIII. — Vie d'Heraclite
Heraclite d'Ephèse, fils de Rlyson, « florissait », diton, dans la LXIX^ Olympiade (504/3-501/0 av. J.-C.)S c'est-à-dire juste au milieu du règne de Darius, et plusieurs traditions le mettent en rapport avec ce souverain \ Nous verrons que Parménide était placé dans la même Olympiade, quoique pour une autre raison (§ 84). Il est plus important, toutefois, pour le but que nous nous proposons, de noter que tandis qu'Heraclite parle de Pythagore et de Xénophane au passé (fig. 16), il est à son tour l'objet d'une allusion de Parménide (fig. 6). Ces références sont suffisantes pour marquer sa place dans l'histoire de la philosophie. Zeller soutient, il est vrai, qu'il ne peut avoir publié son œuvre qu'après 478, en se fondant sur le fait que l'expulsion de son ami Hermodore, à laquelle il fait allusion dans le fragment 114, ne peut avoir eu lieu avant l'écroulement de la domination perse. S'il en était ainsi, il serait difficile de comprendre comment Parménide pourrait avoir connu les doctrines d'Heraclite ; mais il n'y a assurément aucune difficulté à supposer que les Ephésiens aient banni un de leurs plus éminents citoyens à l'époque
1 Diog. IX, 1 (R. P. 29), sans doute d'après Apollodore, par quelque autorité intermédiaire. Jacoby, p. 227 sq.
2 Bernays, Die Heraklilischen Briefe, p. 13 sq.
où ils payaient encore le tribut au Grand Roi. Les Perses n'enlevèrent jamais aux cités ioniennes leur autonomie interne, et les lettres apocryphes d'Heraclite montrent que, selon l'opinion reçue, Hermodore fut exilé au cours du règne de Darius \
Sotion dit qu'Heraclite fut élève de Xénophane ^ mais cela n'est pas probable, attendu que Xénophane paraît avoir quitté pour toujours l'Ionie avant qu'Heraclite fût né. Il est plus vraisemblable qu'il ne fut l'élève de personne, mais il est clair, en même temps, qu'il était au courant de la cosmologie milésienne, et qu'il avait lu les poèmes de Xénophane. 11 savait aussi quelque chose des théories enseignées par Pythagore (frg. 17).
De la vie d'Heraclite, en réalité, nous ne savons rien, sauf peut-être qu'il appartenait à l'ancienne maison royale, et qu'il résigna en faveur de son frère la dignité de roi attachée à son nom ^ L'origine des autres renseignements relatifs à sa vie est tout à fait transparente *.