LXIX. — Le feu
Tout cela l'obligeait à chercher une nouvelle substance primaire. Il ne lui fallait pas seulement une chose d'où il fût concevable que le monde diversifié que nous connaissons pût être fait, ou duquel les opposés pussent sortir par « séparation», mais une chose qui, de par sa propre nature, pût se changer en n'importe quelle autre, et en laquelle n'importe quelle autre pût se changer. Cette chose, il la trouva dans le feu, et il est facile de se rendre compte pourquoi, si nous considérons le phénomène de la combustion, tel qu'il apparaît même au premier venu. La quantité de feu, lans une flamme qui brûle tranquillement, paraît rester la même ; la flamme semble être ce que nous appelons une «chose». Et pourtant la substance dont elle est faite change continuellement. Elle se transforme toujours en fumée, et sa place est toujours prise par l'afflux du combustible qui la nourrit. C'est là justement ce qu'il nous faut. Si nous considérons le monde comme «un feu toujours vivant» (frg. 20), nous pouvons comprendre comment il devient sans cesse toutes choses, tandis que toutes choses reviennent sans cesse à lui^
penseurs, cela ne nous conduira pas à suspecter sa bonne foi ou son intelligence. (Voir Appendice, % 2.)
' Que le leu d'Heraclite fût quelque chose au même titre que !'« Air »