‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 93 sur 240 · LXX. Le flux · texte numérisé non relu

LXX. Le flux

Ceci amène nécessairement à considérer d'une certaine manière le changement et le mouvement du monde. Le feu brûle continuellement et sans interruption. Il consomme donc sans cesse du combustible et donne sans cesse naissance à de la fumée. Toute chose, ou bien monte pour servir de combustible, ou descend après avoir alimenté la flamme. Il s'en suit que l'ensemble de la réalité est pareil à un fleuve qui coule perpétuellement, et que rien n'est jamais un seul instant en repos. La substance des choses que nous voyons est en proie à un changement incessant. Au moment même où nous les regardons, une partie de la matière dont elles sont composées a déjà passé en quelque chose d'autre, et une matière fraîche a pénétré en elles, venant d'une autre source. Cette théorie est habituellement résumée d'une manière assez exacte dans la formule :

d'Aiiaximène, et non un « symbole », cela est clairement impliqué dans " des passages tels que Arist. Met. A, 3. 984 a 5. A l'appui de l'opinion qu'Heraclite entend quelque chose de différent du feu ordinaire, on cite quelquefois Platon, Crat. 413 b; mais l'examen du contexte montre que ce passage n'admet pas cette interprétation. Platon discute la dérivation de Sîxaiov de 8ta-i6v ; certainement SÎxt] était un concept éminemment Iiéraclitien, et une bonne partie de ce qui y est dit peut être la doctrine authentique de l'école. Socrate se plaint de ne recevoir que des réponses tout à fait contradictoires quand il demande quelle est la chose qui « passe à travers » toute chose. L'un dit que c'est le soleil. Un autre demande s'il n'y a pas de justice après le coucher du soleil, et dit que c'est simplement le feu. Un troisième dit que ce n'est pas le feu luimême, mais la chaleur qui est dans le feu. Un quatrième l'identifie avec l'Esprit. Or tout ce que nous pouvons légitimement inférer de cela, c'est que diverses réponses étaient faites à cette question au sein de l'école héraclitienne. Ces réponses étaient un peu moins primitives que la doctrine originelle du maître, mais aucune d'elles n'implique pourtant quoi que ce soit d'immatériel ou de symbolique. L'opinion que ce n'était pas le Feu lui-même, mais la Chaleur qui « passait à travers o toutes choses, est dans le même rapport avec la théorie d'Heraclite que l'Humidité d'Hippon avec l'Eau de Thaïes. Il est très probable aussi que quelques Héraclitiens essayèrent de fusionner le système d'Anaxagore avec le leur propre, exactement comme Diogène d'Apollonie essaya de fusionner le sien avec celui d'Anaximène. Nous verrons, en fait, que nous avons encore une œuvre dans laquelle est faite cette tentative (p. 1 70, n. 2).

HERACLITE d'ÉPHÈSE 165

«Toutes choses s'écoulent» (Travra psî), quoique, par un singulier hasard, on ne puisse prouver que ce soit là une citation d'Heraclite. Platon, toutefois, exprime l'idée très clairement. «Rien n'est jamais, tout est dans le devenir» ; « toutes choses sont en mouvement comme des fleuves » ; « toutes choses passent, et rien ne demeure » ; « Heraclite dit quelque part que toutes choses passent et que rien ne demeure ; et comparant les choses au cours d'une rivière, il dit qu'on ne peut pas descendre deux fois dans le même fleuve » (Cf. frg. 41 ; 12 D), — tels sont les termes dans lesquels il décrit le système. Et Âristote dit la même chose : «Toutes choses sont en mouvement»; «rien n'est stable*.» Heraclite soutenait, en fait, que n'importe quelle chose donnée, quoique stable en apparence, n'était qu'une section du fleuve, et que la matière dont elle était composée n'était jamais la même dans deux moments consécutifs quelconques. Nous allons voir comment il concevait la marche de ce processus; en attendant, nous ferons remarquer que l'idée n'était pas entièrement nouvelle, et qu'elle ne constitue guère le point central du système d'Heraclite. Les Milésiens soutenaient une opinion analogue. Tout au plus, le flux d'Heraclite était-il plus incessant et plus universel.

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