‹ L'auscultation médiateChapitre 2 sur 4 · II · texte numérisé non relu

II

Vauscultation médiate a augmenté la valeur de tous les autres signes des maladies de poitrine , et particuliérement de ceux que donnent la percussion } la succussion et la mensuration du thorax.

La percussion est sans doute une belle et importante découverte. La simplicité de l’idée et du procédé , la certitude qu’elle donne au diagnostic dans des cas où l’on était réduit à conjecturer laissent à peine comprendre qu’il ait fallu cent soixante ans et les travaux de M. Corvisart pour fairé^ rendre à l’auteur la justice qu’il méritait, et faire connaître sa méthode à l’Europe et à sa patrie même. Cependant cette méthode, seule ou aidée seulement des symptômes généraux, ne donne guère un diagnostic convaincant que dans les péripneumonies et pleurésies d’une certaine étendue; encore ne peut-elle faire distinguer ces deux maladies l’une de l’autre. Elle ne donne aucun signe constant chez les sujets gras ou infiltrés, ou dans les affections qui n’intéressent que les parties inférieures de la cavité thoracique; elle induit en erreur dans le pneumothorax , en faisant regarder le côté sain comme malade , et le côté affecté comme sain ; dans l’emphysème du poumon, en faisant regarder comme sains des poumons dont l’organisation est prodigieusement altérée, etc. Si l’on ajoute l’auscultation médiate à la per-

eussion , on reconnaît sur-le-champ ces divers cas aussi sûrement et avec une conviction aussi pleine que si l’on avait sous les yeux les pièces pathologiques. L’égophonie et la diminution très-grande du bruit respiratoire, excepté à la racine du poumon, indiqueront la pleurésie; la diminution de la respiration et le râle crépitant, Y engouement pulmonaire ou péripneumonie au premier degré ; l’absence totale de ce même bruit, Xhépatisation ou péripneumonie au second degré. Le son mat obtenu par la percussion dans les trois cas, et qui seul n’eût pu les faire distinguer, concourra à donner au diagnostic le plus haut degré de certitude. L’emphysème du poumon se reconnaîtra sans peine à une respiration très-faible ou presque nulle, et par momens accompagnée du râle sibilant, aux variations fréquentes de l’intensité de ces phénomènes et du lieu où ils sont le plus marqués ; la persistance d’un son clair dans toute l’étendue de la poitrine confirmera le diagnostic au lieu de faire ranger la maladie dans la classe des affections nerveuses, comme elle l’eût fait nécessairement, si l’on se fût borné à la percussion. Dans le pneumothorax, l’absence totale du bruit respiratoire dans le coté sonore indiquera à l'instant , et d’une manière certaine, une maladie dont on n’a peut- être jamais soupçonné l’existence sur le vivant avant la découverte du stéthoscope. L’existence d’une respiration puérile y c’est-à-dire parfaite et énergique dans le côté dont le son est plus mat, ne permettra pas de regarder ce côté comme malade, ce qui fût arrivé infailliblement, si l’on s’en fût tenu à percuter la poitrine. L’infiltration ou l’obésité , portées au plus haut degré, ne nuiront point à la certitude de ces diagnostics; caries résultats de l’auscultation seront les mêmes, et la percussion ne devant plus donner qu’un signe accessoire"et confirmatif, la plus légère différence de son dans les deux côtés suffit, et devient d'ailleurs appréciable à l’oreille, avertie par la différence plus grande qu’a donnée ie stéthoscope.

La succussion de la poitrine ne donnerait aucun résultat sans l'auscultation. La fluctuation thoracique n’a lieu que dans un seul

cas * celui de la coexistence de deux épanchemens, l’un gazeux et l’autre liquide. Elle ne peut avoir lieu lorsqu’il n’y a qu'un épanchement liquide, et c’était à tort qu 'Hippocrate la regardait comme un signe d’empyème. De là sans doute l’abandon total où était tombée la succussion, qui n’a peut-être jamais été mise en pratique, depuis les médecins grecs; car le petit nombre d’exemples de fluctuation thoracique rapportés par les observateurs sont des cas de fluctuation reconnue par hasard lors de quelque mouvement des malades. Dans le cas unique même ou cette méthode est applicable, on pourrait, en se bprnant à elle seule, éprouver quelque embarras pour déterminer de quel côté est l'épanchement, ou même s’il existe dans la poitrine ou dans l’estomac ( 1 ). La percussion ne pourrait ici éclairer que fort peu , puisqu’il existe à la fois épanchement gazeux et purulent; et si le premier est plus considérable, si surtout il a lieu à droite, la percussion pourrait induire en erreur, en présentant une poitrine sonore, absolument comme dans l’état de santé. Car il est d’observation que, chez les personnes les mieux portantes etqui ont la poitrine très-bien conformée, il existe presque toujours à la partie inférieure du côté droit une légère différence de son causée par la présence du foie.

La mensuration du thorax ne se faisait guère qu’à vue d’oeil. M. Bayle est peut-être le premier observateur qui ait cherché à tirer parti de cette méthode. Il avait reconnu que la poitrine se rétrécit chez les phthisiques; et à ce signe,il s’était regardé lui-même, longtemps avant sa mort, comme attaqué de cette maladie. Mais, dans la pratique vulgaire , la mensuration du thorax se bornait à reconnaître l’ampleur plus grande du coté affecté dans 1 empyeme, et a la regarder comme un signe confirmatif et pathognomonique de cette maladie. L’auteur du Traité de l’auscultation a prouvé qu’elle

(») Un des élèves qui suivaient la visite de mon cousin à l’hôpital Necker faisait entendre fort distinctement le bruit de fluctuation dans son estomac, lorsqu’il avalait un verre d’eau à quelque distance des repas.

ne Test pas, et qu’il est un cas fort commun dans lequel le côté le plus ample de la poitrine est le côté sain. ( Voyez Auscult. med., article rétrécissement de la poitrine, t. 1 , p. 369. ) Actuellement la mensuration de la poitrine, soit à l’œil, soit à l’aide d’un ruban, devient mile pour reconnaître un épanchement quelconque,, et pour rendre la conviction plus forte et plus prompte dans un grand nombre de cas. Il suffit, pour établir ce fait, de rappeler que, dans les pleurésies aigues, le côté affecté est presque toujours sensiblement dilaté, et qu’il l’est toujours pour peu que l’épanchement soit considérable. Lois donc que, dans une pleurésie , la respiration s’entend encore, quoique plus faiblement; lorsque l’égophonie est assez peu marquée pour pouvoir être confondue avec la résonnance naturelle de la voix h la racine des bronches; lorsque la percussion donne un résultat équivoque, soit à raison de l’infiltration ou de l’obésité , soit parce que l’épanchement n’occupe que la partie inférieure droite du thorax, soit parce que, occupant la partie inférieure gauche, l’estomac est rempli de vents qui rendent cette partie sonore, la mensuration vient éclairer le diagnostic et rendre certains tous les signes jusqu’alors douteux. Lorsqu’un malade attaqué depuis long-temps d’une pleurésie latente se présente dans un hôpital, et qu’il ne peut rendre un compte exact de l’origine et des progrès de sa maladie , ce qui arrive presque toujours dans ce cas, la mensuration de la poitrine devient encore extrêmement utile; car, si le côté affecté n’est pas sensiblement plus dilaté que le côté sain, et surtout s’il l’est moins, on peut être assuré que l’épanchement a déjà diminué, et par conséquent que la maladie tend a la guérison. Ce signe sert encore à faire distinguer une pleuro-péripnèurnonie d’une péripneumonie simple. Lorsque, dans ce cas, on a reconnu i’aflection inflammatoire de la poitrine à l’absence du son et du bruit respiratoire , si l’égophonie est peu marquée ét les crachats péripneumoniques très - caractérisés, si l’absence du bruit respiratoire est totale, on pourrait croire que la péripneumonie est simple; mais, en examinant atltentivement la poitrine nue, on re-

connaîtra sans peine que le côté affecté est plus volumineux que l’autre ; et dcs-lors l'égophonie, recherchée de nouveau et comparée avec la résonnance de la voix à la racine du poumon sain , ne paraîtra plus douteuse , et l’existence d’un épanchement pleurétique sera certaine.

Les principaux inconvéniens de la mensuration, sont, i.° de n’être pas un signe assez saillant pour être aperçu sans attention , et lorsque le malade est habillé ou même vêtu d’une simple chemise ; 2 .° de ne pouvoir indiquer par elle-même, et seule, si le côté le plus ample est dilaté, ou si le côté opposé est rétréci, et par conséquent lequel des deux est affecté. [Voyez Auscuît. mcd. — art. rétrécissement de la poitrine. — Emphysème du poumon. ■— Pleurésie . — Pneumothorax. ) Mais ces inconvéniens ne font que prouver la proposition qu’il s’agit d’établir , puisque, uni aux signes fournis par l’auscultation médiate, le signe fourni par la mensuration devient utile et d’une certitude absolue dans un grand nombre de cas, et dans des cas qui se rencontrent fréquemment; et quoiqu’il ne soit jamais absolument nécessaire, et qu’il ne serve que comme signe confirmatif, il n’en est pas moins précieux, parce qu’un signe purement physique , et qui devient facile à reconnaître dès qu’on est averti de le chercher , porte toujours avec lui un degré de plus de cette conviction intime dont le praticien a souvent besoin pour se déterminer à prendre un parti.

Il eût été facile de s’étendre plus longuement sur la proposition qui fait l’objet de cet article ; mais, outre que cela passerait les bornes d’une simple dissertation, on ne ferait que répéter ici ce qui se trouve implicitement ou explicitement dans beaucoup d’endroits du Traité de l’auscultation médiate. ( Voyez Auscult. méd., tome i, pages i 3 , ij 5 ~, 176,219, 220, 346 , 347» 352 , 353 , 379, 448 , 449 , 45 o; tome 2 , pages 72 , 110,111,112, 188, etc. ) On se contentera de faire observer que les médecins qui s’opiniâtrent à repousser la découverte de M. Laënnec comme inutile , ne cessent de vanter comme aussi exacte et d’un emploi plus facile la méthode

d ’Àvenbrugger, qu’ils employaient pour la plupart bien rarement auparavant. Si l’auscultation médiate peut de cette manière rendre plus général l’emploi de la percussion, ce sera du moins un véri- ■-table service qu’elle aura rendu , surtout si ceux qui se borneront à percuter savent apprécier les bons conseils que donne à cet égard l’auteur que nous venons de citer. ( Voyez Ausc. méd. , tome i , pages 180 et 181..) On peut croire même que, s’ils emploient la percussion avec assez d’attention et de suite pour en tirer tout le parti possible, ils ne tarderont pas à revenir de leurs préventions contre l’auscultation ; que , dans le cas contraire, ils abandonneront la percussion elle-même, ou ne l’emploieront que dans quelques cas rares, ainsi qu’il est arrivé au plus grand nombre des élèves de M. Corvisart, - '

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