III
L’auscultation médiate a fait reconnaître la fréquence de plusieurs maladies regardées jusqu ici comme fort rares } et a fait mieux . connaître leur nature ainsi que celle de plusieurs autres.
A la tête de ces maladies oii doit placer l’emphysème dés poumons ; maladie que: l’on peut regarder comme tout-à-fait inconnue avant la découverte, de l’auscultation, soit sous le rapport de ses caractères anatomiques, soit sous celui de sa cause, soit sous celui, de la corrélation de la lésion qui le caractérise avec ses symptômes. Le nombre des observations de- cas anatomiques de ce* genre qui existaient dans les fastes de l’art est si petit , qu’il- ; ne pouvait faire connaître que très-imparfaitement la lésion en elle-même ; et que , loin d’indiquer à quel ordre de symptômes elle se rapportait, il n’aurait pas même permis de soupçonner qu’une semblable altération fût la cause la plus ordinaire d’une maladie aussi commune que l’asthme. L’auscultation médiate a fait de plus distinguer une autre espèce d’asthme tout-à-fait opposée par la nature de son
signe pathognomonique, et dans laquelle, malgré la gêne souvent extrême de la respiration , le bruit respiratoire transmis par le stéthoscope a toute l’énergie qui caractérise la respiration des enfans. Tout annonce que des observations répétées feront reconnaître que ce signe existe dans deux espèces d’asthme très-tranchées ; l’une, dans laquelle l’énergie de la respiration est due seulement à un besoin de respirer plus grand que dans l’état naturel, sans qu’il existe de lésion dans le poumon ; et l’autre , dans laquelle l’intensité du bruit respiratoire est due à la dilatation des bronches par un catarrhe chronique, affection organique qui avait aussi à peu près échappé à l’attention des observateurs , et que M. Cayol fit connaître pour la première fois il y a quelques années. L’examen de ces divers cas a prouvé, i.° que les asthmes idiopathiques, loin d’être aussi rares qu’on le pensait généralement depuis la publication de l’ouvrage de M. Corvisart, sont au contraire beaucoup plus communs que ne le croyaient les anciens praticiens ; 2.° que, quoique les maladies dû coeur produisent par elles-mêmes un degré de dyspnée quelquefois très-intense , lorsqu’il existe à la fois maladie du cœur et emphysème du poumon, la seconde de ces maladies a presque toujours été la cause de la première; 3 .° que l’asthme purement nerveux est le plus rare de tous, puisqu’il n’a lieu que dans le cas où la respiration, quoique parfaite, ne suffit pas au besoin de respirer. Cette dernière espèce n’est ordinairement qu’un accident passager, compliquant une affection nerveuse cérébrale ou abdominale, ou une maladie aiguë* L’emphysème du poumon, au contraire, et la dilatation des bronches paraissant être, à proprement parler, l’asthmè idiopathique des praticiens , le premier se rapporterait assez à Vasthme sec, et la seconde à Xasthme humide. Cependant ces anciennes dénominations donneraient quelquefois une fausse idée dé ces maladies ; car, quoique l’emphysème du poumon n’occasionne ordinairement qu’une toux sèche et très-rare, il est par momens accompagné d’une expectoration catarrhale abondante; et la dilatation desc bronches, quoique produite par un catarrhe muqueux chro-
nique, peut exister aussi avec des suspensions assez longues de l’expectoration.
Le pneumothorax était aussi regardé comme une affection extrêmement rare \ il n’était même connu que depuis peu d’années , et seulement par quelques observations anatomiques faites de loin en loin, et dont aucune n’avait présenté la maladie dans son état de simplicité; tous les cas publiés étaient de3 exemples de pneumothorax compliquant un épanchement purulent dans la plèvre. L’impossibilité de reconnaître cette affection sur le vivant, et la facilité avec laquelle ses traces disparaissent sur le cadavre quand on ouvre la poitrine sans précautions , sont les seules causes qui Pont fait regarder comme très-rare , puisque M. Laënnec Pa rencontrée une douzaine de fois dans l’espace de moins de deux ans, et que,depuis la publication de son ouvrage , MM. Récamier et Cayol l’ont pareillement observée plusieurs fois.
L’apoplexie pulmonaire devait aussi sans doute être rangée parmi les cas les plus rares, puisqu’on n’en connaissait que deux ou trois exemples. On ignorait quels pouvaient être ses symptômes, puisque dans ces cas les malades, après s’être couchés sans rien éprouver qui annonçât une maladie sérieuse, avaient été trouvés morts dans leur lit. ( Foyez Notice sur la mort de M. Fortassin , Journal de MM. Corvisart, Leroux et Boyer, t. 9, p. i 5 a. — Ane. Journal de méd., t. 2, p. 87. ) L’auscultation médiate a appris que cette altération n était que le degré le plus intense d’une des maladies les plus communes, l’hémoptysie ; elle a montré en même temps quë l’on avait à peu près ignoré jusqu’ici la cause la plus commune dé cette dernière affection, qui est due le plus souvent à une aFtération particulière du tissu pulmonaire lui-même, et non à la rupture dë quelques vaisseaux , comme le croyaient les anciens , ou à là diapédèse de la membrane muqueuse des bronches , comme on le croyait généralement dans ces derniers temps. De ces deux dernières causes de l’hémoptysie, l’une ne s’observe que dans les cas de plaie pénétrante de poitrine, de rupture d’un anévrisme], d’un tubercule
ramolli ou d’un abcès dans le tissu pulmonaire OU. les bronches; la seconde n’a lieu que dans les hémoptysies légères et symptomatiques.
La gangrène pulmonaire partielle était À peu près inconnue jusqu’ici, au moins sous le rapport de sa véritable nature et de ses effets les plus communs. Bl. Rayle., le prçem-ier, .avait décrit une partie de ces effets sous le nom de phthisie ulcéreuse } expression qui était propre à donner une fausse idée dç la maladie. Il la regardait comme beaucoup plus rare qu’elle ne l’est effectivement, puisqu’aux cas qu’il a indiqués il faut ajouter ceux dans lesquels le malade guérit, et le cas assez commun où l’ouverture de l’escbarre dans la plèvre détermine une pleurésie aiguë ou chronique.
Cette dernière maladie, quelque commune qu’elle ait toujours paru , l’est peut-être encore plus qu’on ne le pensait ; et cette observation s’applique non-seulement aux pleurésies latentes chroniques, que les moyens ordinaires ne suffisent presque jamais â faire reconnaître , mais même aux pleurésies aiguës légères ou graves. C’est un des faits dont il est le plus facile de se convaincre, et qui frappe le plqs lorsqu’on commence à se livrer à la pratique de l’auscultation médiate, II,en est de même de la péripneumonie, et surtout de celle qui m'occupe. quhine partie du poumon ; de celle qui survient à la suite d’un catarrhe , ou qui complique une fièvre grave ou une maladie chronique. Le, médecin, le plus instruit et le plus attentif à l’examen des symptômes méconnaît le plus grand nombre de ces cas, dont il est difficile que plusieurs puissent échapper à celui qui se sert du stéthoscope, •
Quand l’auscultation médiate ne donnerait pas d’autre résultat , on pourrait, ce me semble, la ranger parmi les découvertes les plus utiles à l’art de guérir; car, lors même qu’une pleurésie grave méconnue viendrait à guérir par les seuls efforts de la nature , ii arrivera presque toujours que la lenteur de l’absorption et le long refoulement du .poumon produiront un rétrécissement de ce côté de la poitrine, lésion qui rei}d poqr toujours la respiration impar»
faite; et qui était encore inconnue, au moins sous le rapport de sa cause, avant que l’auscultation médiate eût donné un moyen exact de la reconnaître sur le vivant et de l'apprécier sur le cadavre.