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CHAPITRE XII

Tasmanic— Launceston. — Fondation de Georges-Town.— -Commerce d'exportation — Les Bush-Rangers.— Loi martiale.— Fondation d'une banque à Sydney.— Courses de chevaux. — Passage gratuit de femmes et d'enfants. — Voyage d'Oxley au delà des Montagnes Bleues. — Reconnaissance des côtes nord-ouest par Philip Parker-King.— Tableau de TAuslralie en 1818. — Dénonciation contre Macquarie. — Macquaric songe à revenir en Europe. — Son voyage en Tasmanie. — Hobart- Town.— Fondation de quatre villes. — Port Macquarie.— Départ de Macquarie pour l'Europe. — ( 1815-1821.)

La terre de Van-Diémen, ou Tasmanie, voyait aussi s'élever une cité nouvelle ; déjà la ville de Launceston , qui comptait si peu de jours , était menacée d'une décadence prochaine par la fondation de Georges- Town (1815-1816) sur un point favorablement situé. La seconde colonie des terres australes se signalait par des progrès plus rapides peut-être encore que ceux de la Nouvelle-Galles -du-Sud. Une expérience de plusieurs années avait constaté tous les avantages du climat le plus convenable aux Européens qu'on eût découvert jusque alors sur la surface du globe. Une température également étrangère aux excès du froid et de la chaleur, exempte de ces variations subites trop communes à Sydney, semblait appeler surtout les Anglais a former des établissements. Telle était la

fertilité de cette terre, que, dès 1816 (1), les seuls domaines du colonel Geils produisirent plus de grains qu^il n'en fallait au gouvernement pendant une année entière pour la consommation des officiers, des soldats et des colons auxquels il distribuait des vivres. Le commerce d'exportation allait ouvrir à la colonie naissante une nouvelle source de richesses ; déjà des rela< tions s'entamaient avec l'Ile-de-France, qui commençait à tirer des bestiaux d'Hobarl-Town. Des grains étaient expédiés pour le Brésil et le cap de Bonne* Espérance , tandis que l'amélioration extraordinaire des laines , inférieures cependant encore à celles de la Nouvelle-Galles , promettait des bénéfices non moins certains.

Mais toutes ces causes de prospérité disparaissaient devant un horrible fléau qui chaque année menaçait de plus en plus l'existence de la colonie. La Tasmanie était toujours infestée par les plus audacieux brigandages, bans les premiers temps, Sydney avait versé sur ces plages inhabitées l'écume de sa population. L'insuffisance de la force armée et des moyens de répression , la certitude de ne point se perdre dans des forêts sans bornes, et de trouver toujours sans travail des ressources assurées , de perfides intelligences , une longue impunité surtout avaient accru le nombre et l'audace des bush-rangers. Le meurtre, l'incendie, le pillage remplissent pour cette époque (1816-1817) les annales de la colonie. Les plus riches planteurs se réfugiaient dans les villes ; chaque jour les bruits les plus sinistres venaient redoubler la terreur publique.

(1) n n'est pas inutile de remarquer en passant que cette même année 1816 fut dans toute TËurope une année de grande stérilité, suivie d'une disette dont le souvenir ne s'est pas encore eiïacé.

174 L'AUSTRAUE.

Les brigands s^élaient divisés en petites bandes, conduites presque toutes par des déserteurs ; Tune d'elles marchait sous les ordres d'un homme libre. Semblables à plus d'un titre aux bandits de la Corse, les bush-- rangers faisaient une guerre à mort aux détachements envoyés à leur poursuite. Partout on ne s'entretenait que de troupeaux enlevés , de femmes entraînées dans les montagnes, et des épouvantables mystères de la Plaine des Meurtriers. Michael Howe, Geary, Mac-Caig, Jones, Wats, le Français Brune, principaux chefs de ces brigands , ont laissé un souvenir d'horreur et d'effroi qui ne s'effacera jamais de la mémoire des colons.

Tant d'excès ne pouvaient rester impunis; le lieutenant-gouverneur proclama la loi martiale ; à sa voix tous les planteurs se réunirent aux détachements du 46* régiment, et, voulant payer à la fois de leurs fortunes et de leurs personnes , remplirent aussitôt une souscription pour mettre à prix les têtes des brigands les plus redoutés. La défiance, la désunion se mirent parmi les bush- rangers; des complots, des trahisons réciproques, et surtout le sort des combats, détruisirent en quelques mois ces bandes redoutées. Les uns acceptèrent une amnistie, les autres furent faits prisonniers et envoyés à Sydney, ou pendus avec des chaînes. Quelques-uns furent tués dans diverses rencontres, et la tranquillité publique parut enfin se rétablir.

Mais le germe des désordres n'avait pas été détruit. Plusieurs bandits amnistiés reprirent bientôt leurs habitudes licencieuses et vagabondes ; jamais , depuis ce temps , la Tasmanie ne s'est vue complètement à l'abri des attaques des bush^rangers , quoique leur

nombre ait été souvent réduit, et que les moyens de répression soient devenus plus efficaces.

Les peuplades indigènes de la Tasmanie, plus intelligentes et plus belliqueuses que celles de la Nouvelle- Hollande , se montraient chaque année moins hostiles pour les colons ; elles ne prirent alors aucune part aux déprédations des bush-rangers.

Le retour de Tordre permit enfin de s'occuper aussi à Hobart-Town de ces améliorations que Macquarie introduisait avec tant d'ardeur et de rapidité dans la métropole des terres australes. La maison destinée à réducation des orphelins des deux sexes reçut à la fois un développement plus vaste et des règlements meilleurs. Entièrement élevés aux frais de la colonie, aucun de ces malheureux enfants n'était livré à lui-même sans avoir reçu le bienfait de l'éducation primaire et appris un art mécanique.

En 1818, une institution d'une haute importance fut fondée à Sydney. L'accroissement du numéraire, introduit par le progrès des relations commerciales et les soins du gouverneur, ne répondait pas encore à tous les besoins de la colonie. Des plaintes se perpétuaient sur la trop grande facilité de mettre des billets en circulation , même pour les sommes les plus modiques , et le peu de solvabilité de la plupart des endosseurs amenait de continuelles contestations judiciaires. A plusieurs reprises , des tentatives avaient été faites par les divers gouverneurs pour remédier à ces abus. Macquarie réussit à faire disparaître, comme par enchantement, lés abus et les plaintes en favorisant la création d'une banque coloniale au capital de vingt mille livres sterling. La société, formée sous le nom de Président et Compagnie de la Banque de la iVow-

vell^e-Galles-du-Sud , fui établie d'après les principes qui dirigent les banques écossaises , et administrée par un président et six directeurs , élus annuellement par la majorité des actionnaires dans une assemblée générale. Chaque action devait être de cent livres sterling. Une charte , scellée du grand sceau de la colonie , garantit aux souscripteurs que dans aucun cas leur responsabilité ne pouvait s'étendre au delà de leurs mises de fonds. Cette banque devait escompter les effets à courte échéance , et faire des avances sur hypothèques au taux de dix pour cent. En peu de jours le fonds social s'élevait à douze mille six cents livres sterling. La société mit aussitôt en circulation des billets de deux schellings et demi, cinq et dix schellings, une et cinq livres sterling. Combien de cités florissantes de l'ancien monde ont attendu pendant des siècles entiers une semblable institution ! Une société rivale ne tarda pas à s'établir sous le nom de Banque Australienne, et cette concurrence redoubla encore l'activité des transactions commerciales.

A côté de ces utiles institutions /une autre moins importante sans doute, mais qui annonçait l'état florissant de la colonie, s'introduisit à Sydney; nous voulons parler de l'usage national des courses de chevaux, que les habitants de Sydney, tranquilles sur leur avenir, établirent alors avec toute la solennité de la vieille Angleterre.

Une amélioration bien plus réelle mérita à la même époque la reconnaissance publique envers le gouverneur. Il parvint à obtenir du gouvernement le passage gratuit, sur les navires frétés par l'État, des femmes et des enfants des conmcts émancipés , reconnus capables , par leur travail et leur conduite, de remplir dignement

les devoirs de chefs de famille. C'était à la fois retenir dans la colonie beaucoup d'hommes laborieux que des causes trop légitimes rappelaient en Europe y et augmonter, au grand ayanlage des mœurs, la population libre et le nombre des femmes, depuis longtemps sans proportion avec celui des hommes.

Au milieu des détails infinis d'une administration aussi étendue , l'exploration du vaste territoire découvert au delà des Montagnes Bleues n'avait point été négligée. Déjà quelques colons allaient former des établissements auprès de Bathurst, et, selon des ordres adressés par l'amirauté, une expédition conduite par l'inspecteur général Oxley pénétrait dans l'intérieur des terres, avec des provisions pour cinq mois. Dans le nombre des explorateurs on distinguait particulièrement le sous -ingénieur W. Ewans, qui tenait le premier rang après Oxley, et plusieurs botanistes et minéralogistes distingués. Cette exploration avait pour but principal de déterminer le cours ou au moins la direction du Lachlan, et de reconnaître s'il se jetait dans un lac ou dans la mer. Si le Lachlan était un fleuve , l'expédition devait constater le lieu précis de son embouchure et l'état du port qu'elle devait offrir. Un grand nombre d'observations sur la nature du sol, ses productions , les peuplades qui l'habitaient , les ressources promises aux établissements futurs, devaient ajouter un grand intérêt aux résultats de cette mission , qui fut remplie avec autant de soin que de talent. Oxley reconnut le cours du Lachlan, et rencontra sur son chemin des rivières et des torrents, sans découvrir ce fleuve navigable jusqu'à une grande distance dans l'intérieur des terres, dont l'existence trop problématique était l'objet des vœux et de l'attente de la colo-

nie. Une proclamation du gouverneur annonça à tous ses administrés le résultat de l'exploration d'Oxley.

La course que venait de faire Oxley dans Tintérieur des terres de l'Australie se combinait avec une expédition navale chargée de reconnaître sur les côtes nord et nord -ouest de ce continent les embouchures des fleuves. Cette importante mission avait été confiée à un savant officier de la marine , .le lieutenant Philip Parker-King , fils du troisième gouverneur de la Nouvelle-Galles , choisi par les lords commissaires de Tamirauté. Le gouvernement anglais attachait la plus grande importance à ce voyage de découvertes; lord Bathurst avait donné lui - même les instructions les plus détaillées ; King était arrivé d'Europe avec tous les instruments nécessaires, et le gouverneur avait reçu l'ordre de mettre à sa disposition des vivres , des matelots, et le navire qu'il jugerait le plus propre à son exploration. Macquarie s'empressa de l'aider de tous ses moyens, et King partit du Port-Jackson le 22 décembre 1817 pour faire le tour de l'Australie et explorer avec soin toutes les côtes encore mal connues de ce vaste continent. Son voyage dura près d'un an , et il se trouvait encore à Sydney à la fin de décembre 1818.

King ne pouvait contempler avec indifférence la prospérité si rapidement croissante d'une colonie à laquelle se rattachait Iç nom de son père. En neuf ans la population était doublée. L'Australie comptait environ trente-six mille habitants de race européenne, et quoique le nombre des femmes ne fût pas dans la proportion d'un cinquième avec celui des hommes, déjà l'on comptait dans cette population près de sept mille enfants. On ne connaissait encore sous ce climat salubre aucune maladie réellement endémique ; une

seule année on vit des fièyres régner à la fois à la Nouvelle -Galles et dans toutes les iles de TOcéanie; mais cet exemple unique , dont les causes ne furent pas bien déterminées, n'était pas de nature à inspirer des craintes sérieuses. Le climat de la Nouvelle-Galles favorisait singulièrement la multiplication des animaux domestiques. Les troupeaux de bétes à laine surtout, sous ce ciel étranger jusque alors aux épizooties, s^augmenlaient de la manière la plus étonnante. On comptait en 1813 environ soixante-cinq mille bétes à laine, et près du double en 1821. Le nombre des bêtes à cornes s'accroissait proportionnellement, et déjà Tagricullure et même le luxe employaient plus de quatre mille chevaux. Les fleuves débordaient encore; mais, grâce à l'expérience, cet événement ne devenait plus un désastre public. Les champs que l'imprudence des premiers planteurs avait défrichés sur les rives de THawkesbury et du Népéan , s'étaient changés en fécondes prairies, et les exploitations agricoles avaient été généralement reculées hors de Fatteinte des inondations.

La situation financière et commerciale de la colonie oflrairt un tableau non moins satisfaisant Les armateurs du Port- Jackson avaient alors trois navires sur la route de l'Angleterre et sept sur celle de la Chine et de l'Inde , sans compter le commerce étranger entretenu avec le cap de Bonne-Espérance, l'Ile-de-France et Taïti. Une caisse d'épargne venait d'être ouverte à tous les dépôts au-dessus de deux schellings six pences, gui commençaient à porter un intérêt de sept et demi pour cent, dès que leur masse réunie formait un capital d'une livre sterling au moins. Cette institution deMacquarie, mal appréciée d'abord, ne tarda pas à

se populariser. La banque offrait à ses actionnaires des dividendes de douze pour cent, et tel était déjà le crédit de cet établissement, que la fuite du caissier avec tous les fonds confiés à sa garde nMnterrompit pas un seul jour la circulation des billets. Le système financier de la colonie, longtemps entravé par les inconvénients inséparables d'un état provisoire , reçut enfin vers cette époque une sanction légale. Un acte du parlement régularisa toutes les taxes imposées jusque alors par l'administration, les maintint jusqu'à nouvel ordre , et donna un bill d'indemnité aux gouverneurs qui s'étaient succédé et à tous leurs agents. La ferme des droits de marché pour Sydney donnait déjà un revenu annuel de plus de six cent livrés sterling.

Les soins du gouverneur s'appliquaient surtout à la propagation de l'instruction primaire , la plus sûre garantie de l'avenir. Malgré les nombreux établissements déjà existants et qui absorbaient un huitième du revenu public, Macquarie fonda en 1820 une école de plus, honorée du nom du roi George et destinée à recevoir cinq cents enfants. Ce système d'éducation publique était dispendieux sans doute, mais nullement à charge à la mère patrie, et la dépense ne pouvait balancer l'avantage de soustraire de bonne heure à l'influence de mauvais exemples, trop à craindre, une génération qui faisait tout l'espoir de la colonie.

Macquarie avait été sans contredit le gouverneur le plus zélé, le plus actif, le plus intelligent des véritables intérêts de la colonie, qu'eût encore possédé la Nouvelle- Galles-du-Sud. Cependant, malgré la circonspection de sa conduite, il n'avait pu éviter de froisser quelquefois des intérêts et des amours-propres. Long-

temps le monopole du commerce dMmportation était resté entre les mains d'un petit nombre d'individus , Téritables tyrans de comptoir y qui faisaient la loi aux consommateurs et aux revendeurs. Macquarie avait apporté remède à cet abus en fermant les yeux, malgré la sévérité des règlements, sur Tintroduction de diverses marchandises par les navires de transport, et Ton conçoit sans peine combien son indulgence avait paru coupable au patriotisme intéressé des trafiquants dont elle restreignait les énormes bénéfices. Un autre grief, moins officiellement avoué, mais bien plus puissant, était reproché au gouverneur: c'était d'accueillir les familles des émancipés et celles des émigrés volontaires avec une égalité complète d'égards et de courtoisie. Pour bien comprendre toute l'importance de ce grief, il faut savoir que déjà à cette époque la classe des émancipés était la plus nombreuse , la plus riche et la plus active de la population ; que le plus grand nombre de ceux qui avaient su se créer une nouvelle existence par le travail montraient un retour sincère aux principes de l'honneur ; mais , malgré cet heureux changement, qui aurait dû faire oublier leurs erreurs passées , la classe des émigrés libres nonseulement refusait de frayer avec eux, mais affectait de les regarder comme des parias dont le contact était capable de souiller. Nous reviendrons plus lard sur les divisions qui existent entre ces deux classes, quand nous parlerons de l'état actuel de la société de Sydney. Macquarie pensait que l'institution même de la colonie avait eu pour objet l'amélioration des condamnés; que ceux d'entre eux qui avaient subi leur peine et en outre donné des gages suffisants d'un retour sincère aux principes de l'honneur , étaient par le fait réhabi-

lités et devaient jouir de tous les ayantages des autres citoyens; qu'à plus forte raison , leurs enfants , s'ils se comportaient bien y ne devaient, en aucune façon, avoir à souffrir des fautes de leurs parents. Ce principe était juste en lui-même; mais nous devons avouer ^ue Macquarie en avait poussé un peu loin l'application en fermant sa maison à quiconque n'imitait pas son exemple ; c'était un acte d'impolitique intolérance dans un système de tolérance absolue. On accusait enfin le gouverneur de multiplier sans nécessité les édifices publics et d'employer les revenus de la colonie en dépenses exagérées et d'une utilité au moins contestable.

Tous ces griefs furent reproduits dans des pétitions adressées au bureau des colonies et à la Chambre des communes. Ces plaintes soulevèrent de violents débats au parlement; les députés de l'opposition inculpèrent avec violence tous les actes de l'administration du gouverneur Macquarie. Celui-ci fut faiblement défendu par les ministres, et une enquête fut ordonnée par la Chambre des communes sur la conduite de ce fonctionnaire.

En apprenant ces résultats des plaintes portées contre lui , Macquarie comprit que sa position envers ses administrés était complètement changée, et qu'il ne pouvait se dispenser d'aller lui-même à Londres présenter sa justification et porter des détails exacts sur l'état de la colonie. Cependant, avant de revoir l'Europe, il voulut, le premier de tous les gouverneurs, visiter l'établissement de la Tasmanie, qui devait tant à son administration.

Après une traversée de onze jours , le gouverneur vint débarquer dans un des mouillages les plus sûrs

de tout le globe, et se vit reçu dans une ville qui comptait déjà deux mille sept cents habitants et quatre cent vingt-une maisons régulièrement construites, quelquefois même élégantes. Hobart-Town offrit à ses regards tous les édifices publics nécessaires à la capitale d'une île importante : un temple, un hôpital, un hôtel du gouvernement, des quais, des casernes et une prison; trois lignes de routes principales étaient tracées dans diverses directions. La population de Pile, presque doublée en deux années , s'élevait à plus de six mille âmes , non compris les employés civils et militaires ; et tout concourait à attirer de nouveaux habitants sous ce climat si favorable aux Européens. C'était l'Angleterre avec un plus beau ciel , des hivers moins rigoureux, des printemps et des automnes moins humides; c'était la Nouvelle -Galles avec une température un peu plus âpre dans la saison froide, mais sans sécheresse et sans inondations. Sur cette terre féconde , la multiplication des troupeaux était devenue presque innombrable , quoique le manque de chevaux se fît encore sentir sur quelques points, et que, pour les animaux domestiques , le choix des. races première» laissât beaucoup à désirer. Déjà plus de dix mille acres d'un terrain aussi fertile que les bords de l'Hawkesbury avaient été défrichés. La Tasmanie ne produisait point, comme la Nouvelle -Galles, tous les fruits des contrées méridionales de l'Europe et de l'Amérique ; mais sa température lui donnait encore d'immenses avantages sur le climat de l'Angleterre, tandis que son analogie plus marquée avec le sol natal attirait sur elle la préférence des émigrés. Telle était dans les environs d'Hobart-Town la clémence des hivers, que les pâturages n'étaient pas un seul instant aban-

donnés , et que nul colon ne préparait des approvisionnements à ses troupeaux pour la saison la plus rigoureuse. Des marchés abondamment pourvus , l'écoulement d'une partie des récoltes dans la Nouvelle- Galles pour une valeur de plus de trente mille livres sterling , de nombreux établissements industriels pour toutes les nécessités de la vie, telles que brasseries , tanneries, fabriques de draps communs, de chapeaux, de poterie , de savon , etc. , et la faculté accordée aux colons de concourir tous, en proportion de leurs propriétés, à la fourniture des magasins publics: toutes ces circonstances et une administration sage garantissaient la prospérité de la seconde colonie des terres australes. Quelques abus s'étaient introduits à Hobart- Town , comme à Sydney, par la circulation trop facile des billets à ordre ; mais l'usage des échanges en nature avait pris plus de crédit en Tasmanie. Les billets de banque de la Nouvelle -Galles étaient généralement acceptés , et allaient puissamment contribuer à la disparition des billets à ordre.

Macquarie examina avec soin tous les détails de l'ad- ^ministration; mais il ne borna pas là ses soins. Il savait bien que , malgré les plaintes dont le parlement avait retenti, l'avenir des colonies pénales était assuré; et, non content de réunir des preuves pour la défense de son administration , si injustement attaquée , il traça au lieutenant -gouverneur des plans positifs pour une extension prochaine. La position de quatre villes nouvelles fut alors déterminée, et le gouverneur revint à la Nouvelle-Galles pour préparer son dépari.

La fondation d'un dépôt pénal pour les déportés reconnus incorrigibles fut un des derniers actes d'une administration pleine de sagesse. Le point de la côte où

venait se jeter la rivière d'Hastings, à deux cent vingt kilomètres au nord-est de Newcastle, fut choisi, sur la recommandation d'Oxley, son découvreur, et exploré de nouveau par Oxley lui-même, et à deux reprises différentes par le lieutenant King. Cet établissement ne dut d'abord recevoir aucun colon lil)re ; mais tout annonçait qu'il ne tarderait pas à acquérir de l'importance, il reçut le nom de Port-Macquarie. Jamais hommage n'avait été mieux mérité. Après avoir pourvu à l'organisation première de cet établissement , Macquarie , regretté de tous les gens de bien , s'embarqua pour l'Europe (novembre 1821), remettant les rênes de l'administration au savant général Brisbane, et laissant un nom qui sera longtemps cité pour modèle à ses successeurs.

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