‹ L'Australie: découverte--colonisation--civilisationChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Retard dans l'arrivée des secours d'Europe. — Envoi da Supply à Norfolle avec un nouveau détacliement. — Disette de vivres. — Naufrage du 5yrtuf.— Consternation de la colonie.— Envoi du Supply à Batavia. — Famine. — Arrivée d'un navire anglais. — Nouvelles désastreuses apportées par ce navire.— Arrivée du Justinian avec des vivres.— Arrivée de irois autres navires d'Angleterre. — Nouveaux colons. — Épidémie. — Projets d'évasion parmi les convicts, — Entrevue de Philip avec les naturels.— II est blessé par l'un d'eux. — Suite de cet acte d'agression.- Relations amicales rétablies avec les indigènes. — Retour du Supply de Batavia. — Résultat de sa mission.— Mauvaise récolte de 1790.— Avantages offerts aux planteurs dans la colonie.— Mortalité.— Ses causes.— (1790.)

L^année 1790 commençait sous de tristes auspices. Chaque jour rendait plus nécessaires de prompts secours de la mère patrie, sans réaliser l'attente qu'avaient permise les nouvelles rapportées par le Syrius du cap de Bonne -Espérance. Deux années entières s'étaient écoulées sans qu'il fût arrivé un seul bâtiment d'Europe. Quoiqu'il fût raisonnable de penser qu'une si longue attente devait toucher à son terme , une administration prévoyante devait prendre les mesures les plus capables d'atténuer les funestes conséquences d'un retard possible. L'île de Norfolk produisait bien plus de végétaux alimentaires que les environs de Sydney ; elle offrait une pèche plus abondante y un bien plus grand nombre d'oiseaux sauvages. Le gouverneur fit

embarquer sur le Syrius, pour cette dépendance de la colonie, cent seize hommes, soixante-huit femmes et vingt-sept enfants, sous la garde de deux compagnies de soldats de marine. Bientôt il fdlut réduire encore les rations, et le mois de mars étant arrivé,* toujours sans nouvelles d'Europe , un nouveau détachement fut envoyé à Norfolk et embarqué sur le Supply. L'extension donnée à cet établissement exigeait la nomination d'un lieutenant-gouverneur d'un rang plus élevé que celui du lieutenant King : ce poste fut confié au major Patrick Ross , qui occupait la première place au-dessous du gouverneur.

Après le départ du Syrius et du Supply, Sydney, en proie à la tristesse du présent et à l'incertitude de l'avenir, offrait l'aspect d'un village dépeuplé par la famine; une partie des convicts les plus industrieux avait sollicité une seconde expatriation. La leur refuser eût été un acte d'injustice , et cependant leur éloignement privait la colonie de ses membres les. plus utiles , en même temps qu'il forçait d'accorder en quelque sorte une prime d'encouragement à l'indocile paresse. En effet, il fallut bien assigner les maisons et les jardins cultivés, restés sans maîtres par les derniers départs , à des hommes qui s'étaient jusque alors refusés à toute espèce de travail. Moins l'autorité pouvait venir au secours des convicts, plus un sentiment d'équité commandait de leur laisser les moyens de pourvoir à leurs besoins. La soirée du mercredi et la journée entière du samedi furent abandonnées à leur Ubre disposition.

Avril n'amenant aucun navire anglais , il fallut diminuer encore les rations , et adopter enfin la mesure prévoyante des distributions quotidiennes. Les

heures consacrées aux travaux publics furent prc^rtionnellement réduites. La seule construction importante entreprise à cette époque était celle d'an bfttiment en briques , élevé près de l'bôpital, pour préserrer de rhumidité les médicaments peu nombreux qne possédait encore la colonie. Une nouvelle misère entraînait à sa suite de nouveaux vols , et les moyens de répression n'étaient plus les mêmes. Les animaux domestiques ^ mal nourris y plus mal gardés y ravageaient les plantations. Tous les yeux se tournaient Ters la mcr^ et aucune voile ne paraissait à Phorizon.

Il en parut une enfin ; mais ce n'était pas celle que Ton attendait, et elle n'apportait que de tristes nouvelles qui redoublèrent encore la consternation générale. Ce bâtiment était le Supply, revenant de File de Norfolk et annonçant le naufrage du Syrius, qui, le 19 mars, avait touché contre un rocher au moment de prendre terre. On était parvenu à sauver tout Péqaipago et tous les coMicts; mais une partie de la cargai-> son avait été perdue.

Go coup inattendu frappait au cœur la colonie naissante. Quelque faible que pût être le résultat des voyages du Syrim, c'était encore l'espoir le plus certain do Sydney, et le nouveau désastre qui venait de l'engloutir inspirait de trop justes craintes sur le sort des navires qui depuis longtemps auraient dû arriver d'Kurope. Une dernière ressource restait dans le «Supply, et le 17 avril ce petit brick fit voile pour Batavia.

Le gouverneur, forcé d'amoindrir encore les dis^ tributions de vivres , voulut encourager les colons par son exemple : il fit porter au magasin public ses provisions particulières , et se limita lui-même à la ration commune. Une battue générale eut lieu dans

les environs de Sydney ; cette chasse , faite à toutes les espèces d'animaux, ne répondit point à l'attente du gouverneur. La pèche ne fut guère plus heureuse. Les pêcheurs anglais imitèrent les procédés employés par les indigènes ; mais tous leurs efforts réussirent à peine à assurer pour quatre mois la nourriture de trente-un hommes. De jour en jour les vols se multipliaient , et , quoique l'excuse de la nécessité fût souvent évidente, l'impunité offrait de trop graves dangers. Un convicl fut condamné pour vol et exécuté; un vieillard mourut de faim ; une femme épuisée de besoin , après avoir dévoré une masse prodigieuse de blé en herbe , mourut dans d'horribles convulsions. Le jeune naturel Bennilong , élevé près du gouverneur, profita du relâchement de surveillance qu'entraînaient ces calamités, pour s'enfuir de Sydney et reprendre la vie sauvage.

Chaque jour amenait de nouveaux malheurs et des privations nouvelles. Enfin , dans la soirée du 3 juin, une voil^ est signalée , et le navire Lady Juliana entre dans la baie. On se livre à des transports de joie; l'abondance va renaître, tous les maux sont oubliés. Mais à peine Lady Juliana a-t-elle touché terre , que la triste réalité fait évanouir ces rêves trompeurs ; ce navire ne contenait en fait de passagers que deux cent vingtrdeux femmes, âgées et infirmes pour la plupart, et pour toute cargaison une faible quantité de provisions en partie avariées. Le gouverneur ne put augmenter les distributions de vivres que de sept cent cinquante grammes de pain par semaine pour chaque coninct : heureux encore de ne pas trouver uniquement une charge de plus dans le premier envoi qu'il recevait d'Angleterre !

Une désastreuse nouvelle apportée par le navire de transport acheva de consterner les colons, et une inconcevable fatalité semblait poursuivre l'établissement des Anglais aux terres australes. Le Giiardian, navire de quarante -quatre canons, de la marine royale , avait depuis longtemps quitté la Grande-Bretagne. Chargé de vivres pour deux ans, d'instruments d'agriculture, de vêtements et de tout ce que pouvaient exiger le service de santé et l'ameublement des édifices publics , il portait encore vingt-cinq convicts, tous choisis dans la classe des artisans ou des laboureurs, et sept hommes destinés à remplir les fonctions de surveillants. Un jardin avait été préparé sur le pont par les soins de sir Joseph Banks lui-même ; le capitaine venait d'embarquer au cap de Bonne-Espérance un grand nombre de bestiaux , lorsque le Guardian toucha inopinément sur une île de glace au sud du cap Horn. 11 fallut jeter aussitôt à la mer une partie considérable de la cargaison , tuer les animaux domestiques et détruire le jardin , pour pouvoir regagner le cap de Bonne-Espérance , où le navire ne parvint qu'avec peine à travers mille dangers. Lady Juliana apportait quelques vivres sauvés de ce naufrage ; la colonie hollandaise avait profité du reste. Le Guardian était bon voilier; il aurait pu parvenir à sa destination vers le commencement de février; et l'accident imprévu dont il avait été victime avait condamné la colonie naissante à quatre mois de privations et d'angoisses. Les autres nouvelles données par Lady Juliana étaient plus consolantes. On levait à Londres un régiment d'infanterie pour le service de la colonie, et un convoi de mille con^icts avait dû quitter l'Angleterre depuis six mois; mais combien d'espérances avaient été déjà trompées !

Le 20 juin mit enfin un terme à tant de souffrances : le Justinian entra dans la baie après une traversée de cinq mois seulement ; des vivres formaient presque toute sa cargaison; il annonçait que trois navires chargés de convicts avaient mis à la voile avant lui. Toutes les privations cessèrent ; les travaux abandonnés furent repris avec une activité nouvelle.

Cinq jours après l'arrivée du Jmtinian, un grand navire est signalé : c'était la Surprise, amenant deux cent dix -huit coni^icts, escortés par trente officiers et soldats de marine; mais les nouveaux arrivants étaient épuisés de fatigues et de maladies : quarante - deux hommes étaient morts pendant la traversée, et le nombre des malades s'élevait à plus de cent. Le Justinian venait de débarquer un hôpital portatif; ce secours, si nécessaire, fut encore insuffisant.

Le Scarborough et le Neptune, arrivés trois jours après la Surprise, débarquèrent plus de deux cents malades. Il fallut dresser trente tentes devant l'hôpital , et les maisons les plus voisines furent aussi remplies de malheureux en proie au scorbut, à la dyssenterie et à une fièvre contagieuse ; beaucoup étaient arrivés au dernier période de la maladie ; plusieurs expirèrent sur la plage , d'autres dans le court trajet entre les navires et la terre, quelques-uns même au moment où l'on se préparait à les descendre dans les chaloupes. Jamais Sydney, qui dans ses annales de peu de jours comptait déjà tant de désastres , n'avait présenté un spectacle aussi déplorable. Malgré la famine qui venait de dévorer la colonie , on reconnaissait encore les con^ncts nouvellement débarqués , à leur état de maigreur et d'affaiblissement.

L'état des nouveaux colons exigeait les soins les plus

efficaces ; on avait un besoin pressant de végétaux antiscorbutiques; des détachements envoyés dans les bois du voisinage en rapportèrent une certaine quantité. Le 30 juin , le nombre des malades s^élevait à trois cent quarante -neuf y et Tépidémie étendait de plus en plus ses ravages; le 13 juillet, ce nombre était monté à quatre cent quatre-vingt-huit. Creuser des tombes pour les victimes de la nuit était chaque jour le premier travail du matin.

Le gouverneur jugea nécessaire d'éloigner du foyer de la contagion les convicts récemment arrivés sans maladie, et tous furent conduits à Rose-Hill, où l'on traçait le plan d'une ville nouvelle : cette mesure et les secours de l'art produisirent bientôt d'heureux effets ; la mortalité diminua, et, vers la fin de juillet, Sydney ne renfermait plus que trois cent trente-deux malades.

L'épidémie et l'établissement de nouveaux colons n'avaient pas fait perdre de vue l'île de Norfolk, où, malgré l'abondance des oiseaux marins et du produit de la pêche , devait se faire vivement sentir une partie des privations dont Sydney venait d'être affranchi. La Surprise et leJusiinian furent expédiés à cette destination. Au moment de leur arrivée, le découragement le plus absolu régnait dans l'île, réduite aux dernières extrémités. Trois jours auparavant, comme la disette commençait à devenir intolérable, une voile s'était montrée à une faible distance, et l'on avait cru reconnaître le pavillon britannique ; cependant, malgré tous les signaux , le navire ne s'était point arrêté dans sa marche , et le sentiment de l'abandon et de l'isolement, rendu plus vif encore par cet espoir trompé, redoublait les inquiétudes de l'avenir.

L'accroissement de population qu'avait reçu la Nou-

velle-Galles-du-Sud réclamait une nouvelle activité dans la surveillance. On avait cru devoir donner aux convicts les plus éloignés de Sydney des armes pour leur sûreté; on reconnut qu^ls en abusaient, et il fallut en exiger la restitution.

Malgré les difficultés qu'ils présentaient , les projets d'évasion étaient nombreux parmi les conpic^s nouvellement débarqués. Cinq d^entre eux réussirent à s'emparer d'une chaloupe y et mirent à la voile pour Taïti. Bientôt découverts dans leur fuite y ils furent poursuivis sans succès y et une tempête qui ne tarda pas à s'élever dut les engloutir avec leur frêle embarcation. Peu de jours auparavant, au moment où le Neptune allait partir pour Canton , une visite exacte de ce bâtiment avait fait découvrir deux hommes et une femme cachés à fond de cale.

Le gouverneur, malgré la fuite du jeune Bennilong, ne désespérait pas de parvenir prochainement au succès de ses efforts continuels, en établissant enfin des relations amicales entre les Anglais et les peuplades indigènes. Dans ses fréquentes excursions aux alentours de Sydney, il ne négligeait rien pour amener une bonne intelligence. Dans toutes les rencontres il avait soin d'éloigner les armes à feu de la vue des naturels, et toujours il se présentait à eux avec calme et* confiance. Le 7 septembre, il eut, à cinq milles de Sydney, une entrevue avec une horde nombreuse, dont faisaient partie Bennilong et son ancien compagnon de captivité Coleb, qui s'était enfui le premier. Le gouverneur leur fit divers présents, reçus avec joie. Bennilong, qui commençait à pouvoir servir d'interprète, demanda quelques haches de fer, et Philip promit de les apporter bientôt lui-même. Une sorte d'intimité, inconnue

jusque alors dans les rencontres avec les sauvages, commençait à s'établir, et le gouverneur profitait de son ouvrage. Les naturels formaient un cercle autour des Eui'upéens. Bénnilong, sans craindre une seconde captivité, avait planté en terre une zagaie de douze pieds dont il était armé, et s'entretenait familièrement avec les Anglais qu'il avait connus à Sydney. Cependant, depuis le commencement de l'entrevue, un naturel donnait de continuelles marques de défiance et de frayeur. Tout à coup Philip, parlant avec vivacité, fait un geste imprévu, et cet homme, croyant sans doute que c'est un signal pour le faire enlever par les Anglais, saisit la zagaie de Bennilong, et en frappe le gouverneur avec une violence extrême. Plu* sieurs de ses compagnons volent à son secours ; quelques zagaies sont lancées , et l'une d'elles vient tomber aux pieds du juge-avocat CoUins. Dans ce tumulte, les Anglais s'enfuient précipitamment vers une chaloupe laissée à une grande distance. La longueur de la zagaie restée dans la blessure de Philip retardait sa marche. Il fallut s'arrêter un instant pour l'enlever; pus elle était barbelée, et l'on dut se borner à en couper une grande partie. Pendant cette opération • une autre zagaie effleura encore le gouverneur. Tout faisait craindre un horrible massacre; les indigènes se montraient de plus en plus menaçants , et les Anglais regagnèrent en désordre leur chaloupe , où ils ne trouvèrent pour toutes armes que quatre mousquets, dont deux absolument hors d'état de servir; mais, par un bonheur signalé, les hostilités cessèrent aussitôt, et un trajet de deux heures suffit pour regagner Sydney, où la nouvelle de la blessure de Philip ré-^ pandit la consternation. On craignit d'abord que le

coup ne fût mortel ; mais la zagaie fut habilement extraite , et les médecins répondirent des jours du gouverneur.

On aurait pu croire que les suites inévitables de cet acte d'hostilité seraient d'éloigner pour un temps indéfini toute espèce de rapprochement entre les Européens et les Australiens; il en fut tout autrement, et le sang du gouverneur cimenta au contraire l'alliance que son effusion semblait devoir détruire à jamais. Bennilong vint bientôt à Sydney donner des explications; un malheureux malentendu avait été cause de ce qui était arrivé; son copipatriote avait agi sous l'empire d'une crainte irréfléchie, et non par suite d'une trahison préméditée. Son exemple avait entrainé quelques autres; mais Bennilong avait violemment frappé l'agresseur, et arrêté par quelques mots l'irritation qui avait gagné quelques-uns de ses amis; c'est ce qui explique la cessation instantanée des hostiUtés au moment où les Anglais étaient livrés sans défense à leur merci. Il finissait par prier Philip d'oublier ce fâcheux incident, et de se souvenir seulement de la promesse qu'il lui avait faite de lui apporter lui-même des haches de fer. Le gouverneur accueillit favorablement les paroles de Bennilong, et lui promit de remplir sa promesse aussitôt que sa blessure serait entièrement guérie.

Philip fut en état de se présenter à cette espèce de rendez -vous le dixième jour de sa blessure; mais, quelque plausibles que fussent les explications de Bennilong, il n'était plus permis de se livrer sans précautions à la merci des naturels. Le gouverneur et le détachement qui l'accompagnait partirent tous bien armés. L'entrevue fut amicale, et peu de jours après

Bennilong vint conjurer Philip de lui faire construire une cabane à la pointe orientale de la baie. Un tel désir était trop d'accord avec les vœux les plus chers du gouverneur pour ne pas être immédiatement satisfait ; et bientôt on vit s'élever la première habitation d'un indigène sur une terre où ses aïeux avaient si longtemps erré sans abri. La conflance parut enfin s'établir sur des bases solides, et ses heureux effets ne tardèrent pas à se faire sentir. Une chaloupe s'étant perdue avec cinq hommes, les naturels vinrent avertir le gouverneur de cet accident, et rapportèrent fidèlement à Sydney tous les objets sauvés du naufrage.

Les relations devenant de jour en jour plus multipliées et plus familières avec les peuples indigènes,' le gouverneur défendit de jamais leur donner des armes, qui , sans être pour elles d*un usage bien nécessaire , pourraient devenir nuisibles à la sûreté de la colonie. Malgré la bonne intelligence qu'on s'étudiait à maintenir, un convict employé à la chasse fut blessé par un naturel, et toutes les circonstances de cet événement s'accordèrent pour démontrer que nulle provocation n'avait eu lieu de sa part. 11 était presque également dangereux de laisser un tel attentat impuni et d'en poursuivre la vengeance. Les principaux officiers représentèrent au gouverneur la nécessité d'un exemple; il résista longtemps ; il insistait surtout sur la difficulté de distinguer assez bien les diverses tribus pour ne pas commettre une erreur irréparable. Mais on lui fit remarquer qu'une recherche faite avec quelque apparat suffirait pour atteindre le but, et un détachement partit, avec ordre d'arrêter six hommes de la tribu de l'agresseur. Cette expédition n'obtint aucun succès; une nouvelle recherche, ordonnée bientôt après, de-

meura également sans résultat, et cette affaire finit par tomber dans Toubli.

Le Supply revint de Batavia vers la fin de septembre , annonçant la prochaine arrivée d'un navire hollandais. Le lieutenant Bail, commandant du Supply, avait éprouvé dans sa mission les plus grands obstacles , et n'avait pu obtenir qu'un marché très-onéreux pour la colonie ; la découverte de plusieurs îles offrait une compensation honorable de ce qui n'avait point réussi dans le but principal de son voyage. Le navire hollandais frété par suite de sa transaction ne vint mouiller au Port-Jackson que six semaines après le Supply, et encore l'événement démontra-t-il que toutes les stipulations n'avaient pas été loyalement exécutées. Il fallut consentir à quelques échanges désavantageux, et, dans cet accommodement, toutes les difficultés provinrent du capitaine hollandais. Mais enfin on devait compter que les premières relatiops commerciales d'un peuple naissant ne pouvaient tourner entièrement à son profit actuel, et l'on dut considérer comme un avantage inespéré d'avoir sitôt établi un premier lien de commerce entre la Nouvelle-Galles et le monde civilisé.

La récolte de 1790 ne répondit point à l'attente dont une expérience de deux années avait permis de se flatter. Le défaut de pluie en altéra une grande partie, et la sécheresse fut telle, que quelques charbons laissés par imprudence sur un point du havre occasionnèrent un incendie qui, sans les plus prompts secours, aurait embrasé toute la contrée. Dans l'île de Norfolk, les oiseaux ravagèrentles champs ensemencés. La colonie se trouvait moins encore que l'année précédente en état de se passer des secours de l'Angleterre.

P'après les^ ordres apportés par les derniers navires, le gouverneur avait proclamé quels avantages seraient accordés aux planteurs qui voudraient former des établissements dans la Nouvelle -Galles. Tout officier non commissionné devait obtenir une concession de cent trente acres de terrain. Il en était alloué quatre-vingts à tout autre émigrant ; une augmentation de vingt acres pour chaque homme marié et de dix acres par tète d'enfant, s'appliquait indistinctement à ces deux classes établies parmi les colons. Tous avaient droit à recevoir des instruments d'agriculture et au service d'un nombre de convicls proportionné à l'étendue de ces concessions. L'obligation de résider était impérieusement imposée , et l'on exigeait aussi la conservation des bois jugés nécessaires pour les constructions maritimes.

Les travaux les plus importants exécutés jusque alors avaient été dus à l'établissement d'une briqueterie ; l'accroissement de la population venait de leur donner une activité nouvelle. Beaucoup de maisons et un magasin public s'élevaient à la fois ; déjà un long chemin était ouvert entre la briqueterie et la ville , et les femmes avaient été réunies dans des ateliers pour confectionner les vêlements des soldats et des convicts.

Les tables de mortalité de l'année 1790 offrent, avec le petit nombre des habitants de la colonie, une effrayante disproportion. Le nombre des morts s'était élevé à cent cinquante-neuf; mais le résultat des derniers mois permettait d'envisager sans crainte les chances de l'avenir, et une épidémie contractée dans une longue navigation était un fait exceptionnel qui ne pouvait entraîner aucun soupçon contre la salubrité du climat.

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