CHAPITRE VII
Sir Francis Grose remplace proyisoirement Philip.— Administration de ce lieutenant-gouverneur.— Arrivée de colons volontaires.— Arrivée à Sydney de deux vaisseaux espagnols. — Commencement des relations commerciales. — Récoltes excédant la consommation. — Complot parmi les soldats.— Relations avec les indigènes.— Accroissement de Sydney. — Menaces d'une nouvelle famine.— Anxiété générale.— Arrivée de navires chargés de provisions. — Passion du jeu. — Ses effets.- Tentatives infructueuses pour découvrir une rivière navigable. — Nomination du capitaine Hunter au gouvernement de la colonie. — Naissances et décès en 1 79*. — Prospérité de File de Norfolk. — Départ de sir Francis Grose.— L'inf Mm est rempli par le lieutenant William Paterson. — Courte administration de ce dernier.— Hostilités avec les indigènes. — Convicts échappés formant des bandes de brigands. — Arrivée du nouveau gouverneur. — ( 1793-1795.)
Une défaveur assez marquée accueillit les premières mesures de sir Francis Grose ; on se plaignit d'abord d'innovations qui ne paraissaient pas justifiées par la nécessité ; mais bientôt on reconnut qu'une extrême modération présidait à ses actes , et que les changements introduits dans l'administration attaquaient les formes plutôt que les principes ; ces remarques ne tardèrent pas à dissiper les préventions.
Un navire arrivé d'Angleterre au commencement de l'année 1793 vint augmenter la population libre de la colonie. Il portait, avec dix -sept femmes, cinq familles d'émigrants volontaires et deux chefs d'ateliers de forge eti^de charronnage. C'étaient pour la
Nouvelle-Galles d'inappréciables acquisitions. Le lieutenant-gouverneur établit les nouveaux colons sur un sol plus fertile que celui de Sydney, entre cette ville et Paramatta , et leur permit de donner au lieu de leur résidence le nom de Plaine de la Liberté. Plusieurs officiers se décidèrent aussi à former des établissements agricoles ; sir Francis Grose confia dix convicts à chacun d'eux y et ces entreprises , plus habilement dirigées , eurent une influence heureuse sur le progrès de la colonie. Aussitôt après le départ de Philip, un grand nombre de planteurs avaient rais en vente les animaux domestiques confiés à leurs soins pour la multiplication des espèces. La passion des liqueurs spiritueuses causait surtout ces affligeants désordres. Les officiers profitèrent de l'imprévoyance •de ces misérables, et la colonie leur dut une conservation bien importante pour son avenir.
Vers le milieu de mars, deux navires espagnols, la Descubierta [la Découverte) , commandée par l'Italien Malespina, etlaAtre^da [V Intrépide) y sous les ordres de don José de Bustamente y Guerra, vinrent aborder au Port- Jackson. C'étaient, depuis le passage de Lapérouse , les premiers vaisseaux attirés sur ces plages si peu connues par le seul désir d'étendre le domaine des sciences. Ces navires étaient employés depuis plus de trois ans à un voyage de circumnavigation. Déjà ils avaient visité toutes les dépendances de l'Espagne dans TAmérique-Sud et les autres parties du monde; ils arrivaient directement de Manille. Chaque navire portait un dessinateur et un botaniste. Les savants officiers espagnols témoignèrent les plus vives inquiétudes sur le sort de Lapérouse; le bruit de la perte des vaisseaux français était parvenu jusqu'à eux dans les termes
les plus vagues, et l'espoir de retrouver les infortunés navigateurs donnait un nouveau prix aux fatigues qui attendaient encore les navires espagnols. Accueillis avec un bienveillant empressement, les officiers obtinrent la permission d'établir à terre un observatoire, et les relations les plus amicales continuèrent entre eux et les Anglais pendant toute la durée de leur relâche.
Lia route de l'Australie s'ouvrait de plus en plus aux spéculations du commerce. Deux navires chargés de vivres et d'animaux domestiques arrivèrent successivement, l'un de Calcutta, l'autre de la côte nord-ouest de l'Amérique, après avoir relâché à Taïti. Malgré ces approvisionnements , la disette de vivres se fit encore sentir cette année; ce q«i n'empêcha pas l'agriculture australienne de faire de rapides progrès. L'introduction des officiers parmi les propriétaires donnait aux planteurs des exemples d'activité en leur inspirant une émulation utile. Les défrichements avaient pris une extension considérable, et l'éducation des troupeaux se perfectionnait de jour en jour.
En 1792, tous les besoins domestiques satisfaits, les colons avaient encore pu vendre au gouverneur douze cents boisseaux de grains. L'excédant de la récolte de 1793 fut de plus de sept mille boisseaux, et le lieutenant- gouverneur proclama que le Trésor paierait chaque boisseau dix schellings , mais seulement en traitant sans aucun intermédiaire avec les cultivateurs eux-mêmes. L'augmentation du nombre des colons libres ou émancipés produisait, par la concurrence, un mouvement de baisse dans le prix des denrées. Sans la funeste passion des liqueurs spiritueuses, source de bien des désordres, la colonie aurait
marché d'un pas plus ferme vers une prospérité durable. Cependant ce fut à dater de cette époque que les ressources de rétablissement pénal commencèrent à être bien appréciées. Les travaux d'un petit nombre de cultivateurs zélés et intelligents surpassèrent bientôt tout ce que le gouvernement avait obtenu en dépensant des sommes énormes. Les déportés s'attachaient au sol de leur nouvelle patrie ; quelques-uns avaient été admis dans les rangs des soldats , et le nombre de ceux qui songeaient à retourner en Europe diminuait chaque jour. Plusieurs n'avaient accepté de concessions que dans l'intention de vendre leurs terrains défrichés pour obtenir des moyens de passage sur les navires de transport; deux seulement réalisèrent ce projet.
A cette époque, la conduite des soldats et des matelots était, bien plus que celle des convicts, préjudiciable à l'établissement pénal. Au moment de mettre à là voile pour l'Angleterre, l'équipage d'un navire de transport se révolta. Le lieutenant -gouverneur fut obligé de se rendre à bord , de faire arrêter les plus mutins, qui subirent à la parade la peine du fouet, et de les jeter dans les prisons de Sydney. Des convicts émancipés furent choisis pour les remplacer sur le navire.
Un complot plus grave ne tarda pas à être découverte Un caporal et plusieurs soldats avaient formé le projet de s'emparer d'un navire pour gagner l'île de Java. Déjà munis des cartes nécessaires, ils avaient associé plusieurs convicts à leurs espérances, lorsque deux des principaux chefs furent arrêtés ; deux autres, s'étant enfuis dans les bois avec armes et bagages , se virent bientôt repris après quelques actes de violence. Aucune circonstance du complot, aucun désordre des
complices n^échappa aux investigations de Fautorité. La cour martiale se rassembla; mais des considérations de la plus haute importance ne permirent pas de donner à cette affaire toute la suite qu'elle aurait, méritée. La publicité avait ses dangers ; il était de Tintérêt du bon ordre de ne point constater d'une manière trop évidente la possibilité d'une coalition entre des condamnés et leurs surveillants. Ainsi, dans cette société à peine organisée, la raison d'État imposait déjà silence à la justice; un attentat au premier chef fut transformé en simple délit contre la discipline. Les coupables, accusés seulement de s'être absentés sans permission, furent condamnés à la dégradation militaire et à une punition corporelle.
Le vœu le plus cher de Philip commençait à se réaliser: les indigènes, renonçant à leur première défiance, fréquentaient de plus en plus l'établissement anglais ; plusieurs même , attirés par l'appât de médiocres récompenses, rendaient de légers services à la colonie , qu'ils ne quittaient plus. Déjà quelques planteurs se plaignaient des habitudes de mendicité qu'avaient prises avec tant de promptitude, et sans aucun exemple, des peuplades si voisines de l'état de nature. Plusieurs vols et même quelques brigandages à main armée étaient encore attribués aux naturels, et quelquefois avec raison, quoique la sincérité de leurs accusateurs ne fut pas toujours démontrée ; mais ils avaient presque entièrement cessé d'être un objet d'inquiétude pour la colonie, et l'on pouvait enfin se livrer avec confiance à l'observation de leurs mœurs et de leurs usages ; telle était devenue leur familiarité, que, pour leurs rites comme pour leurs combats, ils cherchaient à peine à éviter les regards des Européens.
Sydney prenait un accroissement considérable ; depuis le départ de Philip , malgré le manque d'ouvriers habiles et l'extrême difficulté du transport des matériaux, un grand nombre de maisons «'étaient élevées; les plus anciens édifices s'amélioraient par des distributions mieux entendues, et l'inauguration d'un temple convenable venait d'être solennellement célébrée. Un sloop, dont les pièces avaient été apportées d'Europe par le Pitt, fut lancé sous le nom du Francis y en l'honneur du lieutenant-gouverneur sir Francis Grose, et presque aussitôt expédié à la Nouvelle-Zélande, pour en rapporter des bois de construction. Pendant que l'État faisait cet essai d'une marine coloniale, l'industrie particulière établissait, au grand avantage de la colonie, un service régulier de paquebots entre Sydney et Paramatta. Cette entreprise, formée par un des convicts libérés, obtint la réussite la plus complète. Vers le même temps un navire de commerce,* le Dœdalus, fut frété pour porter des vivres et des munitions au capitaine Vancouver, qui se trouvait dans ces parages.
On ne saurait se défendre d'un sentiment d'admiration , quand on considère en combien peu d'années une colonie fondée à une si grande distance de la mère patrie, sur une terre inconnue, était arrivée, après mille traverses, à un tel point de virilité. Merveilleux effet de la civilisation, qui permet aux peuples de croître plus rapidement que les hommes, après que tant de siècles ont vu la longue enfance des plus grandes nations l Mais aussi quelle habileté demandait la direction suprême d'une telle société, que le moindre pas rétrograde pouvait entraîner si loin en arrière !
Cependant le moment n'était pas encore venu où la
nouvelle colonie pourrait entièrement se passer des secours de la métropole. La même imprévoyance qui avait présidé au début de rétablissement austral, semblait se continuer avec une persévérance qui annonçait une grande incurie et une inconcevable négligence de la part des employés du gouvernement chargés de celte partie du service colonial. La récolte de 1793 avait été abondante, mais elle ne l'avait pas été en proportion de l'augmentation de la population ; de sorte qu'en 1794 on se trouva menacé d'une disette plus terrible mille fois que celles de 1789 et de 1791. Les semaines, les mois s'écoulaient sans amener aucun secours; il ne restait plus dans les magasins que pour cinq jours de vivres; cette provision consommée, il faudrait avoir recours aux troupeaux de la colonie et aux grains destinés aux semences de l'année; déjà d'effrayants calculs démontraient combien peu de jours suffiraient pour engloutir ces dernières ressources, et après, que deviendrait-on î...
Cinq jours se passent dans cette affreuse anxiété ; soudain une voile est signalée, et toute la population se précipite vers la plage ; mais les vents se déchaînent, les vagues deviennent de plus en plus menaçantes, le navire lutte avec peine, tout à coup il disparait. Un cri général de terreur fait retentir le rivage ; mais une manœuvre habile a sauvé l'espoir de la colonie. Cependant les ténèbres s'épaississent, la tempête redouble de fureur; une longue nuit s'écoule au milieu du désordre de tous les éléments, et le jour renaît sans ramener le calme dans la nature. Vers le soir, une seconde voile paraît à l'horizon , et deux jours et deux nuits se succèdent dans ces alternatives de crainte et d'espérance; enfin la violence des vents commence à s^apaiser, et
les deux navires entrent ensemble dans le port. L'un d'eux, venu d'Irlande, apportait des vivres pour quatre mois; l'autre, parti du Bengale, n'ajouta point d'une mauière sensible aux ressources de la colonie. On apprit par ce dernier bâtiment que la guerre qui avait éclaté entre la Grande-Bretagne et la France avait forcé les autorités de Calcutta d'armer des bâtiments en guerre , ce qui avait arrêté les préparatifs faits jusque-là pour augmenter les troupeaux et remplir les magasins publics de la Nouvelle- Galles.
Bientôt le Dœdalus revint avec une partie des provisions envoyées au capitaine Vancouver, qui n'avait pu les embarquer. Dès cet inskint le Port-Jackson commença à présenter le spectacle d'une activité qu'auraient pu lui envier, sur des côtes mieux connues, des rades depuis longtemps fréquentées par les navires du commerce. En peu de semaines neuf navires arrivèrent du Bengale, de l'Angleterre, des États-Unis et des Malouincs ; la plupart apportaient des vivres et des marchandises expédiées pour des spéculations particulières. Déjà une concurrence profitable aux planteurs s'établissait dans le marché de Sydney, Jamais cette ville n'avait vu ses magasins aussi bien remplis, et jamais non plus l'avenir n'avait présenté autant d'espoir de communications prochaines et fréquentes avec le monde civilisé. Cependant le bruit se répandit que des corsaires français croisaient en grand sur les côtes du Bengale ; on apprit même que leur poursuite avait forcé l'un des navires destinés pour l'Australie à relâcher à Batavia.
La colonie ne reçut cette année (1794) qu'un trèsfaible accroissement de population ; par une innovation heureuse , une fois enfin le nombre des femmes dé-
portées se trouva plus considérable que celui des hommes. Parmi ces derniers on distinguait trois planteurs libres et quatre gentilshommes écossais condamnés pour rébellion. Sydney accueillit avec bonheur ces nouveaux colons y dont le choix offrait des garanties à une société justement jalouse de voir augmenter le nombre des éléments sans souillure qui devaient entrer dans sa composition.
Une passion bien funeste, et qui n'avait pas encore eu occasion de se montrer, vint opposer de nouveaux obstacles aux améliorations préparées. Longtemps assoupie sur une terre qui n'offrait aucun aliment à la cupidité, mais réveillée par le commerce des navires étrangers, la fureur du jeu entraînait chaque jour de nouveaux excès. On vit des convicts perdre' jusqu'à leurs •derniers vêtements, et regagner leurs misérables huttes dans la plus honteuse nudité. Des sommes considérables, même chez des peuples riches, étaient livrées avec insouciance aux caprices du hasard , et plus d'un planteur perdit dans une seute soirée la ferme qui promettait à ses vieux jours l'aisance et la liberté.
De tels dérèglements préparaient des crimes ; aucun assassinat constaté n'avait souillé jusqu'à ce jour les annales de Sydney. Un meurtre , suivi d'un vol et accompagné de circonstances atroces qui dénotèrent plusieurs complices, vint effrayer la population tout entière ; malgré les investigations les plus actives , ce crime resta enseveli dans l'ombre. Bientôt un nouvel assassinat provoqua la vindicte publique, et cette fois l'homicide expia son crime dans les supplices. Des vols répétés avec audace réclamaient un grand exemple : trois convicls condamnés à mort subirent toute la rigueur de leur sentence.
Vers cette époque, un naturel indiqua à peu de distance du siège de la colonie une rivière navigable. Malgré d'infructueuses recherches , l'espoir d'une semblable découverte n'était pas encore détruit ; une ecKpédition partit aussitôt, et revint sans succès. Cet exemple ne découragea point un matelot nommé Hacking : doué d'un caractère entreprenant, ce marin s'offrit pour une nouvelle exploration de l'intérieur des terres , et partit accompagné de trois hommes. Dans un voyage de sept jours, cette petite troupe pénétra trente-deux kilomètres ^plus loin qu'on ne s'était encore avancé; mais son rapport fut défavorable à la culture du sol, et semblait s'accorder avec les préventions que la malveillance continuait à répandre en Angleterre sur la stérilité de la colonie. Abandonnée à ses productions particulières, sans doute la Nouvelle- Galles, comme le reste de l'Ausjtralie, n'offrait à l'existence de l'homme presque aucune espèce d'aliment, l'expérience l'avait cruellement prouvé ; mais elle démontrait aussi combien peu de temps suffirait, avec l'introduction de troupeaux plus nombreux, pour assurer à cette colonie, si heureusement située, d'immenses richesses agricoles.
Les établissements formés par les officiers en offraient une preuve nouvelle. Déjà ils comptaient près de mille acres de terre en pleine culture. Depuis deux ans ils en avaient fait défricher environ trois mille, et leurs ouvriers, aussi bien traités que strictement surveillés, méritaient d'être cités pour modèles à tous les autres cofiincts, comme la loyauté de leurs spéculations aurait dû être imitée de tous les autres planteurs.
Tel était l'état de la colonie au moment où elle apprit la nomination du successeur de Philip, le capitaine Hunter, l'ancien commandant du Syrius, qui
avait fait partie du premier convoi envoyé à la Nonvelle-Galles-du-Sud. Ce choix fut accueilli à Sydney par un assentiment unanime. Témoin des premiers désastres de rétablissement , familier avec ses besoins , instruit de ses ressources , il allait arriver sans idées fausses et avec un système d'administration arrêté. Peu de temps après l'arrivée de cette nouvelle , le lieutenant-gouverneur Grose s'embarqua pour l'Angleterre , en confiant la direction des affaires par intérim à l'officier le plus avancé en grade , le capitaine William Paterson.
A cette époque, la colonie comptait, en comprenant l'ile de Norfolk , quatre cent deux enfants nés dans l'Australie. Depuis deux ans le nombre des morts était notablement diminué. Réduit en 1793 à cent cinquante -trois, il le fut en 1794 à cinquante -neuf seulement ; ainsi , et malgré une ophthalmie épidémique qui venait de se déclarer principalement sur les enfants, aucun doute ne pouvait plus être élevé de bonne foi sur la salubrité du climat.
L'île de Norfolk, dont nous n'avons pas parlé depuis longtemps, n'avait pas partagé tous les malheurs de Sydney. Plus favorisée par la nature du sol et par la variété des productions utiles , elle n'avait qu'une seule fois* et peu de temps connu les tourments de la disette. Sur cette terre privilégiée, le nombre des naissances l'emportait de plus d'un tiers sur celui des décès; et quelques espèces de grains , le maïs entre autres , produisaient jusqu'à deux récoltes par an. Déjà l'île de Norfolk pouvait mieux que la Nouvelle-Galles se suffire à elle-même ; et Sydney, qui lui empruntait des matériaux pour ses édifices publics , lui avait dû dans ses désastres des secours inespérés.
La culture du phormium tenax, ou lin de la Nouvelle- Zélande , était le principal objet de rétablissement formé à Norfolk. Les premiers essais des conoicts furent malheureux, et Ton ne tarda pas à reconnaître la nécessité de faire diriger quelque temps par des sauvages les travaux de plusieurs hommes civilisés. Deux Nouveaux-Zélandais furent amenés dans ce but à Norfolk par le Dœdalus. Ces hommes donnèrent d'utiles renseignements sur la culture et la préparation du lin. Us regardaient \e phormium ienax originaire de Norfolk comme bien supérieur à celui de leur île. Peu de mois après, les élèves égalaient leurs maîtres, et Tîle de Norfolk possédait une industrie inconnue aux nations civilisées.
La courte administration du lieutenant-gouverneur Paterson offre peu d'événements, quoique troublée par des rixes avec les indigènes. Sur les bords de THawkesbury, une petite guerre s'éleva entre les planteurs et des naturels qui voulaient piller les récoltes. Jamais, jusqu'à ce jour, les premiers habitants du pays n^avaient déployé une aussi habile tactique ; il fallut faire marcher contre eux quelques troupes régulières. Plusieurs hommes furent tués, et l'ordre fut donné de suspendre leurs cadavres à des gibets, pour répandre l'épouvante parmi les maraudeurs ; mais toujours les victimes étaient enlevées par leurs compatriotes, et les hostilités continuaient avec acharnement. Quelques planteurs furent blessés ou tués dans des rencontres isolées , et Ton amena à Sydney plusieurs prisonniers qui se virent l'objet des traitements les plus humains , tandis que , pour la sûreté des colons , on établissait de distance en distance des détachements de troupes. Cette guerre de partisans ne se termina qu'après plusieurs mois. On
craignit un moment que les indigènes n'eussent trouvé des chefs parmi certains convicts qui ne pouvaient supporter la discipline de la colonie. Déjà un jeune homme nommé Wilson avait, à l'expiration de sa peine , préféré aux ressources assurées d'une vie laborieuse l'existence misérable et les courses aventureuses des sauvages , dont il était parvenu à se faire entendre. Sur un autre point, quelques convicts avaient formé une bande de brigands, mais sans aucune association avec les indigènes. Un d'eux fut tué, et les autres se réfugièrent à une très -grande distance de Sydney.
Le capitaine Paterson s^appliqua surtout à favoriser l'agriculture ; il introduisit dans les travaux publics une plus grande régularité et fit étendre les défrichements des terrains réservés à l'État. Quelques planteurs employaient sur leurs concessions de jeunes naturels qui commençaient à se rendre fort utiles ; des rations leur furent accordées aux frais du gouvernement. Il était reconnu que la récolte des grains dépasserait les besoins de l'année, et que leur qualité l'emportait de beaucoup sur celle des productions de l'Inde; mais, si la disette devenait impossible , la privation de vivres salés était imminente. Aucun convoi n'arrivait d'Angleterre, et les navires qui revinrent alors du cap de Bonne-Espérance et de Bombay ne débarquèrent que des animaux vivants, qu'il était impossible de sacrifier aux exigences du moment. Dans cette extrémité, le lieutenant-gouverneur de Norfolk expédia pour le Port-Jackson quarante tonneaux de provisions salées, provenant de cette lie même , et dont ses administrés pouvaient disposer en faveur de la métropole. Un navire fut frété aussitôt pour prendre, à tout prix et sans retard , des approvi-
sionnements à Batavia ou à Calcutta , ou même au cap de Bonne -Espérance. Déjà il avait fallu supprimer presque totalement les distributions , lorsqu'un navire du commerce , relâchant au Port-Jackson , annonça la prochaine arrivée du nouveau gouverneur, qu'il avait rencontré en mer. Le 7 septembre 1795, la colonie vit débarquer le chef dont l'arrivée était attendue avec tant d^impatience.