CHAPITRE VIII
Administration de Hunter. ■- Sages réformes qu'il introduit. — Dénombrement de la colonie. — Répression du brigandage. — Prospérité de la colonie. — Découverte de troupeaux sauvages. — Concession au capitaine Mac-Arthur. — Découverte d'une mine de charbon de terre. —Commencement des travaux de Bass et Flinders.— Ëtat des relations avec les convicts, — Croyance des Irlandais à Texistence d'un passage par terre à la Chine et à l'existence d'une colonie européenne sur le continent austral. — Moyens employés par Hunter pour les détromper.
— Découverte d'une mine de sel et de nouvelles mines de charbon.— Découverte d'un détroit entre l'Australie et la terre de Van-Diémen.
— 11 reçoit le nom de détroit de Bass. — Des missionnaires anglais chassés de Taïti trouvent un refuge à Sydney. — Révolte d'un convoi de convicts à bord du navire Lady Shore, — Capture de deux navires espagnols. — Introduction de béliers de race espagnole dans la colonie. — Fernientation parmi les convicts irlandais.- Récoltes peu abondantes de 1798 et de 1799. — Coup d'œil sur l'administration de Hunter. — (1796-1800).
Près de cinq années s'étaient écoulées depuis que Hunter avait quitté la Nouvelle -Galles; cinq années de privations, d'espérances trompées, de soins trop souvent infructueux, mais aussi d'améliorations graduelles , de soins non interrompus , de résultats qu'une aussi courte période de temps n'avait pas dû promettre. Le nouveau gouverneur vit avec surprise des progrès qu'il n'aurait pas même soupçonnés et que l'Angleterre était bien loin de supposer alors. Mais il reconnut aussi combien d'abus s'étaient glissés dans une administration hérissée de tant d'obstacles, et il entra d'un
pas ferme dans la voie difficile des réformes et des perfectionnements.
Hunter connaissait trop bien la société qu'il avait à régir, pour précipiter des mesures qui demandaient tout le calme de la réflexion. Des règlements sages et mûrement médités rétablirent Tordre dans quelques parties du gouvernement, et une fermeté exempte de rudesse lui concilia bientôt la confiance générale.
Jamais jusque alors la vigilance de Tautorité n'avait été aussi nécessaire : Sydney renfermait près de deux cents hommes légalement libérés, sans ressources bien connues, vagabonds qui , au lieu de se créer un avenir, avaient adopté les mœurs des lazzaroni napolitains. C'étaitde ce foyer impur que partaient tousles désordres. La lettre de la loi protégeait le genre de vie adopté par ces misérables. A défaut de moyens préventifs, Hunter dut se borner à une répression sévère , et ne s'écarta jamais de cette partie essentielle de ses devoirs. Pour maintenir la sûreté publique , il lui fallait le concours des hommes sincèrement revenus au bien ; à l'exemple de Philip, il établit dans les divers quartiers des v^ratchmen sortis des rangs des convicts libérés; seulement, au lieu de les choisir lui-même directement, il les fit élire à la pluralité des voix , sous la seule réserve de la sanction du gouvernement. Il y avait à la fois, dans cette sage concession , garantie plus grande de paix intérieure, et marque de confiance aussi utile pour le chef qui l'accordait que flatteuse pour les hommes fiers de cette espèce de réhabilitation.
 cette époque , la colonie pouvait déjà se suffire pour les approvisionnements de grains; l'intérêt général réclamait une réduction dans les tarifs accordés aux planteurs pour favoriser leurs établissements naissants;
10/i L'AUSTRALIE.
mais une taxation arbitraire eût été injuste et impolitique. Le gouverneur se contenta d^inviter les habitants à lui faire connaître quelle diminution de prix ils pourraient supporter dans leurs fournitures pour les magasins publics. 11 les prévint toutefois que, si une baisse convenable n'était pas obtenue, il croirait devoir proposer au ministère de mettre désormais à la charge des planteurs la ration de pain que les convicts dont les services leur étaient concédés avaient jusque alors reçue du gouvernement. Les planteurs adressèrent de nombreuses observations à Hunter à propos de cette mesure; ils insistaient surtout sur la confiance qui les avait déterminés à porter peut-être au delà des besoins la culture des céréales*. Le gouverneur sut comprendre que les réformes les plus utiles demandent quelquefois une sage lenteur, et un délai fut accordé aux colons jusque après la récolte de 1796.
Il profita de cet état de choses pour rendre quelques bras aux travaux publics interrompus. Chaque officier avait à son service dix ouvriers et trois domestiques nourris et entretenus aux frais du gouvernement; ce nombre fut réduit à onze , et une décision non moins sage supprima les rations accordées jusque alors aux hommes libres dont la turbulence altérait la tranquillité de la colonie. Un recensement général des habitants et des maisons compléta ces premières mesures d'une administration vigilante. Après tant de désertions, de morts ignorées et de vagabondage , le nombre exact des colons et la résidence des hommes qu'il était le plus urgent de surveiller n'étaient pas suffisamment connus de l'autorité. Le dénombrement se fit à la même heure sur tous les points de la colonie. 11 se trouva qu'elle comprenait alors (!*' septembre 1796) trois
mille six cent trente-huit habitants nourris par l'État, trois cent vingt- un se suffisant à eux-mêmes, et huit cent quatre-vingt-neuf détachés à Norfolk : total, quatre mille huit cent quarante-huit individus dans la Nouvelle-Galles et ses dépendances. Malgré les soins apportés au recensement, tant d'êtres sans aveu avaient intérêt à déjouer une stricte surveillance, qu'il se glissa encore quelques inexactitudes dans cette opération. Néanmoins plus de cent hommes qui s'étaient soustraits jusqu'à ce jour aux travaux publics furent rendus à leur destination première , et le gouverneur ajouta encore aux moyens de répression en établissant à Sydney et à Paramatta quelques divisions de territoire soumises à l'inspection d'un habitant notable chargé du maintien de l'ordre.
Une bande de brigands s'était organisée dans les bois, conduite par un chef qui , sous le nom de Black César (César le Noir), répandit au loin la terreur. Sa tête fut mise à prix, et une proclamation avertit les planteurs que quiconque lui fournirait des armes et des munitions serait traité comme complice; mais la connaissance de ce danger ne fit qu'ajouter à l'audace de ses déprédations. Cependant, après un mois de rapines et de poursuites , un de ses compagnons , séduit par la récompense promise , livra sa tête au gouverneur.
L'expérience de tous les jours démontrait tristement combien la tranquillité publique avait moins à redouter des convicts eux-mêmes que de quelques hommes rendus à la liberté ; mais le plus grand nombre des planteurs ne partageaient pas ces dérèglements, et le départ de cinquante convicts libérés, qui s'embarquèrent à la fois pour le Bengale , fut un événement heureux pour
la colonie. La classe des colons volontaires s'accrut cette année d^une manière sensible; et, parmi les condamnés qui arrivèrent d'Europe en assez grand nombre, on remarquait plusieurs hommes dont la position sociale offrait quelques garanties pour un avenir dont ils sauraient apprécier les ressources.
Une amélioration sensible se faisait remarquer dans les relations de TAustralie avec le monde civilisé : moins l'existence de Sydney devait dépendre des secours de la mère pairie , et moins ces secours se firent attendre. Plusieurs navires de FEtat débarquèrent des vivres et des approvisionnements de toute espèce, tandis que les bâtiments du commerce prenaient avec une émulation nouvelle la route du Port- Jackson. Déjà des navires américains , destinés au commerce de Manille et de Canton , venaient relâcher à Sydney, et cette ville entretenait des relations avec Boston et Rhode-Island , comme avec Calcutta et Madras. L'occupation récente du cap de Bonne - Espérance par les troupes anglaises ajoutait encore une nouvelle chance de prospérité à une situation aussi satisfaisante.
Une découverte inespérée vint mettre le comble à ces événements heureux. Depuis longtemps la colonie avait perdu le souvenir du iroupedfu dont la disparition avait affligé la première année de son existence. Cependant à plusieurs reprises le bruit s'était répandu que des taureaux avaient été rencontrés dans les bois par les naturels; mais les chefs de l'établissement n'avaient pas attaché une grande importance à ces rumeurs populaires. Une excursion du gouverneur dans l'intérieur des terres en démontra la vérité : un troupeau de près de cent bêtes à cornes, de la race africaine, fut rencontré à deux journées de Paramatta, dans une riche
contrée où rien ne troublait lenr indépendance. On proposa d'abord de les ramener à Sydney ; mais Tabondance qui commençait à régner dans la colonie permettait de songer à l'avenir. Le gouverneur calcula combien, sur un continent qui avec autant d'étendue présentait aussi peu de ressources naturelles, il était important de laisser multiplier en paix d'immenses troupeaux sauvages, qui pourraient un jour sauver la colonie dans une année de disette , et offrir à son commerce d'exportation les moyens de lutter avec l'Amérique méridionale. Ces animaux échappes à la domesticité furent déclarés propriété de l'État, et placés sous la sauvegarde publique.
Dès que cette intéressante découverte fut connue , le capitaine Mac- Arthur sollicita du gouverneur une vaste concession de terrain dans le lieu même où le troupeau sauvage avait été rencontré. Ce projet d'établissement à quarante milles (soixante- quatre kilomètres) de Sydney, loin de toute habitation , fut généralement taxé de folie; mais, plus habile que ses détracteurs, Mac- Arthur avait compris sur-le-champ tous les avantages d'un sol choisi par les troupeaux eux-mêmes, et l'événement démontra la sagesse de ses calculs.
Vers la même époque, une mine de charbon de terre fut découverte par des pêcheurs auprès du port Stephen; et des Américains nouvellement établis à Sydney réussirent à préparer par l'évaporation de l'eau de mer la plus grande partie du sel nécessaire pour la consommation de la colonie. Tout semblait sourire à la société naissante.
Dans cet état de progression, les arts, chers aux peuples civilisés, devaient commencer à paraître sur une terre promise à leur empire. Une presse apportée
dTurope à Tépoque de la fondation était jusque alors restée inutile ; les actes officiels n^avaient été publiés que par les ministres dans la chaire y ou par des affiches à la main ; un jeune convict fut chargé d'imprimer les ordonnances et les proclamations du gouverneur. En même temps on imagina un théâtre régulier, où une troupe d'acteurs, choisis parmi les convicts libérés, faisait jouir les habitants de Sydney, à certains jours de la semaine , de la représentation des chefs-d'œuvre de la scène anglaise.
Les sciences attendaient surtout des découvertes géographiques. Les premières excursions faites dans l'intérieur des terres n'avaient produit aucun résultat digne de fixer l'attention. L'espoir de remonter une rivière navigable avait été plusieurs fois déçu , et les moyens de la colonie ne permettaient guère une exploration du littoral. Il se trouvait alors à Sydney deux hommes supérieurs dont les travaux devaient jeter un vif éclat sur l'Australie. Le jeune midshipman Flinders et le chirurgien Bass avaient formé une de ces alliances intimes que le génie inspire «t que la gloire doit sceller. Avec une confiance digne de Colomb, ils promettaient la découverte d'un détroit entre la Nouvelle -Hollande et la terre de Van-Diémen (la Tasmanie) ; le vulgaire et même des hommes éclairés souriaient de ce projet romanesque. Cependant, à force de persévérance, ils obtinrent un canot de trois mètres et un seul mousse pour explorer d'abord Botany-Bay. Le résultat de ces premières tentatives fut la fondation d'un petit établissement sous le nom de Bankstown. Plusieurs mois après, avec d'aussi faibles moyens, Bass et 'Flinders, dans une navigation de peu de jours, parvinrent vers le sud jusqu'au delà de 34°. Il y avait loin de ces
obscurs travaux aux grandes découvertes dont ils nourrissaient Tespoir ; mais, si les commencements étaient pénibles y ils ne doutaient point de Tavenir, et nous verrons bientôt que leur confiance était fondée.
11 ne s^établissait aucun changement sensible dans les relations de la colonie avec les peuples indigènes. Voisins plus incommodes que dangereux, les naturels du pays passaient presque sans transition d'un acte d'hostilité à un service rendu , et de la meilleure intelligence à de violentes déprédations. Plus familiarisés avec Teffet des armes à feu, mieux instruits des habitudes européennes, ils mettaient plus d'ordre et d'adresse dans leurs attaques, plus de fausseté dans leurs relations, plus de persévérance dans leurs projets. Vindicatifs et jaloux, ils n'oubliaient point un mauvais traitement , et ne perdaient aucune occasion de se dessei'vir entre eux; bornant leur reconnaissance aux personnes, ils n'épargnaient pas plus l'habitation d'un bienfaiteur que celle d'un ennemi. Bennilong luimême, sur qui l'on avait fondé tant d'espoir, Bennilong, revenu d'Europe avec Hunter, n'avait rien gagné dans un contact aussi prolongé avec la civilisation ; il se montrait aussi turbulent que le dernier de ses compatriotes ; et les enfants élevés par plusieurs Européens déployaient dès l'âge le plus tendre de semblables inclinations. Ainsi tous les efforts tentés depuis neuf ans pour conquérir ce peuple à la civilisation étaient restés infructueux, et les premiers maîtres de la Nouvelle- Galles ne devaient aux envahisseurs de leur sol natal que de frivoles avantages largement compensés par des vices nouveaux. Aucune amélioration ne s'était introduite dans leurs habitudes ni dans leurs idées morales , et, pour ne considérer que des intérêts purement ma-
tériels , Texemple de» Européens n'avait amené aucun perfectionnement dans la construction de leurs misérables huttes. Du reste, ce n'était pas là le but principal de rétablissement anglais ; sans doute ils désiraient Tamélioration morale de la race indigène, mais plutôt en raison des avantages qu'en retirerait la colonie qu'à cause de ceux qui en résulteraient pour les Âustraliems eux-mêmes.
'La conduite des convicts irlandais était pour la colonie un sujet de trouble non moins grave que la turbulence des indigènes. Toujours inquiets, toujours animés du désir de s'éloigner de Sydney, les Irlandais n'avaient jamais entièrement abandonné ces projets, qui avaient déjà fait peser sur eux tant de malheurs. Depuis la première tentative faite pour atteindre la Chine en suivant les bords de la mer, plus de cinquante Irlandais étaient morts de faim et d'épuisement, abandonnés dans les bois par les compagnons et souvent par les instigateurs de leur fuite. Les bruits les plus absurdes continuaient à se propager parmi eux. Deux circonstances se présentaient seules avec uniformité dans ces rêveries d'une imagination délirante : Fexistence d'un peuple civilisé sur le même continent, et la certitude de mener chez lui une vie voluptueuse , exempte de travaux. Une opinion généralement répandue alors croyait à l'établissement . d'une colonie européenne à cinquante myriamètres environ de Sydney; un complot fut tramé sur cette simple indication. Le gouverneur, prévenu des projets de ces insensés^ employa vainement tous les moyens de persuasion , et se vit contraint d'user de mesures rigoureuses envers les principaux chefs. Cependant, par une condescendance dont \^ se promettait d'impor-
tants résultats, puisqu'elle servirait à désabuser ces malheureux par leur propre expérience , et qu'en même temps elle pourrait amener des découvertes utiles, il leur permit de désigner quatre d'entre eux qui, bien mmiis de vivres et accompagnés de trois guides, iraient à la recherche de ce pays imaginaire. Cette offre généreuse fut acceptée ; mais on découvrit qu'un grand nombre d'Irlandais avaient résolu de rejoindre dans les bois cette petite expédition , de massacrer les guides et de s'emparer de leurs armes. Le gouverneur déconcerta cette machination nouvelle, en ajoutant au détachement quatre soldats bien armés. Dix jours après, trois Irlandais et les soldats rentrèrent à Sydney, exténués de fatigue ; le quatrième ne tarda pas à reparaître avec ks guides. Le seul résultat de cette expérience, qui ne détrompa point tous les convicts, fut la découverte d'une mine de sel.
Deux mines de charbon de terre furent aussi découvertes vers le même temps : l'une par un canot expédié à la poursuite de quelques cons>icts évadés; l'autre, située près de Hat-Hill, par des chaloupes envoyées pour sauver l'équipage naufragé d'un navire du Bengale. Cette dernière offrait seule une exploitation facile et abondante. Les deux expéditions valurent aussi à la colonie quelques nouvelles connaissances géographiques.
Au moment où Hun ter avait pris possession de son gouvernement, la reconnaissance des côtes ne s^était presque pas étendue au delà des deux baies les plus voisines du Port- Jackson. Le lieutenant Bowen avait pénétré dans la baie Jervis, indiquée par Cook, et au nord le Port- Stephen venait d'être exploré par Grimes et Broughton. Les parties intermédiaires de la côte n'étaient guère
la colonie. La classe des colons volontaires s^accrut cette année d'une manière sensible; et, parmi les condamnés qui arrivèrent d'Europe en assez grand nombre , on remarquait plusieurs hommes dont la position sociale offrait quelques garanties pour un avenir dont ils sauraient apprécier les ressources.
Une amélioration sensible se faisait remarquer dans les relations de l'Australie avec le monde civilisé : moins l'existence de Sydney devait dépendre des secours de la mère patrie, et moins ces secours se firent attendre. Plusieurs navires de l'Etat débarquèrent des vivres et des approvisionnements de toute espèce, tandis que les bâtiments du commerce prenaient avec une émulation nouvelle la route du Port- Jackson. Déjà des navires américains , destinés au commerce de Manille et de Canton , venaient relâcher à Sydney, et cette ville entretenait des relations avec Boston et Rhode-Island, comme avec Calcutta et Madras. L'occupation récente du cap de Bonne - Espérance par les troupes anglaises ajoutait encore une nouvelle chance de prospérité à une situation aussi satisfaisante.
Une découverte inespérée vint mettre le comble à ces événements heureux. Depuis longtemps la colonie avait perdu le souvenir du troupeau dont la disparition avait affligé la première année de son existence. Cependant à plusieurs reprises le bruit s'était répandu que des taureaux avaient été rencontrés dans les bois par les naturels; mais les chefs de l'établissement n'avaient pas attaché une grande importance à ces rumeurs populaires. Une excursion du gouverneur dans l'intérieur des terres en démontra la vérité : un troupeau de près de cent bétes à cornes, de la race africaine, fut rencontré à deux journées de Paramatta, dans une riche
contrée où rien ne troublait leàr indépendance. On proposa d'abord de les ramener à Sydney; mais l'abondance qui commençait à régner dans la colonie permettait de songer à l'avenir. Le gouverneur calcula combien, sur un continent qui avec autant d'étendue présentait aussi peu de ressources naturelles, il était important de laisser multiplier en paix d'immenses troupeaux sauvages, qiii pourraient un jour sauver la colonie dans une année de disette , et offrir à son commerce d'exportation les moyens de lutter avec l'Amérique méridionale. Ces animaux échappés à la domesticité furent déclarés propriété de l'État, et placés sous la sauvegarde publique.
Dès que cette intéressante découverte fut connue , le capitaine Mac- Arthur sollicita du gouverneur une vaste concession de terrain dans le lieu même où le troupeau sauvage avait été rencontré. Ce projet d'établissement à quarante milles (soixante -quatre kilomètres) de Sydney, loin de toute habitation , fut généralement taxé de folie; mais, plus habile que ses détracteurs, Mac- Arthur avait compris sur-le-champ tous les avantages d'un sol choisi par les troupeaux eux-mêmes , et l'événement démontra la sagesse de ses calculs.
Vers la même époque, une mine de charbon de terre fut découverte par des pêcheurs auprès du port Stephen; et des Américains nouvellement établis à Sydney réussirent à préparer par l'évaporation de l'eau de mer la plus grande partie du sel nécessaire pour la consommation de la colonie. Tout semblait sourire à la société naissante.
Dans cet état de progression, les arts, chers aux peuples civilisés, devaient commencer à paraître sur une terre promise à leur empire. Une presse apportée
d^Europe à Tépoque de la fondation était jusque alors restée inutile ; les actes officiels n'avaient été publiés que par les ministres dans la chaire y ou par des affiches à la main ; un jeune convict fut chargé d'imprimer les ordonnances et les proclamations du gouverneur. En même temps on imagina un théâtre régulier, où une troupe d'acteurs, choisis parmi les convicts libérés, faisait jouir les habitants de Sydney, à certains jours de la semaine , de la représentation des chefs-d'œuvre de la scène anglaise.
Les sciences attendaient surtout des découvertes géographiques. Les premières excursions faites dans l'intérieur des terres n'avaient produit aucun résultat digne de fixer l'attention. L'espoir de remonter une rivière navigable avait été plusieurs fois déçu , et les moyens de la colonie ne permettaient guère une exploration du littoral. Il se trouvait alors à Sydney deux hommes supérieurs dont les travaux devaient jeter un vif éclat sur l'Australie. Le jeune midshipman Flinders et le chirurgien Bass avaient formé une de ces alliances intimes que le génie inspire et que la gloire doit sceller. Avec une confiance digne de Colomb, ils promettaient la découverte d'un détroit entre la Nouvelle -Hollande et la terre de Van-Diémen (la Tasmanie) ; le vulgaire et même des hommes éclairés souriaient de ce projet romanesque. Cependant, à force de persévérance, ils obtinrent un canot de trois mètres et un seul mousse pour explorer d'abord Bolany-Bay. Le résultat de ces premières tentatives fut la fondation d'un petit établissement sous le nom de Bankstovirn. Plusieurs mois après, avec d'aussi faibles moyens, Bass et 'Flinders, dans une navigation de peu de jours, parvinrent vers le sud jusqu'au delà de 34^ 11 y avait loin de ces
obscurs travaux aux grandes décotivertes dont ils nourrissaient Vespoir ; mais, si les commencements étaient pénibles, ils ne doutaient point de Tavenir, et nous verrons bientôt que leur confiance était fondée.
11 ne s'établissait aucun changement sensible dans les relations de la colonie avec les peuples indigènes. Voisins plus incommodes que dangereux, les naturels du pays passaient presque sans transition d'un acte d'hostilité à un service rendu , et de la meilleure intelligence à de violentes déprédations. Plus familiarisés avec l'effet des armes à feu , mieux instruits des habitudes européennes, ils mettaient plus d'ordre et d'adresse dans leurs attaques, plus de fausseté dans leurs relations, plus de persévérance dans leurs projets. Vindicatifs et jaloux, ils n'oubliaient point un mauvais traitement , et ne perdaient aucune occasion de se dessei'vir entre eux; bornant leur reconnaissance aux * personnes, ils n'épargnaient pas plus l'habitation d'un bienfaiteur que celle d'un ennemi. Bennilong luimême, sur qui l'on avait fondé tant d'espoir, Bennilong, revenu d'Europe avec Hunter, n'avait rien gagné dans un contact aussi prolongé avec la civilisation ; il se montrait aussi turbulent que le dernier de ses compatriotes ; et les enfants élevés par plusieurs Européens déployaient dès l'âge le plus tendre de semblables inclinations. Ainsi tous les efforts tentés depuis neuf ans pour conquérir ce peuple à la civilisation étaient restés infructueux, et les premiers maîtres de la Nouvelle- Galles ne devaient aux envahisseurs de leur sol natal que de frivoles avantages largement compensés par des vices nouveaux. Aucune amélioration ne s'était introduite dans leurs habitudes ni dans leurs idées morales , et, pour ne considérer que des intérêts purement ma-
tériels, l'exemple det Européens n'avait amené aucun perfectionnement dans la construction de leurs misérables huttes. Du reste, ce n'était pas là le but principal de l'établissement anglais ; sans doute ils désiraient l'amélioration morale de la race indigène, mais plutôt en raison des avantages qu'en retirerait la colonie qu'à cause de ceux qui en résulteraient pour les Australienis eux-mêmes.
*ta conduite des convicts irlandais était pour la colonie un sujet de trouble non moins grave que la turbulence des indigènes. Toujours inquiets, toujours animés du désir de s'éloigner de Sydney, les Irlandais n'avaient jamais entièrement abandonné ces projets, qui avaient déjà fait peser sur eux tant de malheurs. Depuis la première tentative faite pour atteindre la Chine en suivant les bords de la mer, plus de cinquante Irlandais étaient morts de faim et d'épuisement, abandonnés dans les bois par les compagnons et souvent par les instigateurs de leur fuite. Les bruits les plus absurdes continuaient à se propager parmi eux. Deux circonstances se présentaient seules avec uniformité dans ces rêveries d'une imagination délirante : l'existence d'un peuple civilisé sur le même continent, et la certitude de mener chez lui une vie voluptueuse , exempte de travaux. Une opinion généralement répandue alors croyait à l'étabUssement d'une colonie européenne à cinquante myriamètres environ de Sydney; un complot fut tramé sur cette simple indication. Le gouverneur, prévenu des projets de ces insensés, employa vainement tous les moyens de persuasion , et se vit contraint d'user de mesures rigoureuses envers les principaux chefs. Cependant, par une condescendance dont î) se promettait d'impor-
tants résultats I puisqu'elle servirait à désabuser ces malheureux par leur propre expérience , et qu'en même temps elle pourrait amener des découvertes utiles, il leur permit de désigner quatre d'entre eux qui, bien munis de vivres et accompagnés de trois guides, iraient à la recherche de ce pays imaginaire. Cette offre généreuse fut acceptée ; mais on découvrit qu'un grand nombre d'Irlandais avaient résolu de rejoindre dans les bois cette petite expédition , de massacrer les guides et de s'emparer de leurs armes. Le gouverneur déconcerta cette machination nouvelle, en ajoutant au détachement quatre soldats bien armés. Dix jours après, trois Irlandais et les soldats rentrèrent à Sydney, exténués de fatigue ; le quatrième ne tarda pas à reparaître avec les guides. Le seul résultat de cette expérience, qui ne détrompa point tous les convicts, fiit la découverte d'une mine de sel.
Deux mines de charbon de terre furent aussi découvertes vers le même temps : l'une par un canot expédié à la poursuite de quelques convicts évadés ; l'autre , située près de Hat-Hill, par des chaloupes envoyées pour sauver l'équipage naufragé d'un navire du Bengale. Cette dernière offrait seule une exploitation facile et abondante. Les deux, expéditions valurent aussi à la colonie quelques nouvelles connaissances géographiques.
Au moment où Hunter avait pria possession de son gouvernement, la reconnaissance des côtes ne s'était presque pas étendue au delà des deux baies les plus voisines du Port- Jackson. Le lieutenant Bowen avait pénétré dans la baie Jervis, indiquée par Cook, et au nord le Port- Stephen venait d'être exploré par Grimes et Broughton. Les parties intermédiaires de la côte n'étaient guère
connues que par la carte générale de Cook. Aucune des anses indiquées par ce grand navigateur n'avait été examinée.
Bass et Flinders persévéraient dans leur espoir de découverte, mais les devoirs du service les avaient séparés ; et tandis que Bass , après avoir infructueusement tenté , à travers mille périls , le passage des Montagnes Bleues, reconnaissait six cent milles de côtes (environ neuf cent soixante -cinq kilomètres ou deux cent quarante lieues), dans un bateau ouvert, Flinders était envoyé d'abord à l'île de Norfolk, et ensuite à la recherche d'un navire naufragé. Bass, en explorant la côte entrevue par Cook au sud du Port- Jackson, remarqua qu'au lieu de suivre la direction de la terre de Van-Diémen , elle en prenait tout à coup une différente , et qu'elle semblait exposée aux fortes lames d'une mer ouverte. Ces indices lui suffisaient pour lui faire comprendre que la terre de Van-Diémen , que l'on croyait faire partie du continent austral , en était séparée par un détroit ; mais il fallut revenir sans avoir complètement constaté un fait dont il ne doutait plus. De son côté, Flinders remarquait de fortes marées qui ne pouvaient être produites que par un détroit ou bras de mer d'une immense profondeur; mais d'autres circonstances balançaient dans son esprit ces naissantes présomptions. Enfin, les deux amis se retrouvèrent, et la conformité de leurs observations fit partager leur espoir au gouverneur. Au commencement d'octobre 1798, un sloop de vingt -cinq tonneaux, construit à l'île de Norfolk, leur fut confié pour trois mois avec huit matelots d'élite. Les instructions de Hunter prescrivaient aux hardis navigateurs de traverser le détroit dont l'existence était soupçonnée , et de revenir au Port-
Jackson y en faisant le tour de la terre de Van-Diémen.
Toutes les contrariétés de la navigation se réunirent d^abord contre eux; déjà huit semaines s^élaient écoulées, les vents leur opposaient toujours la même violence; ils commençaient à douter du succès de leur entreprise , lorsque enfin, le 7 décembre, mouillés dans une petite anse sablonneuse, ils reconnurent un fait décisif. Pendant toute l'après-midi la marée était venue de Test ; le soir Feau se trouvait considérablement baissée : le flot allait donc venir de l'ouest. L'existence d'un détroit était démontrée, et tous les indices semblaient annoncer que le sloop n'était plus qu'à une très-faible distance de son entrée. Le lendemain la découverte fut consommée. Le 11 janvier 1799, Bass et Fiinders débarquèrent au Port- Jackson, et, sur la demande expresse de Fiinders, le gouverneur donna au détroit si glorieusement découvert le nom de détroit de Bass. Ce nom a été adopté par toutes les nations ; il est seul inscrit sur les cartes géographiques de tous les pays. Le généreux compagnon du savant médecin se plut à proclamer que la science géographique devait surtout cet important progrès aux indices observés avec sagacité pendant le périlleux voyage exécuté par Bass sur une simple chaloupe baleinière. Cette chaloupe, surnommée le Tom-Thumb {le Petit-Poucet), fut conservée à Sydney avec un respect religieux. C'était pour cette ville de peu de jours le seul monument à offrir à la vénération publique.
Déjà Sydney commençait à prendre rang parmi les cités de l'empire britannique. Ses habitants ne virent pas sans un niouvement d'orgueil national des missionnaires anglais , chassés de Taïti , chercher un asile parmi eux. Arrivés avec leurs familles sur un
petit brick qui menaçait à chaque instant de s'engloutir, ils obtinrent à quelques milles de Paramatta une concession de terrain sur un sol bien arrosé , et supérieur à tous les champs défrichés jusqu'à ce jour. Plusieurs navires chargés de convicls vinrent aussi à la même époque augmenter la population de la colonie. Souvent des complots avaient été formés sur les navires qui transportaient les condamnés, mais toujours ils avaient échoué. 11 n'en fut pas de même du navire de transport Lady Shore, chargé de convicts de l'un et l'autre sexe, d'une compagnie du corps de la Nouvelle- Galles, de munitions appartenant à l'État, et de marchandises destinées à des spéculations particulières. Après avoir quitté le cap de Bonne- Espérance, les conoicts parvinrent à s'associer avec les soldats et les matelots; ils assassinèrent le capitaine et le maître pilote, et conduisirent leur prise dans la rivière de la Plata, où ils la livrèrent aux Espagnols. C'était le premier fait de cette nature qui arrivait depuis dix ans, et qui prouvait l'imprévoyance de ceux qui présidaient aux expéditions destinées pour l'Australie ; c'était aussi une conséquence de la guerre qui déchirait alors l'Europe , guerre dont les effets ne paraissaient pas devoir se faire sentir à une telle distance de son foyer. Mais une importante compensation ne tarda pas à suivre ce désastre. Deux navires espagnols, capturés par des baleiniers, furent amenés au Port- Jackson; les prises furent déclarées valables, et l'on vendit la cargaison aux enchères. L'un de ces navires portait au Pérou trente béliers de pure race , choisis parmi les plus riches troupeaux de l'Espagne ; c'était une inestimable conquête pour une colonie qui possédait déjà des brebis de la même origine.
L'état des affaires de Pancien monde amena encore à cette époque un résultat favorable au développement de la colonie. Forcés à se réfugier sur les côtes de la Nouvelle - Galles , et ramenés ensuite dans ces parages par le succès de leur pêche, les baleiniers allaient enseigner à de nombreux navires la route du Port- Jackson, et leurs courses faisaient reconnaître l'existence des havres , la position des bancs , et l'embouchure des petites rivières.
Au milieu de ces circonstances satisfaisantes, peu s'en fallut que le bruit des événements de l'Europe n'entraînât dans la colonie des troubles sérieux. Une grande partie des cons>icls irlandais avaient été déportés pour opinions ou délits politiques , et tout semblait annoncer que sous un ciel nouveau ils persévéraient dans les principes qui avaient causé leur exil. On s'entretenait tout bas de correspondances séditieuses , de réunions illicites. De nombreux avis parvenaient au gouverneur. L'Irlande , disaient certains orateurs révolutionnaires, était alors séparée de l'Angleterre, et le gouvernement britannique n'avait plus aucun droit sur les consncts irlandais. Une vieille Écossaise , désignée conmie prophétesse par la crédulité populaire, annonça l'arrivée prochaine de plusieurs frégates françaises qui venaient détruire l'établissement, délivrer les con{>icts et les ramener en Europe. Plus celte prophétie était contraire à la raison, et plus elle devait trouver crédit parmi le peuple : aussi futelle généralement accueillie avec la plus aveugle confiance : un homme osa même pousser le cri de liberté ; mais cet appel ne fut point contagieux , et l'exemple de sa punition suffit pour maintenir l'ordre. Pour assurer davantage la sûreté publique,
les principaux habitants formèrent deux compagnies de milice.
La récolte de 1798 était restée bien au-dessous de Tatlente de la colonie; celle de 1799 ne fut pas plus abondante. Cependant elles suffirent aux besoins des habitants, quoique l'Angleterre eût laissé s'écouler seize mois sans aucun envoi de vivres; et, malgré de vives réclamations, le gouverneur put encore établir, à l'époque déterminée depuis longtemps, la réduction convenue dans le prix des grains fournis à l'État par les planteurs. Mais d'autres épreuves étaient réservées à la colonie. A la suite d'un orage terrible, l'Hawkesbury, accru subitement de seize mètres, entraîna, dans son débordement, les fruits de la terre et les troupeaux , les chaumières des colons et les magasins publics. Une sécheresse excessive se fit bientôt sentir et se prolongea plusieurs mois« Jamais enfin , sous le ciel de l'Australie , les éléments n'avaient paru ainsi conjurés contre l'établissement des Européens.
Le terme du gouvernement de Hunter approchait. La colonie devait à la sagesse de ses actes de nombreux perfectionnements, et si quelques désastres naturels affligeaient alors la Nouvelle - Galles , aucun danger réel ne menaçait son avenir. Au moment de retourner en Europe , Hunter pouvait jeter des regards satisfaits sur les diverses branches de l'administration dont il allait remettre les rênes aux mains d'un successeur.
Sans doute la conduite des nouveaux colons n'était pas exempte de reproches : quelques bâtiments de l'État incendiés, des provocations contre les peuplades indigènes, de fréquents excès de débauche, des rixes,
des évasions , des tentatives de piraterie sur des chaloupes enlevées , rappelaient trop souvent au gouverneur Porigine de la société confiée à sa surveillance. Il avait à lutter contre tous les subterfuges de la paresse et de la mauvaise foi, contre les dangers d'une modération exagérée et d'une excessive rigueur; mais la fermeté unie à la justice suffisait pour maintenir l'ordre , et, par une clémence sans faiblesse, Hunter avait su faire chérir et respecter son administration.
Des règlements dictés par une stricte équité soutenaient la confiance publique; des mesures sévères contre toutes les tentatives de monopole et d'accaparement, une équité rigoureuse dans l'examen des plaintes portées par les convicts contre les capitaines des navires de transport, trois écoles fondées à Sydney, plusieurs routes ouvertes à travers les bois, un pont élevé, l'exploitation des mines de fer mise en activité, des préparatifs commencés pour la construction d'un arsenal maritime , attestaient à la fois ses veilles et la sagesse de ses vues.
11 avait fallu porter une continuelle surveillance sur les relations commerciales de la colonie. Chaque année des navires plus nombreux venaient relâcher au Port- Jackson. Quelquefois ils débarquaient des troupeaux , des instruments aratoires, des vivres ou des vêtements; mais trop souvent les armateurs , spéculant sur les vices des nouveaux colons, formaient de liqueurs spiritueuses la plus forte partie de leurs cargaisons. En vain l'autorité opposait-elle à ce commerce pernicieux toutes les entraves légales. L'exemple de trois navires renvoyés au Bengale sans autorisation de débarquer leurs chargements n'avait pas même suffi , et des débarquements clandestins ajoutaient aux inconvé-
nients de cette introduction de plus grands embarras
de surveillance.
Les officiers du corps de la Nouvelle-Galles contribuaient eux-mêmes, dans un but d'intérêt privé , à ce genre de désordre. Le haut prix de la main d'œuvre , le petit nombre et souvent la mauvaise volonté des convicts laboureurs apportaient de continuels obstacles à l'extension des défrichements. L'expérience avait prouvé que donner pour salaire des liqueurs spiritueuses était le moyen le plus sûr de réunir la plupart des ouvriers libres, et d'en obtenir un travail assidu. 11 y avait dans ce système tant d'avantages et d'économie , qu'on ne peut guère accuser les officiers de lavoir adopté : par compensation , la colonie était redevable à leurs spéculations particulières de l'accroissement de ses troupeaux. Plusieurs navires expédiés à leurs frais avaient rapporté du cap de Bonne -Espérance et du Bengale un nombre considérable d'animaux domestiques.
Déjà depuis la fondation de la colonie , dans un espace de douze ans et cinq mois , cent seize navires avaient relâché au Port - Jackson , sans compter les expéditions de Lapérouse et de Malaspina. Bientôt le commerce d'exportation allait naître dans l'Australie ; le service du port fut établi sur un pied régulier comme dans toutes les villes commerçantes de Tancien monde. Des canons arrivés d'Angleterre furent placés dans le fort , et une somme de cinq cent cinquante livres ster ling en monnaie de bill^n frappée pour la colonie un coin particulier, i lue parmi les plantei
avec une valeur fief i de leur valeur
pour faciliter les t I Drivées sans d
craindre l'exportatii lire.
L'agriculture avait ressenti surtout les heureux effets de ce mouvement progressif. La multiplication des troupeaux augmentait les produits de la terre : le croisement des races de TAfrique et du Bengale commençait à améliorer les espèces , et les avantages du climat y mieux appréciés et plus habilement calculés, promettaient de nouvelles sources de prospérité. Déjà sur ces bords, où, à l'époque de l'arrivée des premiers colons , l'œil de l'Européen ne découvrait rien qui lui rappelât quelque partie de Funivers connu, se trouvaient réunies toutes ces conquêtes de l'homme sur la nature, qui ont coûté tant de siècles à la civilisation. Tous les végétaux utiles des diverses parties de l'ancien monde croissaient ensemble avec vigueur sous les ombrages et au milieu des moissons de tous les climats. Confondus parmi les metrosideros et casuarinas de la NouYelle-HoUande , les ceps de Madère et des Canaries , comme ceux de Bordeaux et du cap de Bonne -Espérance , se mêlaient aux pommiers et aux pamplemousses, tandis que le lin de la Nouvelle-Zélande et le lin de l'Europe, plantes si différentes sous un seul nom , couvraient des champs protégés par des bois d'orangers, près des jardins où le coton et le café se récoltaient au milieu des arbres de l'Angleterre.
Le nombre des planteurs libres s'accroissait, quoique d'une manière peu sei^sible. Plusieurs colons du Bengale et des soldats du corps de la marine dont le temps de service venait d'expirer sollicitaient des concessions de terrains, et l'existence facile des C07ivicis libérés qui avaient su joindre l'industrie à l'activité contribuait, par l'autorité de l'exemple, à répandre, parmi les hommes qu'attendait un sort pareil , des idées d'ordre
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et des projets de bonne conduite. Déjà commençait à régner dans la colonie un esprit publix^ dont le gouverneur savait tirer parti; et, fait bien digne de remarque si Ton considère quels souvenirs devaient parler à la plupart des planteurs , après plusieurs incendies causés par la malveillance, la nécessité d'une prison construite en pierres s' étant fait sentir, une souscription fut promptement remplie : contributions en argent, prestations en nature , tout fut librement accordé. L'Etat se chargea seulement de fournir le fer ; mais les dépenses ayant de beaucoup dépassé les prévisions, il fallut , pour achever cet édifice , établir une taxe sur les boissons , et principalement sur les liqueurs spiritueuses.
L'émigration volontaire n'avait pas rempli l'espoir des auteurs du plan adopté pour la colonisation de la Nouvelle -Galles. L'éloignement de cette terre si peu connue , le défaut de protection du gouvernement anglais, et surtout les bruits absurdes qu'il laissait circuler sans contradiction sur la misère de la colonie et la pauvreté du sol, arrêtaient tous les projets d'établissement qu'aurait encouragés une direction meilleure. Les premiers colons avaient cru trouver dans l'Australie une seconde terre promise , où , sans travail et au sein des plaisirs , ils arriveraient rapidement à la fortune. Déçus dans leurs folles espérances, victimes eux-mêmes des fautes du gouvernement, plusieurs d'entre eux avaient rapporté en Angleterre des préventions que l'autorité ne cherchait même pas à détruire. Mais dans l'état d'amélioration où s'avançait la colonie, des opinions plus justes allaient sans doute prévaloir en Europe ; et quoiqu'il fût facile de signaler encore des fautes nombreuses dans l'administration suprême
de la Nouvelle -Galles, le moment était venu où une erreur commise à Londres ne pouvait plus compromettre Texistence de Sydney.
L'intérieur des terres commençait à être mieux connu. Hunter avait visité lui-même les points désignés comme les plus avantageux, et Flinders, toujours infatigable , rendait à la colonie de continuels services. Son exploration exacte des deux larges baies de Glass- House et d'Hervey, dont Cook avait seulement reconnu rentrée, démontra qu'elles ne cachaient l'embouchure d'aucune rivière qui permît de pénétrer dans l'intérieur. C'était une fâcheuse certitude ; mais il importait pour les i^echerches à continuer d'avoir bien constaté que la côte orientale ne présentait aucune rivière navigable entre les vingt- quatrième et trente-neuvième parallèles sud.