‹ L'AustralieChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Australien. Caractères physiques. Mœurs, légendes et religion, costume, armes, langage. — Découverte de l'Australie par les Portugais, les Français, les Hollandais. — Anciennes cartes de l'Australie. — Voyages de Tasman et de Gook. — Voyages dans l'intérieur. — Premiers établissements anglais. — Progrès des colonies. — Émigration constante.— Traversées du continent. — Leichardt, BurkOi Stuart.

D'où vinrent les premiers habitants de FAustralie? Les partisans de la théorie monogéniste peuvent sans invraisemblance soutenir qu'ils ne sont pas autochtones. L'Océanie communique avec l'Asie par une série d'Iles, et d'ailleurs ^erait- «11e loin de toute terre que les migrations connues des Polynésiens rendent très croyables celles qu'ont pu accomplir les Australiens actuels, ainsi -que l'établit victorieusement M. de Quatrefages.

D'après les recherches du docteur Topinard, les races primitives de l'Australie présentent au moins deux types différents. Les naturels du type inférieur sont petits et noirs ; ils ont les cheveux crépus, une faible musculature, les pommettes saillantes. Le type supérieur se reconnaît à sa taille plus élevée, à ses cheveux droits, à sa tête moins allongée ou, comme disent les anthropologistes, moins dolichocéphale ; la couleur de sa peau rappelle le cuivre foncé ou le chocolat. Les uns et les autres ne se ressemblent pas plus que le Normand au Basque, le Flamand au Provençal.

Cette distinction suffit à expliquer les divergences que Ton a remarquées entre les récits des voyageurs : les uns représentaient les indigènes comme des êtres à peine supérieurs aux animaux, les autres prétendaient qu'ils étaient assez intelligents et que certains d'entre eux, malgré leur peau noire, avaient une ressemblance (lointaine, il est vrai) avec l'Apollon duBelvédère.Il ne suffit point de dire que parmi les explorateurs, les uns n'ont vu l'Australien que dans son état de dégradation physique et morale, tel qu'il se présente au sein ou au contact des populations blanches, tandis que les autres l'ont vu grimper, chasser, nager, guerroyer, dans toute la force, dans toute

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l'agilité et la grâce virile de Tenfant de la nature. On ne saurait douter que la race australienne n& soit composée de deux races distinctes, et que le type de celles-ci n'ait été modifié en un grand nombre de points par l'infiltration de sang étranger.

Dans la Nouvelle Galles du sud, les tribus de la côte sont grandes, leur taille varie de i^fi^ à im,58, c'est la taille des Anglais. La poitrine est large, le mollet bien formé, moins développé pourtant que chez les blancs, la barbe touffue : plusieurs femmes ont même une moustache abondante; les cheveux sont épais, noirs, et quand ils sont longs, bouclants ; le nez épaté ; Tœil est petit, enfoncé sous des sourcils proéminents rappelant la crête osseuse du gorille; de près le regard est doux, de loin il est dur. Le nez est gros et large, les lèvres sont épaisses et retroussées, la bouche est très grande, les dents sont belles et saines.

Sur les rives du Murrumbidgee, se trouvent d'autres indigènes de taille moyenne, la barbe fournie, le corps velu, les cheveux laineux, le ventre proéminent, le mollet presque absent, le pied plat et large : une lance vient-elle à tomber, ils la saisissent avec les orteils, la jettent en Vair et la reçoivent avec la main.

OEOGUAIMIIK HISTORIQUE

Près du lac Torrens, Stuail; a trouvé des indigènes qui n'avaient que i^'yiS.

Dans rintérieur du continent, ils ont au contraire une taille moyennede i™,7o à i">,8o.

Dans le Queensland, ils ont le nez un peu plus aquilin et le crâne moins allongé ; ces deux faits s'expliquent sans doute par l'infusion du sang papou. Entre le cap York et la Nouvelle Galles du sud on a constaté l'existence de colonies polynésiennes, et le docteur Cauvin a recueilli des crânes qui sont bien près de la brachycéphalie. Des Malais aussi ont été souvent jetés à la côte. La Nouvelle Guinée a dû introduire en Australie deux éléments ethnologiques différents, les Negrito- Papouas, brachycéphales ; les Papouas, dolichocéphales. Le docteur Cauvin a trouvé au cap York des crânes des deux sortes et même des crânes ultradolichocéphales. La péninsule Gobourg renferme des métis non douteux de Malais et d'Australiens.

Il est probable que la race supérieure est arrivée dans le pays la dernière ; l'autre a décliné dans le combat qu'elle a livré pour conserver la vie, et elle disparaît plus vite devant la concurrence vitale de l'Européen.

Rien ne nous a conservé le souvenir des luttes

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qui ont dû avoir lieu quand la race supérieure a pris possession du pays. Les indigènes ne sont pas arrivés au degré de civilisation où les peuples primitifs chantent leurs héros et célèbrent les vaillants exploits de leurs aïeux ; il n'y a dans leur littérature rien qui ressemble à des épopées ni à des chants de guerre où soient rappelés les noms des anciens guerriers ; pas une légende ne s'attache aux migrations des ancêtres, comme cela a lieu chez les Polynésiens.

La race conquérante, contrairement à ce qui a. lieu d'ordinaire, occupe le centre de Ffle; c'est que le pourtour des côtes est aride et sablonneux; la race intelligente s'est donc emparée des cantons favorisés, laissant à la race paria le littoral ingrat.

Dès que le rivage redevient favorable, conune près de Melbourne et le long du golfe de Carpeatarie, la race supérieure y apparaît.

Quelque différentes que soient les deux races, au point de vue physique aussi bien qu'au point de vue moral, elles ont des traits communs; elles occupent un rang très bas dans la série des variétés de l'espèce humaine, bien qu'on ait trop souvent été porté à exagérer leur dégradation, et bien qu'elles soient infiniment distantes des sinf?es mêmes les plus supérieurs.

géographie; historique s$

Le crâne australien a en gépéral une capacité de i545 centimètres cubes : ce chi£fï*e atteint i485 pour les Auvergnats et les Bretons, i43o pour les nègres; pour le crâne du gorille, c'est 53o seulement. Tandis que le poids du cerveau du Français et de FAIlemand atteint i33o à i4oo grammes, celui du nègre i23o à 1290, chez TAustralien il ne dépasse point 1240 grammes. La tète de TAustralien est plus allongée que celle de quelque peuple que se soit, excepté les Esquimaux et les Néo-Galédonlens; et la dolichocéphalie est occipitale, c'est-à-dire que la partie allongée est la. partie postérieure du crâne, et non point la partie antérieure, siège des fonctions les plus nobles du cerveau, d'après les physiologistes.

Le menton est très fuyant, de sorte que la partie inférieure de la face simule une espèce de museau.

Leurs mœurs sont celles de tous les peuples primitifs. Bien qu'elles varient souvent d'une tribu à l'autre, on en peut tracer un tableau général.

Chaque indigène n'a qu'une femme. Ils ont en

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horreur les mariages consanguins, et ils doivent se marier après avoir enlevé, par un rapt sérieux -ou simulé, une fille d'une tribu voisine, âgée de treize à quatorze ans. Son futur mari la roue de coups de massue sur la tête, ses parents font semblant de s'y opposer, puis la cérémonie se termine par de grandes danses. Dumont d*Urvîlle raconte qu'il prit un jour au sérieux une pareille célébration nuptiale : voyant entraîner et battre une femme qui criait, pleurait et résistait à son ravisseur, il se préparait à aller à son secours : « àardez-vous-en bien lui dit un de ses compagnons; c'est unmariage qui s'accomplit, ces coups de bâton, ces cris, ces larmes sont prescrits par le rituel. »

Les femmes sont pour eux des servantes. « Banalong, dit Barrington, quoique mari passionné, battait souvent et fortement sa femme, et quand nous lui représentions qu'il était peu généreux à un homme de frapper sa femme, il riait beaucoup et n'en battait pas moins. » Quand ils vont en campagne, c'est elle qui porte tout, les petits enfants, le bois à brûler, les vêtements. Le mari marche le premier ayant à la main ses armes; les membres de sa famille le suivent; jamais on n'en voit plusieurs de front; les enfants marchent par rang do

Jt^

taille. La moyenne du nombre des enfants est actuellement de quatre. Les filles sont aux garçons dans la proportion de trois à deux.

Quand ils arrivent à la puberté, on leur fait subir une fumigation, puis on jette sur le corps de Teau froide. Les jeunes gens sont ensuite relégués loin du campement du père. La mère leur fait sur la poitrine, au moyen d*une pierre tranchante, dix scarifications qui généralement sont ainsi disposées. ^ ^ ,et vingt sur lejdos : ^\\\\\ =. On ignore si la disposition des scarifications répond à la volonté individuelle du patient ou si le signe est celui d'une tribu, d'une famille. Ces pratiques sont usitées surtout dans la race supérieure.

Dans toutes les tribus, beaucoup d'hommes et de femmes se font enlever, vers l'âge de quatorze ou quinze ans, deux dents de devantde lamâchoîre supérieure ; généralement à Tâge de dix ou douze ans, on coupe aux femmes les deux premières phalanges du petit doigt de la main gauche.

La mort, d'après eux, est le résultat d'un enchantement, d'un sort jeté par un ennemi. Un Australien, ami de l'évoque Salvado lui dit : Si tu viens à mourir, je tuerai au moins six de ceux qui t'auront jeté un sort. Ils se vengent tôt ou tard de

l'individu qu'ils soupçonnent. Les féticheurs désignaient celui que l'on devait punir. C'était autrefois le sujetde guerres fréquentes entre les tribus ; car c'est un devoir de venger la mort des siens . Un Australien ayant perdu sa femme déclara qu'illui fallait tuer unefemmed'une tribu lointaine. On le lui interdit. Il devint triste, bourrelé de remords. Enfin, n'écoutant plus que le devoir, il s'échappa. Peu de temps après il reparut, la conscience en repoS;. Il avait vengé sa femme.

L'enterrement est la règle générale. On plante sur le tertre funéraire des armes, des ustensiles, des ornements, et sur l'écorce des arbres voisins ou grave des cercles de diverses grandeurs. Le corps est placé les bras croisés et les genoux recourbés jusqu'à la poitrine. Dans le sud la crémation est usitée. Les cendres sont recueillies et enterrées, le crâne parfois passe à l'emploi de récipient.

Dans le nord, certaines tribus écorchent les morts et font sécher au soleil leur peau ; ils n'enterrent que le tronc et les entrailles. Les femmes emportent la peau, s'en font un oreiller et chaque soir pleurent le défunt. Elles ne l'ensevelissent

^»mmÊ^Êmi

que plusieurs mois après. EUes portent son deuil en se maculant le visage de raies et de taches blanches. A la mort des chefs, les guerriers leur font de sanglantes funérailles, exécutent des danses pendant lesquelles ils se frappent la tète de leur hache jusqu'à ce que le sorcier les arrête.

La danse religieuse s'appelle corobori. Elle est accompagnée du bruit de bâtons en bois dur frappés l'un contre l'autre. Les danseurs sont tatoués de bandelettes blanches ou rouges. Les voyageurs ont dépeint ces chœurs de femmes bondissant en hurlant et frappant le sol du talon. Les vieilles femmes, transportées à cette vue, se ruent dans Tarëne, elles se livrent à des écarts désordonnés. L'ardeur du plaisir est peinte sur toutes les faces. Ces danses sauvages ont lieu la nuit près, d'un grand feu Elles figurent parfois des parties de chasse. Dans la danse de l'Emeu, chaque homme tend le bras de manière à imiter la forme du cou d'un oiseau.

Ces cérémonies se rattachent évidemment à des croyances religieuses que nous connaissons fort peu. Voici pourtant quelques égendes australiennes.

Les naturels d'Encounter bay disent que les hommes furent créés des déjections d'une femme*

nommée Niugarope. Les hommes des premiers temps ont été transformés en bêtes ou en pierres. Une autre tribu raconte que le Grand-Esprit a créé tout d'abord un certain nombre de petits lézards noirs, puis divisé leurs pattes en pouces et en doigts, et avec son doigt leur façonna une figure humaine. Il plara Tun d*eux debout, mais l'animal ne put rester «dans cette position et le créateur lui coupa la queue pour qu'il pût demeurer ainsi.

Au sujet du soleil et de la lune courent de nombreuses fables. Ce sont, d'après les indigènes, deux femmes qui vivent alternativement dans la demeure des morts, le soleil y couche quand fait nuit sur la terre, la lune quand il fait jour. Les morts donnent chaque nuit au soleil une peau de kangarou rouge, et c'est pour cela que le matin il parait rouge.

De temps en temps le Grand-Esprit Nurumderri, mécontent de la conduite de la lune, ordonne qu'on la chasse. Elle se cache alors, disparaît, et, pendant que les hommes sont privés de sa vue, emploie son temps à chercher des racines qui l'engraissent, de sorte qu'à son l*etour on la voit grpssir rapidement.

• Les Australiens croient du reste aux génies

bons et mauvais et ils ont toutes les superstitions des peuples sauvages. Ils craignent les fantômes qui sortent de terre avec un bruit formidable et vomissent des flammes ; quand ils voyagent la nuit, ils tremblent de tous leurs membres.

Certains préceptes rappellent ceux des lois mosaïques. Ici la femme, là les enfants, ailleurs les jeunes filles, ne peuvent sans se rendre coupables manger de la viande d'opossum ou de casoar.

Le noir qui meurt après une belle vie devient un Oeunda c*est-à-Kiire un être supérieur. Où vivent les Oeunda? On ne saurait le dire, mais quelques-uns d'entre eux sont revenus dans l'Australie en y apportant des inventions nouvelles : ce sont les blancs. Les autres habitent sans doute dans de lointaines îles fortunées.

Une tribu du sud attribue l'origine du langage à une vieille femme nommée Wurruri qui vivait dans l'est et se promenait la nuit, un bâton à la main, pour éteindre les feux autour desquels les gens dormaient. Quand elle mourut, les tribus les plus éloignées se réunirent pour se réjouir de sa mort ; les Ramurgiras, arrivés les ' premiers, se

mirent à manger de sa chair et commencèrent immédiatement à parler; les autres tribus de l'est, arrivées ensuite, mangèrent le contenu des intestins, ce qui leur fit parler un langage différent. Les tribus du nord, venues les dernières, dévorèrent pe qui restait et parlèrent un autre langage.

Les langues australiennes, qui ne se rattachent à aucune famille linguistique, se divisent en effet en plusieurs groupes. L'on ne sait rien ou peu de choses des idiomes du centre et du nord. Il ne s'y rencontre ni sifflantes ni aspirations ; les lettrès sont peu nombreuses. Les mots se forment au moyen de suffixes, l'élément dérivatif est^dacé après le radical comme dans les langues classiques. Les particules destinées à rendre l'idée dos différents cas sont fixées après le nom. L'idée de genre est complètement absente, l'idée de nombre peu développée.

Le système de numération des Tasmaniens et 4es Australiens voisins du lac Macquarie était des plus restreints : il comprenait les nombres i, a, 3, 4 et un autre qui signifie grande quantité. Près d'Adélaïde et d'Ëncouter bay, les indigènes comptaient jusqu'à 5 seulement.

Ils ne paraissent pourtant pas complètement dénués d'intelligence, ils ont une mémoire mer-

GÉOGRAPHIE HISTORIQUK

veilleuse, Us reconnaissent après des mois ou des années tel ou tel endroit o.ù ils n'ont fait que passer. Ils y remarqueront un changement insignifiant, un arbre abattu, une roche déplacée; mais la plupart d'entre eux ne sont pas sortis de la vie sauvage. Ils imitent parfaitement. S'il y a quelqu'un qui ait un tic, ils le saisissent à l'instant et le rendent avec vérité. Ils apprennent vite le langage des prisons quand ils sont enfermés avec des malfaiteurs, et arrivent à dépasser leurs maîtres. Us vivent campés par troupes et ne construisent pas de huttes permanentes. L*été, de simples branches de gommier entre^croisées et appuyées contre quelques bâtons plantés en terre les garantissent du soleil et des vents chauds ; l'hiver, ils détachent des arbres de grands lambeaux d'écorce de huit à dix pieds de hauteur et les entrelacent autour des pieux. Ils se serrent les uns contre les autres. Quand il s'agit d'établir ua campement, les femmes coupent, cassent, ramassent des branchages et en font un abri du côté d'où vient le vent. D'autres s'abritent les reins avec des fragments d'écorce et devant eux ont leur petit foyer. Les plus civilisés ont des campements de cinq à six huttes, paraît-il, môme de cinquante.

Autrefois, dans Touest, le chef avait p<Air successeur le fils aîné de sa seconde femme : à Tâge de dix ans on enfermait ceux de la première femme, on les engraissait et on les mangeait. On ^ue généralement les filles cadettes, on ne conserve que l'aînée. Les mères nourrissent leurs enfants jusqu'à Tàge de quatre ou cinq ans, mais pas un sur trois n'arrive à l'&ge de trois ans. Presque partout, les enfants appartiennent à la mère ; ils ne connaissent le plus souvent que la parenté par les femmes.

En général, la propriété n'est pour eux une notion ni bien claire ni bien nette ; c'est une combinaison curieuse du système patriarcal et du système communiste; Les exemples de propriétés individuelles sont rares : peut-il du reste en être autrement, puisque chez les tribus qui ont conservé leurs anciennes coutumes, l'habitation est essentiellement temporaire? l'unité sociale est d'ordinaire la famille.

On comprend que dans une société ayant une forme aussi rudimentaire, il n'y ait point de justice ni de pénalité organisée. Cependant, dans cer-

taines peuplades, on punit le coupable en le ferrant à rester debout au milieu d'une dizaine ou d*une quinzaine de ses compagnons, pendant que ceux-ci lui lancent leurs javelots, dont il ne peut se garantir que par un étroit bouclier. Lesson raconte qu*il vit punir une sorcière à laquelle on donna quelques coups de casse-tète.

La navigation est peu avancée ou même complètement inconnue : les uns se servent d'un tronc d'arbre creusé, les autres d'un radeau formé de quelques gaules reliées par des branches.

Le costume est des plus simples. Ils se frottent le corps d'huile de poisson, et ils ne se lavent jamais, de sorte que leur peau est couverte de graisse^ de sable, de cendre, d'ordures, et reste dans cet état jusqu'à ce qu'ils se baignent soit dans l'eau de la mer, soit dans des fleuves où ils seront tombés par hasard. Ils sont couverts de vermine et exhalent une odeur repoussante. Quelques-uns, plus élégants que les autres, se tracent sur le visage et sur le corps des lignes bleues et rouges et des cercles autour des yeux ; mais alors ils prennent bien garde de ne pas ap- * procher de l'eau, qui pourrait abtmer ces ornements. Ils ne peignent jamais leur chevelure :

cependant plusieurs ont soin de la teindre avec de l'ocre. Les chefs y mêlent des plumes, des os, des dents d'animaux, et môme de la mousse. Parfois ils la parfument; ils ont pour cela un moyen des plus originaux : ils posent sur leur tête des entrailles de poisson, et ils laissent aux rayons solaires le soin de les fondre, pour que la graisse se répande dans leurs cheveux. Us n'ont jamais d'autres vêtements qu'une ceinture faite d'herbes nattées, ou de peau et qui leur sert à suspendre leurs armes ; ils portent sur l'épaule un morceau de peau d'opossum ; les plus riches y ajoutent, pour compléter leur toilette, un collier de coquillages.

Ils n'avaient autrefois que des haches en pierre ou en serpentine, taillées grossièrement, et dont la partie tranchante est fixée au bois avec de la gomme, et des armes en bois de fer : une massue en bois très dur, garnie quelquefois de pointes; une lance souvent barbelée ; le muttak, qui se compose d'un bâton dont l'extrémité tenue à la main est élargie en forme de crosse munie d'une douille où l'on place un javelot de 3 mètres auquel cette fronde d'un nouveau genre imprime une viv«

impulsion ; des espèces d'épées de bois avec lesquelles ils châtient leurs femmes ; des boucliers longs de o",8o ào",9o, larges de o™,i2 a o",i5 et munis d'une poignée en forme d'anse. A l'extrémité de certaines lances se trouvent des pointes acérées faites d'os de poisson ou de dents de kangarou et fixées au bois avec de la gomme ou des fibres nerveuses. Les tribus du nord sont les seules qui possèdent l'arc. Ils portent d'ordinaire trois, quatre ou cinq lances. Ils lancent leur javelot avec force et adresse et atteignent le but à 70 ou 80 pieds.

L'arme la plus originale est le boumerang. On sait que cette arme singulière est un morceau de bois recourbé qui, lancé avec adresse, revient à son point de départ. M. Depping, dans son livre sur la force et l'adresse, a rassemblé quelques exemples curieux de l'habileté des Australiens.

Tel indigène lance le boumerang de la main droite, et le rattrape dans la main gauche, et réciproquement. Avec ce projectile, on atteint de la manière la plus précise, des objets cachés par d'autres corps, par exemple des oiseaux et des petits animaux blottis derrière un arbre ou derrière une maison. Les objets plus rapprochés, on les atteint également par un certain coup de revers

(backstroke), en ayant soin de jeter le boumerang sous un angle particulier. On a fait l'essai de le lancer autour du grand mât d'un navire, de manière à ce qu'il revînt, après unlongtrajet, tomber auprès du mât de beaupré.

On pourrait calculer mathématiquementla courbe que décrit le boumerang. Le commodore Wilkes, qui commandait la célèbre expédition scientifique des États-Unis autour du monde, fit lui-même des expériences avec cet instrument, et, dans son grand ouvrage, il a tracé la figure des courbes décrites par le projectile, quand on le lance sous des angles de 22, de 45 et de 65°. Le mouvement le plus singulier est celui qui s'accomplit sous l'angle de 45°. Le vol du boumerang s'effectue alors en arrière, l'individu qui le lance tourne le dos à l'objet qu'il veut frapper.

*I1 est curieux de remarquer que les feuilles d'eucalyptus ont la même forme que le boumerang; quand le vent les fait voler, à un moment donné, elles reviennent en arrière. N'est-ce point, dit M. Richard Cortambert, ce qui a donné aux Australiens l'idée de cettie invention, qui leur a fait attribuer parfois une intelligence supérieure et qui ne serait qu'une copie de la nature ?

Ona essayé, en Europe, de lancer le boumerang

et Ton y est parvenu. Dans son livre sur Vunilé des forces physiques, le P* Secchi explique théoriquement comment la force de translation du boumerang peut se transformer en force de rotation. D'après M. Ghamay> le retour du boumcrang serait un phénomène des plus simples qui aurait sa cause dans ce fait que les deux branches de Tinstrument ne sont pas dans le môme plan. Â un certain moment donné, il y a déplacement du centre de gravité et Tarme vient retomber aux pieds de celui qui Ta lancée, exactement comme le cerceau qui, après avoir été projeté en avant, rétrograde tout un coup.

Avec- les armes terminées par des crochets, les Australiens retirent les opossums et les chats sauvages des creux des arbres où ces animaux se tiennent cachés dans le jour.

Leur adresse pour monter sur les gommiers est remarquable : le tronc est droit et souvent dépourvu de branches jusqu'à vingt ou trente pieds de hauteur; ils sont d'ailleurs trop gros pouiqu*on les puisse embrasser. Les indigènes font dans le tronc des entailles qui leur servent ensuite comme les barreaux d'une échelle où ils posent successivement les mains et les pieds.

Lear nourriture consiste dans les produits de ia pêche et de la chasse. Les femmes pèchent avec un hameçon £ait d'un morceau de coquillage ; ce sont elles aussi qui vont récolter les huîtres sur les rochers. Le filet a été introduit dans le nord par les navigateurs malais. Us pèchent les anguilles en fouillant le fond de Teau avec leurs lances ; la loutre, dit Stuart, ne les dépasse pas en habileté.

Pour chasser le kangarou, ils mettent le féuaux pâturages naturels ; ranimai, en s'enfuyant, tombe dans Tembuscade que lui ont tendue les naturels, et il est bientôt percé de leurs zagaies. Pour atteindre les animaux qui vivent sur les arbres, TAustrahen, laissant au pied de Tiurbre sa femoie ou un de ses compagnons, monte à la cime, oebiî qui est au bas de Tarbre allume du feu, ranimai, suffoqué par la fumée, grimpe, et tombe sons les coups du chasseur qui l'attend.

Leur comps^on de chasse est le chien dliigo ; ils partagent entre leur femme et leur chien ce que leur estomac se refuse à contenir. Mais parfois, pressés paria faim, ils sont réduits àse Bourrir de leur chien. Beaucoup ne peuvent se résoudre à se séparer de cet utile serviteur ; ils aiment en-

core mieux sacrifier les vieilles femmes de la tribu, qni, àa reste, n'ont plus la force de leur rendre aucun autre service, étant comfdètement incapables de travailler. Quand ils n'ont ni chien ni vieille femme à manger, ils se nourrissent môme des morts. Us ne sont cannibales qu'en temps de disette; ils ignorent presque les diverses sortes d'aijthropophagie usitées chez tant d'autres peuples : les uns mangent leurs semblables parce que la chair humaine est plus savoureuse que celle de tout antre animal; les autres parce qu'en découpant le cœur de l'ennemi massacré, ils croient s'infoser en quelque sorte le courage ; chez d'autres encore, l'anthropophagie est une croyance religieuse : les sacrifices humainssont en vigueur, et, comme le faisaient tous les peuples anciens, apr^ avoir oflTert aux dieux le sacrifice consacré, ils dévorent la victime : et naturellement l'homme est la victime la plus agréable aux dieux. Les Australiens sont moins barbares.

Ils ne mangent leurs semblables que faute de mieux, bien qu'ils n'aient aucun scrupule à s'en nourrir (i), et leur préfèrent de beaucoup les kangarous, les-casoars, les lamantins, les dugouges, les

(1) A. de FontpertcDB, Revue scientifique, 188Z.

Ai) I/AUSTRAI.ÏE

petits poissonS) les rats, les écureuils, les serpents, les lézards et môme, au besoin, les fourmis ; ils aiment beaucoup les fruits de Tarbre à pain et la farine du nardou. Quand une baleine vient échouer à la côte, leur joie est indescriptible; car cet heureux événement leur permet de satisfaire leur voracité pendant plusieurs jours ; ils s'établissent sur son dos, en détachent des morceaux qu'ils avalent, pénètrent dans Tintérieur du corps pour ne rien laisser perdi'e, et en sortent tout couverts de graisse, après s'être repus de cette chair souvent corrompue : ne pouvant plus rien engloutir, ils vont se coucher près de là attendant que la digestion soit faite pour pouvoir dévorer de nouveau les lambeaux de chair pourrie et infecte qu'ils ont emportés. Mais ils ont rarement cette bonne fortune : leur nourriture est d'ordinaire peu abpndante, et ils sont toujours trop affamés pour prendre le temps de la goûter et de faire une bonne

cuisine.

Ils allument du feu par le frottement de deux morceaux de bois : c'est une opération longue et pénible.

On retrouve ce procédé à Sumatra, au Kamt-

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chatka, en Chine, à Ceylan, chez les Gauchos de TAmérique méridionale. Des peuples plus ingénieux Tont perfectionné, mais c'est le moyen primitif le plus simple. Néanmoins les Australiens regardent cette invention comme une merveille : Ils ont relativement à son origine une légende rapportée par M. Joly, dans son livre sur VHomme avant les métaux.

Un petit handicoot (animal assez semblable au cochon d'Inde) était d'abord seul possesseur du feu, et il refusait obstinément de le partager avec les autres animaux. Ceux-ci lui envoyèrent le pigeon ot le faucon pour obtenir, par leurs prières, Tobjet

de leur convoitise. Voyant ses supplications inutiles, le pigeon ^ecourut à la force ouverte : le tiandicooty en se défendant, laissa tomber le feu, qai allait s'éteindre pour toujours dans la rivière, quand le faucon, d'un coup d'aile, le lanra sur les herbes sèches de la rive opposée. Des flammes jaillirent, et l'homme put entrer en possession du feu.

Cette légende indique-t-elleque l'Australien autrefois ignorait la manière de produire le feu : cela nous paraît bien invraisemblable. On a dit, pourtant, que les Tasmaniens ne le savaient pas. Ils avaient, tout au moins, beaucoup de difficultés

à se te procurer : leurs femmes avaient pour mismoD spéciale de porter des torches jour et duH alluméeSy et destinées à guider la marclie de la tribu à travers les forêts. Presque toujaurschaque famiUe austrahenne emporte avec elle un cône de bonksia^ dont la combustion lente permet de conserverlongtemps le feu. Quand celui-ci vient à s'éteindre, on entreprend des voyages quelquefois assez longs pour aller le rallumer chez une autre tribu, ttais peut-être est-ce un scrupule religieux tel que celui qui existait chez les Grecs et les Romains.

On ne comprend point que Thomme puisse exister sans le feu, et il semble bien douteux qu'une tribu, si sauvage soit^Ue, ne le connaisse pas. Il serait déjà bien difficile d*admettrè que, le connaissant, elle ne sache point Tallumer : il est jrfus probable que, sachant Tallumer par des moyens ordinaires, elle se fasse un devoir de n'empteyer que les procédés recommandés parles ancêtres et consacrés par la religion, et qu'elle n'emptoîe même que certaines essences de bois ; c'est ce qu'on a vu dans l'antiquité : le culte du foyer était universellement pratiqué ; il y avait des rites solennels pour allumer le feu, et c'était un sacrilège que de le laisser s'éteindre : si ce malheur arrivait, la famille ainsi frappée allait le rallumer soft au

foyer de la cité, au prytanée, soit à un sanetnaire vénéré, parfois très éloigaé (i). Peut-être y avait-il en Tasmanie quelque chose d'aoalogue.

Les Australiens, qui allument le feu si difficileiaenty sont de mauvais cuisiniers. Ds n'écorchent point les petits animaux, ils les épilent et les font cuire dans leur jus. Ils n'ont point de poterie, mais des espèces de sacs en jonc, parfois des vases en écorce. On sait que Finvention de la poterie indique une civilisation déjà assez avancée.

Os n'^ont guère de goûts artistiques. Cependant leur v(Mx est assez flexible, ils possèdent une flûte de roseau. On cite aussi quelques essais de sculpture» des arabesques tracés sur un manche de lance ; on a même vu, aux environs de Sydney, sur des rocl^es, des images , grossières d'oiseaux, de kaugarous et d'homme. Comme Ta dit Théophile Gautier, « Tidéal tourmente les natures mêmes es plus grossières. Le sauvage qui se tatoue, se barbouille de rouge ou de bleu, se passe une arête de poisson dans le nez, obéit à un sentiment confus de la beauté. Le goût de Tomementation distingue Thomme de la brute plus nettement que toute autre particularité. Aucun

{i> Fuital da Coulaoges, ia Cité antique, p. 21.

chien n'a eu Tidée de se mettre des boucles d'oreilles.» Mais, somme toute, Tart des Australiens ne donne point d'eux une idée bien haute.

Tel était l'état de ces peuplades quand les Européens les virent pour la première fois. Les premiers Européens furent sans doute les Portugais. On n'en a pas de preuves positives, il est vrai. M. Major croyait avoir mis hors de doute que dès 1601 une partie des côtes du nord avait été reconnue par Manuel Godinho de Eredia. Des documents précis publiés par MM. Ruelens et Hamy, il résulte que Godinho ne décrivait que par ouïdire une terre nommée Luca Antara, très riche en or, qui n'est pas l'Australie, mais une des îles voisines de Java, probablement Sumba. Il serait <lu reste étrange que l'on eût eu d^s cette époque connaissance des mines d'or : nous croyons plutôt que si les navigateurs qui ont découvert l'Australie n'y sont pas restés, c'est qu'ils n'y ont trouvé ni or ni épices,

Néanmoins il semble probable que les Portugais eurent de très bonne heure des notions exactes sur l'Australie, au moins par les relations des pilotes malais. Une découverte directe est même très probable.

Dès x5ii, les Portugais avaient occupé Malacca

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qui constitue dès lors un nouveau centre d'opérations vers les parties orientales; en i5i6, ils arrivèrent à Canton ; la même année aux Moluques ; en 1 523 ils découvrirent Bornéo ; en i52r>, les Célèbes ; en 1626, la Nouvelle Guinée. En i525, Oomes de Sequeira allant de Bornéo aux Célèbes fut entraîné par les vents jusqu'à une terre peuplée de noirs, à trois cents lieues de là. La carte de John Rotze(i542), écrite en français, contient des noms portugais. Godinho de Eredia semble, d'après ^I. le docteur Hamy, faire mention de la Nouvelle Zélande, habitée par une gente bianca agreste (race blanche sauvage), portant des chemises tissées d'herbes (1606).

Conformément aux habitudes de l'époque, les Portugais tinrent, comme ils l'avaient fait en Afrique, leurs découvertes secrètes : ils ne voulaient pas communiquer aux commerçants rivapx la route mystérieuse des terres nouvelles. N'at-on point vu de même de nos jours des négociants conserver sans les montrer des cartes exactes de certaines régions polaires où pourtant ils ne pouvaient faire que des bénéfices insignifiants? Du reste, par suite du partage de ces terres, fait par le pape, ils devaient cacher leurs explorations,

qui sans cela n'auraient profité qu'aux Espagnols.

46 L'AUSTRALIK

U en résulte que la plupart des cartes ne mcmtrent pas les traces des expéditions récentes : par exemplecelles de Domingo Texeira (iSyS), d*Evert Gijsfoertsoon (iSgg), de Diego Homem (rS5S). Le gouvernement avait défendu sous peine de mort la publication de toute carte indiquant la route des colonies de THindoustan.

Amplifiant des données exactes, toutes locales, les géographes du temps rattachaient lesterresnouvellement découvertes à un continent fantastîqiie qui formait sans interruption le pourtour de la mer du sud. Dès 1 5 19, Johann Schoner admettait la nécessité d'un grand continent australien s'étendant tout autour du pôle sud; il lui semblait inadmissible que le Créateur n'ait pas établi une Juste balance entre les terres et les mers Ci). Dans le globe de Mercator de i54i, le continent austral (découvert dit-il, par les Portugaisen i5oo) occupe toute la partie méridionale, ainsi que dans la carte d'Ortelius de 1670, dans la Cosmographie tomertelU d'André Thevet, et dans une carte de i6oS^ de Godinho de Eredia, qui la nomme terre des Perroquets. C'est seulement Biprès le voyage de Tasman en i&^ qu'on fut convaincu que le continent auv tral ne s^étend pas jusqu'aux pôles.

(1) Cf. Brunialtû La spediziOTîe antartica (18S1).

Les plusaDciennes carte? connues de TAostralie 9ont des cartes françaises. CeDe d'Oronce Fine, de Briançon, signale le continent sons les noms de Jaoa kk grande et de héffkm patalis (^i53i). Otons aussi celles de Jean Hots (i562], du Dieppois Nicolas Yaliard (1^47)* Les nartns normands allaient tr^ loin dans ces parages: nous ayons le récit des Toyages de Jean Parmentîer, qui vÊnta le Brésil, Madagascar, Ja^, et raounit à Sumatra.

La mappemonde de Mercator de 1569 représente Sumatra, Java, les Molnques (Beacb, Lucach, n^aumes pleins d'aromates) et, an sud, un yaste continent qui présente un grand golfe renfermant une petite lié, « Jamt fMtnor, nunqwtm visa, »

Les cartes françaises sont plus exactes. La carte de Henri II se rapproclie de rancî^nne théorie du continent austral, Java la grande, séparée de Java par le Rio Grande; on y voit le cap de Grâce, la Cosie hlanchôy la bcye BrasiUe (sans doute une baie oè les navires venaient chercher le bois de teinture appelé bois de Brésil). Dans llntérreur du conrtîneirt. Fauteur de la carte a peint un lion, un chftkeau, un roi assis sous les arbres, une femme couchée sous des roebers ; détails qui font honneur à son imaginatioD plus qu'à son exactitude !

Mais les autres noms qu'on relève sur cette cartd coste d^s Herbages, coste Périlleusej baie Perdue, ne révèlent-ils point des expéditions ayant réellement eu lieu ? La carte du pilote Guillaume le Testa (i554) est très remarquable : il était originaire, non point de la ville française de Grasse en Provence, comme on Ta dit, mais de la ville Françoisde- Grâce, c'est-à-dire du Havre. Un marin sainton geais, Jean Alphonse, dans sa Cosmographie inédite, écrite à la Rochelle de 1642 à io45, raconte qu'il a vu la terre ferme de la grande Jay ve, qui v»i jusqu'au-dessous du pôle antarctique.

En 1606, un Espagnol, Luis Vaez de Torres, traversa de l'est à l'ouest le détroit qui sépare la Nouvelle Guinée de la péninsule du Cap-York, mais sans voir le continent.

Un portulan italien de 1678 montre la côte occidentale avec cette légende : Meridionnal discoperta novamente.

Les Hollandais ne tardèrent pas à suivre les Portugais et les Français. Ils ont eu le mérite de moins cacher leurs découvertes ; par là ils les ont fait entrer dans l'histoire, tandis que celles des autres peuples sont encore enveloppées dans le brouillard des origines contestées.

VAugmentum descriptionis piolcmalcaB Wigt-

mmmt

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE A\i

fliet, publié en 1698^ contenait le curieux passage suivant : « La terre australe est la plus méridionale de toutes les contrées du monde, elle est séparée de la Nouvelle Guinée par un étroit canal. Jusqu'à présent on n'en connaît pas les côtes, parce qu'après quelques voyages, cette route a été abandonnée et que le pays est rarement visité, si ce n'est quand les marins y sont poussés par les gros temps. La terre australe commence à deux ou trois degrés de l'équateur, et selon quelques-uns, son étendue est telle que si elle était complètement explorée on pourrait la regarder comme une cinquième partie du monde. »

En 1606, le yacht Duyfken {la Colombe), dont quelques matelots furent massacrés par les indigènes ; en 1616, en 1617, en 1618, en 1619, en iîj!i2, d'autres vaisseaux hollandais découvrirent, entre autres contrées, les terres d'Endracht, d'Edel, de Leenwin. En 1622 le PeraeiVArnheim abordèrent à la terre qu'ils saluèrent du nom d'Arnheim. En 1628 Carpenter trouva le golfe de Carpentarie. Des navires de commerce, détournés de leur route par les vents, découvrirent accidentellement en 1627 et 1628 les terres de Nuyts et de Witt. En i636, une expédition officielle, envoyée de Batavia, reconnut la terre de Van

Diémen, à l'ouest de te terre d'Arnheîm. En 1643, Abel Tasman explora lés côtes de Fonest et du sud et découvrit llle de Van Diémen, appelée ac^urdliui avec justice Tasmanîe. « Pour obtenir te eonnaîssaûce eomplèle de ces yastes contrées, dît-3, S ne reste plus qu'à reconnaître si la Nouvelle Guinée ne forme qu'un continent ayec te grande terre du sud ou si elle en est séparée par des canaux et des Iles, et si k nouvelle terre de Van Diemen tient ou non à ces deux grandes contrées ou à Tune des deux. )» Dans son voyage de iS44> Tasman explore le golfe de Carpentane. On ne connaît pas encore complètement lliistoîre de ses voyages, maïs ce que nous en savons suffit pour lui mériter le nom de premier explorateur sérieux.

Dampîer en 1699, le commodore Wilhelm de Vlamîngfa en 1697, séjournèrent peu de temps dans cette région.

« Cent vingt-six ans, (fil M. Vivien de Saint- Martin, s'écoulent après te belle exploration d'Abel Tasman.

« ... L'aspect stérile de te plupart des cMes oà les marins avaient touché, et te barbarie des ORsérables sauvages qu'on y avait j^ierçus, éloignaient toute idée de poursuivre des explorations dont le

GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ht

commerce n'avait rien à tirer. Les parties du continent moins déshéritées, celles qui bordent la c^yte orientale, étaient précisément les seules qui n'avaient pas été vues. »

La découverte en était réservée à James Cook. En 1770, il aborda à la pointe sud-est du continent^ sans découvrir pourtant le détroit de Bass. Il remonta toute la côte orientale jusqu'au détroit de Torres et donna à cette nouvelle région le nom de New Souih WaleSy qu'elle a conservé. A son retour

en Angleterre, Cook fit une description séduisante da pays qu'il avait visité. Gomme toutes les nations d'aujourd'hui^l'Angleterre ne savait comment se débarrasser de ses criminels : les entasser dans dis prisons était à la fois dispendieux, dangereux» inutile : on songea à les envoyer en Australie, espérant qu'aux antipodes ils pourraient s'améliorer, être employés à .des travaux utiles. En 17B7, le 18 janvier, le gouverneur Philipp, avec (mze navires portant 270 soldats et 85o eonvicU^ dont a5o femmes, débarquait dans la baie Botanique (Botany bay). Sept jours après, ayant déconyert la baie du Port-Jackson, il y transféra le siège de la colonie et fonda Sydney. Dès 1789 eut lieu une première tentative de reconnaissance intérieure, maïs l'on fut toujours arrêté

par des ravins impraticables et des chaînes de rochers bordées de précipices. En i8i3 seulement la crête fut franchie. En 1796, le gouverneur permit aux convicts d'ouvrir un théâtre, qui leur rappelait la mère patrie; le 16 janvier eut lieu la représentation; le prix était de i shilling (i^ao), « piayable en argent, en farine, en viande ou eu vin. »

En 1797, le capitaine Mac-Arthur fit venir du Cap cinq brebis et trois béliers, qu'il croisa avec dix brebis de Bengale. Encouragé par ses progrès, rapides, il demanda, mais en vain, des secours en Angleterre. C'est à ses frais qu'il amena 400 brebis saxonnes; en 1823, il vendait à Londres i!î balles de laine pour 2 200 francs. Aujourd'hui il y a dans l'Austrahe 5o5ooooo moutons.

On pouvait croire encore que l'Australie n'appartiendrait pas tout entière aux Anglais; en 1687, un petit-fils du fameux Jean Guiton, maire de la Rochelle, Beveu du grand Duquesne, le lieutenantgénéral Abraham Duquesne Guitoo, allant à Bangkok, avait vu les côtes ^ud-ouest de l'Aiistralie.En 1718, Law, désh*ant inspirer aux Français le goût des colonies, avait fait imprimer un mémoire qui tendait à prouver que la terre de Nuyts était un pays fertile.D'Entrecastcaux,eni7c)!i,

GÉOGRAPHIE HISTORIQUK b'I

explora une partie des côtes. La Pérouse visita Bolany bay, Tamiral Baudin donna à la côte méridionale le nom de terre Napoléon ; mais les Français ne songeaient pas à coloniser l'Australie, restée anglaise comme les Indes.

En 1811, Sydney prit un aspect régulier sous le gouvernement de Macquarie. De 18 18 à 1S22, le capitaine Philipp King dressa une carte complète du littoral australien.

En i836, le territoire méridional de la colonie où Port-Philipp avait été découvert par Murray en 1802, était acheté aux indigènes pour trois sacs de verroteries, dix livres de clous et cinq

' livres de farine. L'année suivante, une nouvelle colonie fut constituée sous le nom de Soutli Australia ou Australie du sud. En 1829, l'Australie occidentale avait été érigée en colonie. En i8o5, la Tasmanie avait été occupée par le lieutenantcolonel Collins ; il emmenait avec lui 007 forçats ;

' débarqué d'abord dans la province actuelle de Victoria, il regarda ce pays comme stérile ! Il s'embarqua alors pour la Tasmanie. Des officiers* avaient trouvé cependant près de Port-Philipp, dans un fleuve, des paillettes brillantes, sans doute de For, qu'ils prirent pour du mica. C'est en i834

. que MM. Henty amenèrent quelques moutons

ô* Ï/AUSTRALIK

dans ces pâturages de Victoria qui en renferment aujourd'hui d'innombrables quantités. En 1866, M. Lousdal fonda Melbourne.

Depuis cette époque, les explorations ont été nombreuses, bien qu'elles n'aient pas encore gouh plètement réussi à soulever le voile qui cache la mystérieuse Australie centrale.

En 1812, Lawson traversa les montagnes Bleues. En i8r5 et i8t4, M. Evans découvrit deux grandes rivières, le Macquarîe et le Lachlan. Le gouverneur Macquarie organisa dès lors une série d'expéditions. En 1817, Oxley explora les rivières Macquarie et le Lachlan; arrêté par des marais, il en conclut, bien i tort^ que le centre de l'Australie était occupé par une vaste mer. Il découvrît à son retour le Hastings.

De 1828 à i83i, le capitaine StuarC Recouvrit le Murray et le descendît jusqu'au lac Alexandrina, mais ne put trouver le vrai passage pour gagner la mer. Le capitaine Burker voulut reconnattre s'il existait quelque communication entre le lac Alexandrina et la mer, ma» il fut massacré par les indigènes près de l'embouchure du Murray, dès le début de son expédition.

De i83i à i836, Mitchell explora le DariÎDg^ découvert par Stuart; il compara le territoire de Yictoria au paradis terrestre et lui donna le nom à'Australia felix; il reconnut que le Darllng se jette dans leMurray, remonta les rivières Glenelg, Yarraine, Hopkins, etc., et parcourut les monts Grampiens et les Pyrénées australiennes.

John Eyre, accompagné de son fidèle senriteur noir Wylie, parcourut en 1857 les grandes plaines qui s'étendent vers le Murray, au nord de la colonie de Victoria ; l'année suivante, il se tourna vers Touest et accomplit un voyage des plus pénibles dans la terre de Nuyts, plaine aride, sans eau. En 1859 et i84o, il découvrit les lacs Torrens et

Eyre.

En 1844, le capitaine Stuart tentait la traversée du continent. Parti le 10 août d'Adélaïde, il arrivait au centre géométrique de TAustralie le 8 septembre 1845, mais il ne put aller plus loin dans ce désert aride : à bout de forces, il rentrait mourant à Adélaïde, le 19 janvier 1846.

Un jeune naturaliste prussien, Louis Letchardt, établi à Sydney depuis quelques années, fut pris lui aussi de la passion des découvertes : le x3 août 1844 il partait, dans l'intention de rechercher un fleuve facilitant les communications de la

h\ L'AUSTRALIE

partie orientale avec la côte septentrionale. Il ai*rivaità Port Essington le 17 décembre i845, ayant parcouru 3 000 kilomètres. En mars 1846 il rentrait à Sydney, où le croyant mort, on avait déjà célébré un service funèbre en son honneur. Il avait découvert de vastes et excellents pâturages. L'année suivante il repartait de la baie Moreton, |X)ur tenter de traverser le continent de l'est à Touest. Dix-sept ans s*écoulèrent sans qu'on eût de ses nouvelles. Ses dernières lettres sont datées du mois d'avril 1848. Les expéditions d'Auguste Gregory en i858, de Mac-Intyre en 1864 n'avaient pu faire retrouver ses traces. C'est en 1874 seulement qu'on apprit qu'il était mort de soif, de faim et de fatigue. Un des voyageurs, Classen, survécut à ses compagnons : il vécut plusieurs années au milieu d'une tribu d'indigènes : il y jouissait d'une grande autorité et y avait femmes et enfants ; mais une surveillance incessante l'empêchait de regagner les établissements européens. En 1880, un squatter nommé Skuthorpe a trouvé son tombeau, son journal de voyage et celui de Leichardt. On avait à tort redouté que celui-ci n'eût été dévoré par les noirs.

En 1848, Kennedy quittait la baie Rockingham pour explorer la péninsule du cap York. Maïs

(rKOGRAPIIIE HISTORIQUK 57

près de Textrême pointe de la péninsule il succomba sous les coups des naturels. Son fidèle compagnon indigène, nommé Jackey, parvint à se sauver et rapporta le journal de son maître.

La même année Roe partait de York dans FAustralie occidentale et s'avançait également vers l'intérieur, dans la direction du nord-est. Après avoir traversé une immense étendue de terrains couverts de broussailles épaisses, entre-coupé de lacs salins et de marais remplis de criste-marine". il atteignit par 53<» 27' de latitude sud, la chaîne des monts Russel, qu'il ne put franchir.

L'année i85o fut le point de départ d'une ère nouvelle de prospérité pour les colonies. Jusquelà, elles n'étaient pas soumises, il est vTai, au système autoritaire du pénitencier, mais le pouvoir du gouverneur y était considérable : au-dessous de lui, les officiers avaient partagé entre eux les places, et ils formaient une aristocratie qui n'était recommandable ni par son honnêteté, ni par son désintéressement, ni par son amour du travail.

La Nouvelle Galles du sud était administrée

bi L'AUSTRALIE

par un gouverneur assisté d'un petit nombre de juges et de conseillers , la plupart officiers. Eu 1824, on avait placé au^n^s de lui un conseil suprême composé de rofficier commandant les troupes, de Tarchidiacre, du secrétaire colonial, du trésorier et du procureur général. En i64i, la colonie fut dotée d'un conseil législatif composé de trente-six membres, dont vingt-quatre élus^ Enfin en i855 fut établie la constitution démocratique actuellement en vigueur. Le jury avait été introduit en 1828; en i83i on avait établi le collège australien et lancé le premier bateau à vapeur.

De i853 à 1849 '^^ nombre des convicts transportés diminuait graduellement. En 1846, de s nombreux meetings demandèrent la suppression des envois : les descendants des anciens convicts n'étaient pas moins ardents que les « purs ». La transportation fut définitivement abolie en i85o. Nous montrerons plus tard queUe a été son influence sur la fortune des colonies. Dès lors les colons libres pouvaient venir : ils n'avaient plus à craindre d'être confondus avec les libérés!

La découverte des mines d'or fut pour eux un attrait irrésistible.

On vit tout d'abord dans les placers des scè-

nés seandaleuses. Les mineurs avaieat sans cesse à k main le coatean et le revolver. Ils jouaient avec frénésie et perdaient en quelques instants les sommes qu'ils avaient recueillies dans leurs recherches. Des vols, des assassinats, des luttes à main année n'étaient pàs chose rare. Le commissaire royal réprimait les délits quand il le pouvait : la plupart du temps, il était obligé de fermer les yeux; il n'avait pas le moyen de faire respecter son autorité. En i8S4, les mineurs refusèrent de payer }e droit de Sy^^So auxquels ils étaient soumis. Il fallut envoyer des troupes qui emportèrent les retranchements des rebelles. Le gouvernement remplaça le droit exécré par un droit sur Timportation ; des tribunaux ^éciaux furent créés, les mineurs s'y soumirent volontairaoneot, car ils se lassaient du désordre qui régnait dans les mines et des craintes continuelles qui les tourmentaient. Tout rentra dans l'ordre, et pourtant la face de l'Australie était changée. Au retour des mmeurs dans les villes, tout augmenta de valeur ; la farine fut payée à Melbourne I franc lekilogramme,le foin 5o francs les loo kilos, un cfaon 3 francs. Un soldat qui avait acheté 2S00 firancs quarante bectares, les revendit 3 miliioDS; les ouvriers qui fabriquaient des ma-

rt> L'AUSTRALIE

chines se faisaient payer 5o ft*ancs par jour ; les cabaretiers ont fait des bénéfices de looooo francs; les vices s'étalaient au grand jour.

Mais en revanche la fièvre de Tor avait amené des flots de population. Là colonie de Victoria manquait de bras pour multiplier ses produits, et ses produits manquaient de consommateurs; For les lui donna. Il en résulta que la population fut composée de gens venus de tous les coins du globe qui voulurent rester indépendants, mais néanmoins sentirent le besoin de Tordre : de là naquit, dans un pays anglais, cette démocratie qui a su accomplir de si grandes choses et qui est plus libre que partout ailleurs.

L'or seul aurait tué FAustralie si des hommes intelligents n'eussent pas compris que l'avenir du pays n'était pas dans l'exploitation des mines, beaucoup de gens s'en sont détournés; c'est ce qui explique la diminution du rendement.

Grandissant avec une rapidité effrayante, les colonies australiennes marchèrent à pas de géant dans la vole du progrès.

En quelques mois le chiffre de la population avait été décuplé. De grandes villes s'élevèrent comme par enchantement là où la veille campaient les indigènes; bientôt chemins de fer et lignes

GKOCIRAPHIE HISTORIQUE (H

télégraphiques sillonnèrent en tous sens U colonie.

Les découvertes géographiques prirent un nouvel essor.

En 1846, Auguste Grégory fit un grand voyagea dans le nord de TAustralie occidentale; il y retourna en i848 avec le gouverneur Fitz-Gérald : tous deux faillirent, comtne Orphée, être mis eu pièces par des femmes.

Bientôt on allait voir Burke, MacKinlay, Landsboroughy Stuart, accomplir quatre fois en deux ans la traversée du continent, que l'on eût regardée comme une entreprise insensée dix ans plus tût, et qui présente encore tant de dangers que depuis 1862 elle n'a été refaite que deux fois.

En i86oy Mac Douall Stuart arriva au centre géométrique de l'Australie, où se dresse le mont Stuart, près d'un monolithe de grès, le pilier de Chamber. L'hostilité des naturels l'empêcha d'aller plus loin, mais le pays lui parut fertile et bien arrosé.

Là même année un désastre frappait la célèbre expédition de Burke. O'Hara Burke, homme entreprenant, d'origine ^landaise, avait l'intention de

traverser le continent du nord au sud. Les frais de son expédition furent fournis par la colonie de Victoria, qui n'épargna aucune dépense. Il avait 1 6 personnes avec lui, 27 chameaux, 27 chevaux, des vivres pour quime mois. Laissant en route, la moitié de ses gens avec son lieutenant Wright, Borke traversa heureusement la série de déserts et de viUées qui le séparait du Cooper's Creek; voyant qu'il attendait en vain le reste de sa troupe, il se décide à pousser en avant, ne prenant avec lui que Wills, Grey et King, les plus déterminés de ses compagnons. Le t6 janvier idSi. il partait du Creek pour atteindre, au delà du désert de pierres, le rivage de l'océan Pacifique. Après des fatigues moules, il atteignit des collines voisines du rivage, et, n'ayant déjà perdu que trop de temps, se décida à revenir sans avoir aperçu cette mer dont la vue aurait été la récompense de aes efforts héroïques. Il espérait retrouver au campement son lieotenant Brahé; mais celui-cî, mptés l'avoir attendu quatre m<HB, c'est-à-dire pins longtemps que ne le portaient ses instructions, craignant de manquer de vivres, était parti le matin même (21 avril x86i). Que Caire? Il était diffidie aux quatre voyageurs, a i»ed^ fatigués, d'atteindre une troupe bien montée, stimulée par le désir de

rentrer dans la patrie. Après avoir enterré le récit de leur voyage, ils partirent à la recherche d'une station de moutons. Le lendemain, Wright^ après un retard inexplicable, arrivait au camp. Ignorant que Burke y était revenu, il part.

Les quatre malheureux, abandonnés sans res> sources, se traînèrent jusqu'au 24 m^î» puis ils retournèrent à Toasis. Grey était mort dans d'affreuses tortures Laissant Wîlls expirant de faim et de soif, Burke et King, conservant un dernier espoir, vont à la recherche des naturels ; Bul*ke meurt le 29 juin ; le lendemain King était recueilli par une tribu qui le nourrit. Ainsi, dans ce voyage, une fatalité étrange voulut que les chances de salut se présentassent toujours trop tard. Cependant l'Australie entière était en proie à une profonde émotion* Mac-Kinlay était parti d'Adélaïde, Landsborough du golfe de Carpentarie,WalkerduQueensland, Howittde Melbourne,, pour chercher des nouvelles des explorateurs. Howitt fut le plus heureux : après avoir atteint le Coopères Creek, il poursuivait ses recherches aux environs quand un jour il aperçut un Européen au mUieu des noirs : c'était King, qui lui apprit en pleurant la triste fin de Burke, de Wills et de Grey.

Au mois de décembre .1861, Howitt partait de aouveau pour visiter leurs tombes, et en janvier, tous les habitants de Melbourne honoraient par des funérailles somptueuses et par l'érection d'un monument les restes de ces martyrs de la civilisation.

Ils étaient morts à la tâche, mais ils avaient réussi. La série des grandes expéçiitions se continua : parti d'Adélaïde en janvier 1861, Stuart, le 24 juillet ï86î«, déployait le pavillon britannique aux bords du golfe de Van Diémen.

M. Gîles, dans une série de voyages dans l'Australie occidentale, découvrit lelac salé Amédée et parcourut une région sablonneuse, accidentée, couverte de broussailles, où, rà et là, on trouve quelques pùturages qui n'ont besoin que d'eau pour pouvoir être mis à profit (187 2- 1876). En 1873 et 1874, le major Warburton traversa la moitié occidentale c'u continent, et sur cet espace de plus de T aoo kilomètres il ne vit que des plaines incultes et put à grande peine échapper à la mort horrible de la soif. John et Alexandre Forrest •(1872, 1879, 1880), Gosse (1879), Lewis (1870^ Favenc et Briggs (1878), ont accompli de nouveaux et remarquables voyages.

Ainsi l'homme a pris possession des déserts du

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OKOORAPIIIE niSTORlQUK

cr

centre ; il y a construit une ligne télégraphique immense; il parle d'y poser les rails de chemins de fer. Pendant que les explorateurs découvraient les mystères de la région inconnue, les colonies , du littoral prenaient leur essor vers la civilisation, et nous allons voir ce que sont devenus ces éta hlissements fondés il y a quatre-vingt-treize ans.

66 L'AUSTRALIIè:

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