‹ L'AustralieChapitre 9 sur 14 · LES ANGLO-AUSTRALIENS ET LEUR AVENIR · texte numérisé non relu

LES ANGLO-AUSTRALIENS ET LEUR AVENIR

Disparition des eonvicts. — Émigration. — Fierté des Anglo- Australiens. -- Les Chinois. — Destruction des indigènea. — Efforts faits pour les civiliser. — Leur disparition inéyi • table devant la race anglaise. ~ La vie des colons. — Jeux et plaisirs. •— Aristocratie territoriale. — Instruction pu» bii<iue. — Littérature. — Avenir des colonies anglaises.

On ne connaît pas assez les progrès accomplis dans ce beau pays par nn peuple qui a su créer les merveilles que nous avons décrites^ et où le petit nombre des convicts s'est fondu dans la masse des émigrants libres.

Quelle a été TiniQuence de l'élément convict sur le développement des colonies? Les appréciations sur ce pointent été extrêmement diverses.

Dès 1843, le gouverneur de la Tasmanie £fti^t

remarquer, dans ses dépêches officielles, que la difficulté de placer les convicts devenait chaque année plus évidente, et que, jetés ainsi dans le inonde, sans autre moyen d'existence que leur travaU, dont on ne voulait pas, il leur restait pour unique alternative de mourir de faim ou de voler. Mais cependant, la crainte du renchérissement, même du manque absolu de la main-d'œuvre, parlait à beaucoup d'esprits impartiaux : on voulut réserver à une colonisation pénale mitigée plusieurs points éloigriés, particulièrement la côte nord-ouest de la Nouvelle Galles.

En i846, lord Stanley et M. Gladstone ordonnèrent de faire fonder par des convicts libérés une colonie d'Australie du Nord. « D'anciens condamnés éprouvés, sinon régénérés, et recevant comme ailles de leurs travaux, jusqu'à un certain point même comme pupilles, les condamnés nouveaux dont l'expiation allait commencer, n'était-ce pas, dit le marquis de Blosseville, ce qu'une administration sage pouvait imaginer de plus prévoyant? » n était à craindre pourtant que les nouveaux arrivants ne fissent guère que corrompre davantage les anciens condamnés. Victoria en i838, l'Australie méridionale en i845 protestèrent contre l'envoi des convicts. Au con-

traire, les habitaats de l'Australie occidentale voulaient allier le traTail libre au travail forcé. En trois ans, cette colonie reçut a 600 condamnés, dont la conduite en général fut bonne.

Elle réclama, lorsqu'en i863 lord John Rossell déclara au Parlement que l'intention du gouvernement était de cesser tout envoi de condamnés non éprouvés aux colonies australiennes 1 C'est on devoir pour moi, disait le gouverneur Fitz-Gerald au duc de Newcastle, de faire connaître à Votre Grâce que le discours de lord John Russell à la Chambre des communes, annonçant que la tçansportation devait cesser à la fois dans toutes les colonies australiennes, a excité ici un sentiment universel d alarme et de désespoir. Les colons en font une question de vie ou de mort. Après une expérience de trois années, la plupart des habitants s'accordent à dire que la vie et la propriété ne sont pas moins sûres depuis que la colonie est devenue un établissement pénal. »

Mais ces convicts étaient placés au milieu d'hommes laborieux qui leur donnaient l'exemple du travail et leur imposaient le devoir de les imiter. Seule, la colonisation pénale n'aurait pas suffi.

Tous les condamnés étaient étrangers à l'agri-

LKS ANQLO-AUSTRALIENS l.*»

culture ; on ne rencontra qu'un seul individu qui s'y entendit un peu, c'était un domestique du gouverneur. « La colonie pourra très prochainement se suffire à elle-même^ écrivait Philipps en 1790, si l'on m'envoie des seitkrs (émigrants volontaires fermiers) entre lesquels les condamnés pourront être répartis. »

On n'a jamais assez bien compris, dit M. de Blosseville, pas plus au moment de la vogue de l'Australie que dans tous les grands attraits des terres nouvelles, qu'il n'y a pas de colonisation sans rude travail. C'est une grave erreur que l'emploi dispendieux des fléaux de famille et des êtres déclassés, poussés à l'expatriation par un fol espoir de vie facile et sans labeur : membres inutiles, et par conséquent dangereux, d'une société naissante dont le travail est la loi. Ce qu'il faut, au lieu d'une immigration besogneuse, inintelligente et dépravée, c'est le choix d'hommes accoutumés à la vie rurale ou professionnelle, laborieux, sachant régler leurs besoins, sur le salaire possible. Ce qu'il faut aussi, c'est à cêté d'eux l'homme relativement riche qui vient multiplier une fortune déjà faite. » Les poètes ont vanté la merveilleuse transformation qui s'était opérée dans les mœurs des convicts. On connaît les vers de Delille :

Et qui ne connaît paa le consolant spectacle

Qu'étale de bandits ce yaste réceptacle,

Cette Botany- Bay, sentine d'Albion,

Où le vol, la rapine et la sédition

En foule sont venus et, purgeant l'Angleterre,

Dans leur exil lointain vont féconder la terre?

Là, l'indulgento loi de sujets dangereux

Fait d'habiles colons, des citoyens heureux ;

Sourit au repentir» excite l'industrie.

Leur rend la liberté, des mœurs, une patrie.

n est certain qu'il faut beaucoup de prudence dans l'emploi des transportés. II faut choisir avec soin parmi les moins endurcis ceux qu'on voudra employer comme auxiliaires des vrais colons.

Gomme institution pénale, disent MM. de Beaumont, de Tocqueville, Léon Faucher, une colonie n'est bonne que pour recevoir des condamnés libérés.

Lord Campbell voit même dans la transportation une récompense pour les libérés repentants, n faut la réserver aux crimes qui n'impliquent pas une perversité profonde. La colonisation, dit M. de BlosseviUe, peut admettre pour phases : l'enceUulement préventif continué ; — la transportation sévère ; — les travaux publics dans la colonie ; — le travail libre en pardon conditionnel. Ce sont

les condamnés les plus capables de repentir qu'on admettra dans cette dernière catégorie; les autres ne seront employés qu'aux travaux pénibles : ils frayeront par leurs efforts la route aux colons honnêtes et laborieux.Ceux*ci feront la fortune de la colonie, et ils absorberont l'élément impur. Les ^enfants des condamnés, élevés avec soin, pourront former un noyau de population libre. C'est ce qui est arrivé en Australie. La formation de la famille a été l'un des principaux soucis de l'adminis^tration coloniale, mais l'exemple lui est venu de l'initiative privée. C'est ii Mrs. Chisholm peut-être que les colonies doivent leur salut ; elles n'auraient pas subsisté si elles n'avaient possédé cet élément moralisateur entre tous, la famille.

Mistress Chisholm fonda un asile où elle recueillit les jeunes filles et les jeunes femmes envoyées par les sociétés d'émigration. Elle les plaçait ensuite parmi les populations rurales, les confiant surtout à des familles nombreuses, organisant des comités de surveillance et de dépôt dans les principaux centres de population. Partout bien accueillie, nourrie et transportée gratuitement^ elle fut bientôt le personnage le plus populaire de l'Australie. Plus de onze mille immigrants lui du-

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