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étre entier était déjà ébrané, » déséquiibré us
ouvez en . tent mieux que moi ‘etdont cepen- an ant, aucun homme, même le plus grand médecin, ne ser figurera j jamais bien la prodigieuse influence SUR DOUS NL de sais, nous savons toutes, nous autres femmes-mères que dès l extrême commencement de la grossesse. . deux ou trois jours seulement après la conception, il se passe : une incroyable révolution en nous... En quelques vingtà quatre heures, le cours régulier, normal de notre sang a est renversé... [l y a comme. une révolte en nos veines, avant que cette sève suprême se précipite vers le point intime où elle alimentera avec générosité. l'existence du * mystérieux parasite qui s’y développe... Une semaine, “ee quinze jours s’écoulent, et le nouveau cours est résolue ment établi. La femme est mére en toutes ses fibres, en toutes ses cellules. — Et c’est à cet instant que, par un procédé ou un autre, vous venez arracher un fruit vers lequel converge déjà toute la vie intérieure de la ” femme! — Oui, grâce à votre adresse chirurgicale, à vos précautions antiseptiques, l'accident med d bruoi infection flagrante ne se produisent pas. Vous pou- vez vous écrier avec une apparence de raison : ( L’opé- ration à parfaitement réussi ! » Mais vous fermez les yeux sur ses suites fatales !.. Vous refusez d’envisager | ‘ce fait que la brusque suppression de l’enfant en un lieu = préparé pour sa vie et son développement est une chose anormale, prodigieusement suive !.. Vous avez fait dis- Fe paraître l'embryon, mais vous n’avez point remédié à la à | disposition physique générale de la femme; celle-ci est Lo demeurée la même. Elle est encore en état do maternité. ï Toute la sève qui est en elle s’élance impétueusement vers ce sein, vers ne autel qui devrait être sacré et que ii
DE
suite. Et c’est elle seule que vous incriminez si vosre- . commandations ne sont pas suivies. Est-ce de sa faute,
rouvrira la plaie volontairement faite par votre main. À .
tient un trouble perpétuel dans son esprit. Ce n’est. plus.
4 AUTEL
Pour que ‘. équilibre. se able à en êle, vous Cintre oO donner, c’est vrai, le calme, l’immobilité, le repos com plet, moral et physique. Mais si elle ne peut y atiein-. 4 dre à ce repos que lui commandent vos prescriptions dérisoires!... Et, justement, elle n’y parviendra point! | Ne serait-ce qu’à cause de ce fait irrémédiable que tout en elle est désorganisé, bouleversé, précisément par l’acte antinaturel qui s’est accompli en elle. À la suite
de cette épreuve, son esprit, ses sens chavirés échap-
pent au contrôle de sa raison... Il lui est impossible de commander à ses nerfs, c’est-à dire à ses impulsions, à ses émotions, à toutes les impressions lui venant du
dehors et qu elle n’a plus Ja vigueur de coordonner. a Ainsi que vous me l’avez dit une fois, vous croyez que ke 4 rôle du chirurgien cesse à partir de l’heure où est de minée l’épération ; c’est à la malade de se soigner en- …
ae
pourtant, si elle est dans un état qui ne lui permet plus.
de se diriger et de se contraindre ?.. Etat que vous avez. créé! Fatalement, votre malade ira au-devant, d’uné façon ou d’une autre, de limprudence qui entravera sa guérison, qui lui apportera des désordres profonds ou |
la suite de la première hémorragie qui a failli emporter Suzanne, vous savez qu’elle en a eu plus de dix autres... moins graves, il est vrai, mais dénotant néanmoins que 2 tout est déséquilibré en elle. Et actuellement, elle est. sous l'empire tyrannique. dun malaise latent qui main- 4
la femme de jadis. Elle vit dans une perpétuelle exacer- L bation mentale causée par l’irritation de ses organes intimes, qui la livre sans défense à des émotions exagérées, soit dans le plaisir, soit dans la douleur. liéapablé de se: À
une fièvre Subite. Tout ceci, Suzanne Castély, les pro- | blèmes psychologiques et physiologiques me sont aujour-
excès cie entretiennent son état ad ramènent ihEXOrablement la perturbation et l° accident qui l’affaiblissent encore, qui l’épuisent, la détraquent et la tuent !.
Elle s’arrêta, énervée à présent, par le mutisme 4 Ju-
lien Dolle, qu’elle avait d’abord exigé impérieusement,
Immobile, les yeux attachés sur elle, la physionomie indéchiffrable, il ne manifestait aucune émotion sous ce lux de paroles véhémentes.
— Reconnaissez-vous la vérité de ce que Je dis? lui
demanda Henriette. Vous refusez-vous toujours à admet-
tre que dans le « sujet » il y a un être dont il faut tenir compte ?.. Que les organes humains sont tous solidaires et que la blessure de l’un entraîne Paltération de tous les autres ?... Refusez-vous d’ouvrir les yeux, d’apercevoir
les abominables misères des femmes sous leur sourire courageux, sous le mensonge obstiné dont elles s’enve-
loppent, par coquetterie, pudeur ou dévouement... Mi-
__ sères dues à votre main, à votre audace criminelle, à votre aberration maniaque de gens hypnotisés par l’idée
que le corps humain n’est qu’une machine dontles roua-
ges sont modifiables au gré du chirurgien habile ?.. Et, comme le docteur restait toujours muet, ae. s'É- |
cria avec impatience : ‘ — Mais, parlez donc !. !.. M’entendez-vous ? M’écoutezvous. |
Julien eut un tressaillement, comme si Papostrophe
| Veût tiré d’un monde suprèmement lointain.
— Que voulez-vous que je vous réponde ? fit-il avec
d’hui si parfaitement indifférents!.…. Je suis venu ici pour vous, Henriette... Je pense à vous, je ne vois que vous. Rien ne m'est que vous... Au diable les autres !...
LE in EE PES AR DE OR ER NX
Matane Fcaud détourna : son regard, soudain.
: par l'émotion du jeune homme et brusquement arrachée
aux préoccupations généreuses, aux idées générales qui . À à A
l’enflammaient naguëre.
— Ah! fit-elle à voix basse.
IL se rendit compte du changement d’ ‘esprit % la] jeune
| femme. Do :
— Laissons tout cle, re je vous en n prie! supplia- Fa
t-il. Profitons de cette minute où nous sommes seuls et
: libres. . J’ai à vous parler de moi, de vous, de nous deux.
en attente vague et presque déses pérée de l'avenir. Je.
Instantanément,, toutes les colères sincères d’Henriette, tous les soucis étrangers à sa propre personnalité s'étaient évanouis. Elle se vit seule avec Julien, et elle ; sentit avec une force qui la troubla, intensément, com-
bien le désir persistant du jeune docteur occupait de
place en ses pensées et en sa vie, malgré qu PE s'en 1 fendit. | |
— À quoi on ? murmura -t- elle. Tout a déjà été dit “pi entre nous... Pourquoi y revenir ?.. Fe A
Non. elle n’avait pas le courage de. prononcer - . les paroles nettes et glacées qui font taire les importuns. 4 De la deviner si proche, si consentante malgré elle, $ Julien acquit une ardeur pleine d’espoirs. 4 .. — Henriette, vous savez bien ce que j'ai à vous dire, à vous redire... Je vous voudrais à mes côtés. à MO: "4 Oui, vous nm’ avez déjà repoussé, mais, depuis cette époque, les circonstances ont changé... Je ne suis plus oi
‘touche au but. Je suis parvenu à m'assurer du tremplin qui me permet l’ élan sûr au bout duquel est la. réussite. 4 mathématique. Et je suis persuadé que vous me comprendrez, quand je vous dirai que jesouhaiterais ardem- : ment que vous fussiez ma femme à cette date capitale de mon existence... juste au moment où je vais mettre le
nous lutterons nn et nous a au faîte toujours côte à côte. Il ne faut pas me laisser seul, : Henriette. Sans. vous, À quoi bon triompher ?.. » . ! Il s’arrêta, durant l’espace de quelques one sans : qu’ Henriette, immobile, songeât à répondre, l'écoutant de toute son âme meurtrie, les yeux attachés sur le sol.
Là-bas, la mer ue à abandonner le sable de la grève lentement, comme à regret. C'était à présent
LR ‘2
| une grande accalmie de chaleur, l’acuité du soleil se dis. sipant avec son inclinaison Jhe accentuée sur l'horizon ne L
AN
paisible. a à Julien poursuivit, d’une voix atténuée, | pleine de ten- ile : (dresse discrète : | a — Jene sais pas si vous connaissez la page de ma avie?. “ler ne crois pas vous l'avoir ] jamais dite... Non par faux “ orgueil, mais parce que, lorsque je suis auprès de vous 4 aime mieux ne songer qu’à vous. .
- Je suis fils de paysans, c’est-à-dire que ma mère était une paysanne mariée à un cultivateur dont je porte le . nom. En réalité, mon père était le médecin de la loca-” Fe lité... C’est lui qui a payé mon instruction et qui n’a . | dirigé dans la carrière médicale, pensant que je: lui SUb pe . céderais un jour, là-bas. Il ne m’aimait point; cepen- dant, ilétait très fier de moi. C était un homme dur, 4 | grossier et parfaitement égoïste, Mes sympathies allaient à au mari de ma Inère... une brute pacifique qui n’était bienveillante.… Pour ma mère, J'étais simplement le prétexte aux cadeaux, qu’elle extorquait difficilement de son ancien galant, car elle était vite devenue fort laide. : hote quinze ans quand elle est morte d’un accident, de Mou pére, le docteur, fut emporté par une apoplexie, if. 115 16
. AUTEL . re
n ue 7 a duaite. ans. De famille, il. me reste donc. tout juste le bonhomme Dolle, qui vivote la- bas, sur son petit bien... Je vais le voir une fois par an et je lui envoieun peu de tabac, un couteau pour crefter ses pommiers, un 4 k tricot de laine et mes vieux chapeaux à haute- forme. il m ‘appelle (« mon garçon » et je le nomme « père ». (és qui ne l’empêche pas à l’occasion de me dire philosophiquement, quand il parle du défunt docteur Besnard : Le «Ton paternel, le meg’sin. » Vous voyez combien je suis vraiment isolé dans la vie, et combien j’aurais besoin de votre présence. Vous, qui êtes pour moi l’être qui émeut. si violemment les sens que l’on croit que nulle autre créature ne pourrait vous apporter une pareille ivresse... Vous, qui êtes aussi un ami sûr, clairvoyant, ferme, presque viril... Vous qui, surtout, représentez pour moi … Pépaule tendre et compatissante, le giron de la femme, FA n les bras enlaceurs et affectueux qui m'ont toujours man- a qués. quej'ai cru si longtempsm’étre superfluset dont, . . auprès de vous, ‘je sens un besoin fou, exaspéré... Tout cela, Henriette, je ne vous le dirais pas si je ne savais . à pas que vous m'’aimez... À nulle femme, à nul être hu- - / . main, je ne me suis confié comme je viens de le faire, comme il m’est facile et tentant de m’épancher près de 4 vous... Parce que, vous! Ah! vous ne doutez pas de ce que vous êtes pour moi et je ne trouve aucune parole . ne pour l’exprimer!.… Il se tut subitement, suffoqué par une émotion nerveuse, Le front courbé d’Henriette l'écoutait, ne ; 2 douloureuse et torturée. À Cependant, lorsqu’elle releva ses paupières et que à leurs regards se prirent, se pénétrèrent profondément, Le Julien fut saisi d’un cruel désappointement. Sans qu LS fût besoin qu’elle le déclarât, il savait qu’il avait vainement combattu : l’obstination de la jeune femme n’avait
Ne
D'ÉUTET
: © point po vaincue par la supplication dé toute. son âme
; offerte. > :
— Ah! que vous êtes folle et stupide! s’écria-t-il avec un âcre dépit. ne.
Le regard grave de la mère alla de la petite malade endormie à la silhouette de l’aînée des fillettes qui pé
chait tout là-bas dans les vasques-rocheuses toutes re-
couvertes de goémon visqueux, dont la senteur pénétrante et âpre emplissait l’air, maintenant, remplaçant ; les molles langueurs des minutes précédentes.
-— Je vous ai dit que je ne m’appartenais plus.
Il supplia encore, tout son orgueil abattu.
— Mais, puisque je vous affirme que je serai un ami: sincère pour ces enfants. Puisque je vous jure derespecter religieusement leurs droits auprès de vous... Que accepte de venir bien loin derrière elles dans votre 5 cœur, de n’occuper qu’une petite place à vos côtés. "2
- Vous me donnerez de vous, de vos pensées, de votre pré- DE sence ce que vous voudrez, ce dont vous pourrez disposer, je m’en contenterai, Je vous en serai reconnaissant. F
Madame Féraud secoua la tête. ; LE | — Tout cela, ce sont des paroles inutiles, du rêve, SE … dit-elle doucement. Ni moi ni vous ne pourrions, une fois | mariés, maintenir notre affection dans les bornes que
vous indiquez... Mon ami — le seul ami que j'aie eu is dans ma ‘vie — je vous le dis, je ne serai jamais votre . femme, et vous devez bien comprendre que ceci est irré- vocable. — Je crois que ceux quiont des enfants ne doi- É
vent pas se remarier. Le remariage d’un père est un dé- PS sastre pour ses enfants, celui d’une mère est un crime envers eux. Je suis fille d’un père remarié. Ma mère
. # La Î . ! , f ? : nn
était morte lors de ma naissance. J’ai été élevée entre *
. mon père et ma grand’mère paternelle sans jamais m'a percevoir du vide de la présence maternelle manquante.
“, AUTEL
“mon pèrè était pour moi un amietun Dieu. Ma au Pate mère s’éteignit ; je n’avais que seize ans ; Je vous affirme que mon père fut persuadé qu’il me VTT une preuve “ d'affection et de vigilance en mettant auprès de moi une «seconde mère. » Elle avait vingt-huit ans; elle était jet douce et bonne ; je n’eus jamais rien à lui RP : Et pourtant, quoique je ne fusse ni méchante pi malveillante, je ne saurais vous dire la souffrance, la dep e | tion, l’amertume désolée que mw’infligeait la présence de cette étrangère à notre foyer... L’involontaire révolte perpétuelle que j'éprouvais à la voir prendre ma place, s'installer dans l’affection de mon père, tout changer dans notre existence, dans |’ aspect de notre maison, jusque dans l'extérieur, les pensées, les opinions de mon père... Que de fois J'ai pleuré, oh! pleuré si douloureu- | = sement en sentant que je me détachais invinciblement de # ; ‘cet homme nouveau qu’il était devenu... lui, le mari de l’étrangère, cet homme presque étranger lui-même, où je ne retrouvais plus rien de mon père à moi... pas plus à que je n'étais désormais chez moi dans cette demeure qui appartenait à sa fantaisie à elle et qu’elle modifiait comme elle avait transformé celui qu’elle m'avait pris... Et si l'enfant souffre ainsi du remariage de son père,
combien plus cruellement encore son cœur sera atteint s'il voit sa mère lui échapper !... s’il sent se glisser entre lui et elle — elle, trésor rue — d’autres préoceu- | pations, d’autres affections, la présence odieuse ou re- 4 doutable d’un homme étranger! 535 Ho a Lulien protesta : va 4 — Jamais je ne deviendrais HACUE à vos filles, Hen- ‘ie NT rielte !
Elle riposta, un peu pale
— Eh.bien, vous seriez dangereux, ce serait pis encore ! !... Tenez, depuis quelque LEUR, je me suis ape
ir “4
be
Th
12 ÉRRe té PAS T4:
dune tu Gendtai encore, s PL en était Fan renforcer: ma résolution de vous éloigner de nous. Mar-
2 Poe est amoureuse de vous...
- Julien eut une exclamation de mauvaise humeur et
AR Ar d’incrédulité.
— Marguerite? Cette gosse de onze ans !.. Madame Féraud poursuivit, sérieuse :
' 2 È , # r . f F — Marguerite pense à vous, est obsédée de vous... Et
cela, c’est ma faute... C’est parce que, malgré moi, sans n’en apercevoir, j'ai trop parlé de vous. Votre ombre s’est glissée dans notre intérieur. Ma fille vous a vu au
travers de moi, et son imagination de fillette nerveuse |
très tôt ÉaRe s’est enflammée... Elle vous adore et
Julien se récria :
— Mon Dieu, que vous êtes romanesque ! Quelle ima-
person Ra | 7
ne secoua la tête.
— Mais non, ce w’est que la simple réalité, murmurat-elle avec chagrin.
Il se rapprocha d’elle, d’un geste vif, attiré par la palpitation involontaire des narines de la jeune femme émue..
— Ehe-bien! alors, fit-il très bas, Andeminent ne devenez pas ma femme, mais soyez ma maîtresse !.… Je ne | Re jamais chez vous, vos filles ignoreront mon
vous déteste passionnément. Tout ceci ne sera qu’un feu de paille... mais, si javais la coupable faiblesse de vous
amener à notre foyer, la curiosité, la rancune s’en mèant, cette passionnette deviendrait dangereuse... Nous - nous heurterions à l’écueil le plus lamentable du rema-
riage d’une femme ayant déjà de grandes fillettes. La s belle-fiile en coquetterie avec le beau-père... la comédie honteuse, vulgaire... ou le drame eee qui déchire...
rez... vous me donneréz l'illusion péndant une ain. que
vous êtes mienne pour toujours!
Elle le regarda bravement, honhétement, tandis qu’une
rougeur légère s’épandait sur son épiderme resté frais comme celui d’une jeune fille. | — Je vous l’avoue .. J'ai parfois pensé à cela... par-
fois balancé..
Il eut un a S pat avec une sorte de violence : ï — Henriette ?..
Elle se recula a a et, la voix un peu alté-
rée:
— Eh bien! non, pas cela non plus!... Mes filles devineraient qu’elles ne sont plus seules dans mon cœur et ma vie, et je ne serais plus telle qu’il faut que je sois près d'elles. | :
: — Quelle folie !...
— Non, non! — Tout à l’heure, Suzanne m’a reproché de trop instruire ma fille... Je mets entre ses
mains, C’est vrai, des livres d’histoire naturelle très crus, même des romans d’amour, de passion assez réalistes. Je suis persuadée que cette connaissance précoce trempera son âme, mais à condition que ces lectures s’accom-
. plissent dans une ambiance de calme, de pureté absolue...
Au sortir des tableaux fictifs troublants du roman, il est nécessaire qu’elle rentre dans une vie réelle aussi ferme
que chaste... Alors, la petite effervescence équivoque qui l’a fugitivement visitée s’efface d’elle-mème... Je
pense que pour que l'enfant, fille ou garçon, s’élève sainement, conserve la vigoureuse chasteté d'esprit nécessaire pour lui modeler une âme et un corps vraiment vigoureux moralementet physiquement, il faut que toute ambiance passionnelle, quelle qu’elle puisse être, soit écartée de lui avec soin.
Julien eut un cri :
ane ds L ra E (MU
. Crest + la oncueet. . Eh bien! du le cas où E À père est là? Est-ce que les enfants d’un ménage Or- dinaire, ae. ne grandiront pas dans l'atmosphère amoureuse légitime de leurs parents? Est-ce que cela les pervertira ?.… Madame Féraud jeta avec vivacité : | — Appelez-moi folle si vous le voulez, mais je vous “4 répondrai : Oui, rien n’est plus amollissant, plus inti- | mement démoralisant pour l’enfant que la vue, la cons- | cience de la passion physique mutuelle de ses parents! que l’imagination, si vague et voilée qu’elle soit de leurs rapports qui, pour être légitimes n’en sont ie moins des actes passionnels.… .— Alors ?.…. | — Je vous l’ai dit déjà... Je crois que les êtres humains ne peuvent et ne doivent aimer que durant un temps relativemént court. Et, tout naturellement, sans regrets et sans sursauts, alors que le temps se passe sur leur liaison, que les enfants grandissent et deviennent clairvoyants, glisser à Paffection tranquille, à l’amical lien désexué qui ne saurait a dans Patmosphere familiale aucune lueur trouble. | Les yeux fixés sur Henriette. ses pupilles Pr ou ditatées, Dolle se pencha vers elle, essayant du magnétisme obscur de l’attouchement de sa main sur celle de la jeune femme, qui (PSS AIIHE tout entière à ce contact inattendu. È — Est-ce à votre âge, telle que vous êtes, que l’on profère de pareilles sottises ? dit-il à voix basse et passionnée. A vouez donc que toute femme et mère que vous êtes, vous ne vous doutez pas de ce que c’est que l’a mour!... Voilà pourquoi vous prononcez de telles fo- 1 lies |. Venez à moi, laissez mes bras vous enlacer, ma - bouche vous apprendre le baiser. Oh! soyez à moi, et
ne
femme. dos se tre no au bonheds. à ne È véritable ivresse de la vie !.. . Venez, Henriette, venez... Au fond de votre âme, vous me désirez comme je vous désire, . et pour vous mes caresses seront sans prix, comme pour moi les vôtres, rien qu’à les imaginer, me | rendent fou! Henriette !.. dites que \ vous voulez bien être mienne ? Ne 5 0
Sans le regarder, sans essayer de désaser sa main 4 inerte de l’étreinte brûlante du jeune homme, madame Féraud secoua la tête avec une négation inexorable. | “il la repoussa exaspéré et. se desn: i 1 — Ah! quelle femme êtes-vous donc?.….. Rien ne vous touche !... Rien ne vous attéint!..: : à: cs
Elle Dont avec tristesse : SNS — Vous savez que si. Mais je ne suis pas . celles qui accomplissent quand même ce 4 elles jugent blà- mable, voilà tout.
D'un geste ee il avait saisi le. siège. sur lequel He étail assis naguere, et le soulevant, il le proJeta sur le sable si violemment que les pieds de bois dos se rom- | pirent avec un craquement. 3 NE Alors, adieu! proféra-t-il, les dents serrées, dre une re et une rage aies Par votre obstination, votre détestable espèce de coquetterie glacée, vous venez de déraciner la seule petite fleur bleue —- ridicule, il paraît! — qui eût jamais poussé dans le jardin desséché de mon existence ! Désormais, c’est bien fini, je n°es saierai plus de demander à la vie et aux femmes € qu’elles ne sauraient donner ! LR Adieu t.
“Et, vindicatif, il ajouta, debout au ul de la à tente, très SE le masque tiré par un sourire mauvais : À — Je vous souhaite de ne pas, un jour, regretter vo-
Ca
u RE ne ne vos filles ne détachée de VOUS. 00m et l'autre mortel... - # Hi ii Ces paroles prononcées, il s’éloigna rapidement SUP Voies nu grève, sans un regard sur Hontiètlé Elle; n'avait 0e inême pas proféré un gémissement ni fait un geste ; les ‘ : mains abandonnées sur les bras de son fauteuil, les yeux ; clos, comme assommée par ce dernier coup impitoyable de l’homme qu’elle aimait, — bien que sans inclairà voyance et sans làcheté à son égard. | Pourtant, deux heures plus tard, les enfants rentrées : “à la villa, quelque temps encore devant s’écouler avant que la cloche du diner sonnât, Henriette s ’achemina a pas lents vers la pointe ho. où Julien Dolle s'était réfugié, sur laquelle l’on apercevait au loin sa silhouette immobile.
ryEllé parvint jusqu’à l'espèce de plate-forme révêtue ; d'herbe courte où il se tenait et s’assit silencieusement à ses côtés. Lentement, il se tourna vers elle et il lare- ER muet, toute acrimonie enfuie de sa physionomie, | comme elle non plus ne conservait aucune rancune sur son visage.
M leurs pieds, © était un dévallement brusque de roches de granit arides, brülées par le soleil et l'écla- TRS des vagues, qui, Re durant les tempè- .\ tes de l'hiver, escaladaient jusqu’à cette cime. En Das, AUS ï la mer remontante écumait sur l’éboulis du rocher, en à léchait les cassures, s’élançait dans les petites grottes d’où elle ressortait, gémissante et baveuse.
EtJulien parla, h voix apaisée.
__— Après tout, peut-être vaut-il mieux qu'il en soit | ainsi.
| Henriette eut un imperceptible tressaillement. Quelque chose s’elfondra en elle. Ce renoncement qu elle
| fille“ que lon adore avec une absolue chasteté... Je
280 roi L'AUTEDS uen avait voulu, imposé de toutes ses forces, était bien à prompt... ? te | D'ailleurs, ce petit désenchantement devait s nie we peu à peu, faisant place à une sérénité très douce, bien qu’un rien mélancolique.
Julien répétait : |
— Oui, vous avez eu raison, et Je vous remercie... parce qu'après une heure de la plus atroce souffrance que j'aie Jamais imaginée, je viens tout à coup de connaître la sensation la plus inattendue a la plus ineffable... Inaccessible, inattaquable, en votre fermeté pourtant si tendre, vous m'êtes apparue comme l’Amié, la Femme unique, incomparable... une sorte de matérialisation de toute cette sorte de féminité — sœur, mère,
vous ai aimée, je vous aime en cet instant de ma vie avec une ferveur inouïe. Sans doute, demain, plus tard, cette impression s’effacera, ma rancune reviendra. : Je me révolterai et je me désespérerai de nouveau... et ma déception m’incitera à chercher en votre refus des raisons médiocres, des petitesses… Vous redeviendrez pour à moi celle que Pon désire et pour laquelle parfois l’on se. sent presque de la haine... Mais, .ce soir, je vous aime parfaitement, d’un amour pareil au calme grandiose de l’atmosphère qui nous enveloppe... Rien ne me paraît plus exquis que cette communion d’âme absolue que je sens établie entre nous — pour une minute fugitive, c’est vrai, mais dont néanmoins je suis persuadé que is nous garderons le souvenir étonné et ravi tout le reste. 4 de notre vie. A.
Elle ne répondait pas, et ae il la savait intime- 1 ment liée à sa propre pensée ; il poursuivit ;
— Evidemment, dès que le charme de cette heure . sera rompu, je recommencerai à taxer vos idées duto-
PE sr ET [A4
pie, mais j'espère néanmoins ne point perdre en entier le souvenir de les avoir pénétrées et partagées. d’en avoir ressenti passagèrement toute la si rare douceur. : - Je vous aime, à présent, Henriette, comme je devine " que vous voudriez que s’aiment des époux encore dans 5 la force de l’âge et chez qui, néanmoins, a disparu la 2 tyrannie de la sexualité, vaincue par une cérébralité se- a. reine. Oui, je vous remercie de m'avoir fait connaître ce sentiment bizarre et doux... de respect, de paix, de sécurité en même temps que de tendresse si profonde... d’allègement, en quelque sorte, de n’avoir plus à subir le despotisme de la préoccupation passionnelle... et 4 cela, auprès d’une femme éminemment désirable} pour laquelle je venais d’éprouver la colère la plus aiguë et la plus complexe qu’un homme puisse ressentir... Com- ment êtes-vous arrivée à ce miracle, c’est ce que je me demandais tout à l'heure. Et, je crois que j’ai trouvé le de secret de votre influence. C’est parce que vous êtes par- __ faitement bonne et tendre sous vos dehors austères et
votre rigidité inflexible. EE Madame Féraud hocha la tête. | FT — Je parais souvent pédante... parce que, vivantà
l'écart du monde, j'ai plus l’habitude de causer avec des livres qu'avec des vivants. — Bonne ?... Je ne sais pas si je le suis... [l y a des êtres beaucoup plus sensibles que moi... et ma pitié prend souvent une forme qui n’est pas comprise de tout le monde.
Il Pinterrompit par une question soudaine.
— Dites-moi : est-ce que je vous parais un honnête homme? ::
Elle répondit avec une franchise affectueuse : 2100)
— Dans un autre milieu, avec des influences différen- De tes, je crois que vous fussiez devenu un homme remarquable par la force et la dignité du caractère... Tel que d
des. circonstances vous ont mode
suadez qu’il ul parfois se be sous 1 néc ssil dégradantes “i nn certaines OURS
| pour arriver que ceux qui recherchent tous les moyens + de parvenir. ; ne ‘A - Il s’écria avec vivacité : NUTEARS 1 — N'est-ce pas une vérilé 2 Our. voyons nous esca- “
lader les sommets, dans Atélque Ge que cesoit?...
Res
Quels.sont les talents réels, les valeurs certaines et mo- à destes qui s'imposent ?.… RS LÉ . Elle s’arrêta tout à coup et étendit la main , montrant | l'horizon de la mer et du ciel dont le vert et le bleu in tial se confondaient par une série de nuances d’une incomparable douceur veloutée. 4 —— Voyez ce spectacle de beauté indicible qu’à Shane nu dy minute. dans le temps, les choses nous offrent avec une. 5 Le 1 indifférente sérénité... . Pourquoi ne nous contenterions- ë ÿ __‘ nous pas du bonheur discret, et pourtant si MTS et si Le profond d’atteindre, même en silence et à écart, à à Va À dorable harmonie du Beau et du Bien ?.. . Que nous im- porte le suffrage des autres, du moment que nous avons É la secrète sensation de ce que, Dos neue inCcom- | LEE nous avons parfois réalisé ?..
" Julien Dolle objecta : FH 71008 à — En somme, n'est-ce pas simplement magnifier DA adoration du Moi, que se contenter D trios but. : F4 0 Hénritile songea. | :
in 4 .— Il me semble que non... Drillue nn vis-à- -vi É à cu de. soi-même, coment n pose on pas les imper ‘2
P Lo
| ia y a Le ke Béruté et de la ] joié nie dit- elle y Ar nos dans devoirs les ee austères. a
Depuis huit ] jours, ‘Suzanne Castély était fhstallés Fe la luxueuse maison de santé du docteur Julien Dolle, : ouverte avenue Victor-Hugo, tout proche du square Lars martine. Elle attendait impatiemment que le chirurgien” ‘
“a déclarât l'heure propice pour son opération. Nr
au Douze autres chambres étaient occupées par des clien- |
4 tes qui pouvaient presque se réclamer du vrai monde, ‘4 et la publicité coûteuse habilement semée autour” : | = l’ouverture de la clinique semblait devoir apporter d’ex- ;
1 cellents et de prompts résultats. La Aussi, le docteur Dolle était-il résolu.à donner le plus : fe d’éclat possible à l'opération de Suzanne, «Cla femme de - . l’un de nos grands dramaturges de l’avenir ». Cela pis 4 nt “ curerait en même temps un fraternel Coup d'épaule à Aa Poe l'ami Castély, dont le nom, grâce à la maladie de s4 nos femme, serait rappelé avec une insistance adroite dans ‘tous les « communiqués » à la presse. DL 2e
Ce matin-là, Robert se rendait rue Fontaine, noue ment à l’ancienné maison de Madeleine Jaubert, di
ut dorés se ue thés lui. jl laissait pressentir : un. pres de collaboration qe avait tout de suite > fait
sourde irritation, que Robert revenait vers ce 1 Mie naguère il pensait ne nr jamais devoir franchir le de
ne Sa première pièce. : Les angoisses, les dé- .
“et qe homme vraiment nouveau était né en ss depuis ces. instants qui lui paraissant déjà si profondé-
> ee comme il noble Le voûte du por- te che et approchait. de la loge de la concierge, le souvenir TA ui revint de cette autre DCE, er se nommait-
elle? Oui, Cécile, cette fillette frêle et pâle qui S’é- . ne dans ses bras si Has le jour de l'en |
il questionna malgré lui: ee Sat . = Vonefleér Nes .
né concierge éclata en dre | ii: — Morte, mon cher monsieur, morte, il y a six se-. sa maines passées, déja! . ROSE Li ie recul: 2 Morte? ren se .
se . D’ un geste familier et es elle invite à entrer : à : ue Oh! ! je vous en prie! Faites-moi os quels ques instants. es tant parler d'elle !.… Se Il obéit machinalement, avec un regard autour de L é 6 “troit logement, s ’attardant à à de menues reliques dévote- se e È ment conservées par la mère: la photographie de da | jeune fille, très ressemblante, avec son sourire puéril | et/ ie ses yeux à réveuse, aux doigts agiles et au cerveau | inoccupé ; plus loin, pendu à la muraille, son petit ta - blier de percale rose à volants ; un corsage non à terminé posé sur fa table à ouvrage... N se Bas, les yeux secs, aux paupières tremblantes. et en . he par trop de larmes, la vieille femme ie avec U une volubilité fiévreuse : Per a :
— Elle s’est tuée, mon cher monsieur !.… Ma Dents fille, ma pee Cécile chérie s’est née Le à vous qui
He tout, et ça me re car, avec le A il faut que je me taise... il faut que je mente, pour, ne Re a Pa o déshonorer auprès des gens! à parce qu'elle était enceinte L.
Elle! OS sage !..
a ques son corps n° y : soit pas pe de, longtemps. Mot, à in 7.84 mère, Jai dû lire cela, monsieur. Mon sang n’a fait F qu’un tour. ï ai été éblouie et je suis tombée là, par terre... que je ne sais pas comment mon crâne ne : est «pas trouvé fendu de pan ma chute Er Rs je suis re
on Le voisines qui. me süignaient m'ont cru bo : lorsque j Je me suis écriée que je voulais aller reconnaître ù le cadavre de ma fille là-bas, à la maison des noyés. etil paraît que je suis retombée plusieurs fois, les sentiments perdus. Pendant tout cela, la nuit était venue. On finit par me céder… On amène un fiacre… Il y avait. un cheval blanc. et ça a été pour moi le dernier coup, car les animaux de cette couleur ont toujours conduit le hour Qour moi. . À la Morgue, porte née et
“rent. Ah! monsieur, do nuit! Et, e parle le enfers ?.. À . Monsieur, je vous réponds qu’il y en a qui les ont connus sur terre! . J'avais renvoyé les personnes : qui. om ’accompagnaient.… J aurais battu, assassiné, ceux 4 me disaient de bonnes paroles... : l’ensez donc !.. Ne