Recueil général des sotties, éd. Picot, t. 1, p
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cas ». Que l'on compare l'expression de « bourdes en paiement » avec celle de
paroles en payement À rendre au jour du jugement (1590-91)
par laquelle Pathelin désigne le manège du berger, son client.
Il est probable que les vers en question de la Folie des gorriers devaient être saisis par les auditeurs comme une allusion à la Farce de Pathelin. Or, la Folie des gorriers porte la marque d’une époque toute proche de la Ligue du Bien public, c'est-à-dire de 1465. En effet, nous y lisons ces deux vers :
D'une picque On me bailla ung tel soufflet Sur le chef, pour le bien publicque. (21-23)
L'acteur qui prononçait ces mots se frottait certainement la joue comme s'il y retrouvait la chaleur du horion encaissé pendant les beaux jours de la Ligue. Aussi est-ce avec raison que l'éditeur de la Folie des gorriers, M. Picot, place vers 1465 la composition de cette pièce.
Quoi qu'il en soit, la lettre de rémission de 1469 nous fournit un terminus ad quem assuré. Le {erminus a quo a été mis en évidence par Holbrook. Nous ne pouvons mieux faire
que de le citer :
Lorsque le Drapier affirme que Trestout le bestail est peri Cest yver par la grant froidure (Path., 244-45),
à quel hiver fait-il allusion ? Ou bien cette grant froidure est-elle imaginaire? |
A mon avis, cest yver est l'hiver de 1464: « En l'an mil IIIISCXIIII, l'iver fut grant, si grant n'avoit esté passez estoient XXX ans, et furent les neefz plus grandes qu'on ne les avoit veues de memoire de home » (Chronique du Mont Saint-Michel, éd. de la Société des anciens textes français, p. 67).
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L'hiver de 1435 fut aussi fort sévère : « La neige tomba pendant quarante jours... Il fit alors bien froid; des arbres moururent et les oiseaux se réfugièrent dans leurs troncs» (P. Champion, François Villon, 1, 22-24). Mais comme on le verra plus loin, il y a plusieurs faits qui nous obligent à rejeter cette date (1435) en faveur de l’autre (1464), la seule possible si l'allusion est réelle.
Si cest yuer n'avait pas été marqué par une froidare assez sévère pour tuer (resloul le bestail, non seulement cette allusion aurait manqué de sel pour les premiers auditeurs de notre farce, mais (ce qui est encore plus à propos) l’auteur ne se serait guère avisé de la faire. Le fait même qu'une telle froidure s'était fait sentir et qu'un chroniqueur la consigne pour un hiver qui a précédé de si près la première allusion incontestable qu'on ait trouvée pour marquer le {erminus ad quem de l'époque dans laquelle notre farce a pu paraître vient appuyer ma thèse. Correspondant à un événement suffisamment frappant pour qu'il fût consigné, comme notoire, dans une chronique, cette allusion n'aurait pas manqué de plaire! ».
Ainsi Pathelin a paru entre 1464 et 1469.
De quel point de la France est issu l'homme qui, entre 1464 et 1469, écrivit Pathelin? Deux ordres de données internes nous semblent pouvoir nous renseigner, avec des degrés de probabilité divers, sur cette question : les faits de langue et, surtout, les faits proprement sociaux, c’est-à-dire les indices tirés des us et coutumes. |
Excepté quelques passages où l'Avocat, jouant le délire, jargonne et patoise diversement, la Farce de Pathelin est écrite en français ou, dirait le Drapier, «en chrestien ». Aignelet lui-même, ce rustre, parle français. Il y a pourtant, dans notre farce, des traces ou, si l'on veut, des réminiscences dialectales qui sont comme l'accent d’un terroir dont l’auteur ae peut se déprendre tout à fait. Sa mémoire dialectale semble parfois hésiter ou choisir entre des formes voisines et qui lui
1. Etude sur Pathelin, pp. 81-82. La date de Holbrook est acceptée par Foulet, Rom., t. 45 (1919), p. 544.
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sont également familières. Or, cette hésitation ne se produit guère qu'entre deux parlers régionaux : le picard et le normand.
Par exemple, dès la première page de l’imprimé de Le Roy, aux vers 19 et 20, nous sommes frappé par la rime piece : despesche, rime curieuse et qui est surtout fréquente dans les textes picards et normands !. Cette rime mérite d'autant plus de nous arrêter qu'en général Pathelin rime richement. Qu'on observe seulement les autres rimes de la même première page : Guillemette : mette ; ramasser : amasser ;.. advocassaige : saige ; souloit : vouloit ;.… territoire : auditoire; maire : grimaire. Nul doute que la mémoire dialectale de l’auteur, quand il écrivait piece : despesche, ne lui soufflât pour piece une prononciation qui ne peut être que picarde ou normande. Quant au phonème ie : e qu'implique cette rime, il est bien. picard. Mais il se retrouve aussi chez des auteurs normands ainsi que nous le verrons à propos de la rime pierre : guerre de Pathelin.
De même le subjonctif donge de donner attesté par la rime songe au vers.720 est une forme surtout normande mais qui se rencontre aussi en Picardie ?.
Cependant, plutôt que vers la Picardie, c'est vers la Normandie que d’autres traits linguistiques du Pathelin font pencher la balance. Ainsi la réduction de vous à ous impliquée dans le vers 327 est, suivant l'observation de Paul Meyer, un phénomène particulièrement fréquent dans les textes normands 3, La contraction de avez vous en av'ous qui se rencontre plusieurs fois dans le Pathelin (621, 1256, 1436) est. une forme qui s'est généralisée de bonne heure mais que
4. Rom.,t. 25 (1896), p. 323; Gertrud Wacker, Ueber das Verhälinis von Dialekt und Schriftsprache im Allfranzôsischen, Halle, 1916.
2. Nyrop, Gramm. hist., t. II, 834; G. Willenberg, Hist. Untersuchung über den Conj. Praes., Strasbourg, 1877, p. #27. Sur donge dans les. patois normands actuels, voir Moisy, Dict. du patois normand, p. LXXXVII.
3. Rom., t. 18 (1889), p. 71. Cf. les exemples, pour la plupart normands, cités par Tobler, Verm. Beitr., 12, p. 290.
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cependant un auteur contemporain de Pathelin signale comme normande !. Av’ous est un des traits linguistiques que l’éditeur moderne de la la farce du xv° siècle dite de l'Arquemination, M. Picot, relève à l’appui de la provenance normande de cette farce. Enfin av’ous est donné par les lexiques du patois normand comme très caractéristique du langage local 2.
À propos de la rime fois (latin vicem) : fais (fäcio) aux vers 483-84 et 579-80, il est curieux de noter que l’auteur en a lui-même accusé le caractère normand. En effet, dans le passage en patois normand, fois est traitée exactement comme dans les rimes du texte « normal ».
| je beree Voulentiers a luy une fes!
Comment peult il porter le fes... (899-901)
Î va sans dire que notre homme rimera paye : voye ; paye : desvoye, etc. (341, 363). Même si ces formes, d'abord normandes, se sont généralisées déjà au xv° siècle, la constance avec laquelle l'auteur les emploie nous semble un indice à noter. Il reste de même tout à fait conséquent dans l'usage de vecy et de vela. (Voicy et voila sont absents de la Farce de Pathelin.) Or, cette constance dans l'emploi de vecy est un des traits dialectaux que M. Joret relève dans les Chansons normandes du X V® siècle 5.
Une graphie comme se pourte pour se porte au vers 104 a des chances de ne pas être un accident. Or, c’est là un phonème qui, de même que les formes nasalisées comme omblyer pour oublier (au vers 94), se retrouve surtout chez les auteurs normands Alain Chartier, Guillaume Alecis et, plus tard, Vau-
1. Pierre Fabri, Le Grand et vrai art de pleine rhétorique, éd. Héron, LIT], p. 132.— Behrens, Zeit. f. rom. Phil.,t. 13 (1889), p. 408; Tobler, Verm. Beitr., 1?, n° 38.
2. De Beaucoudray, Le Langage normand au début du XX° siècle, Introduction, pp. 6 et 7.
3. Joret, Des caract. et de l'extens. du patois norm., 1883, p. 130.
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quelin de la Fresnaye {Foresteries, II, 9) !. Quant aux formes extensives que nous offre le Pathelin comme esbaubely (988) et barbelote (935) pour esbauby et barbote, elles sont tout à fait dans les habitudes du parler normand *.
La rime pierre : tromperre : querre {159-60; 1256-57) mérite de nous arrêter. Elle est fréquente chez des versificateurs normands comme Pierre Gringoire et Guillaume Alecis à.
Plus curieuse est la rime escume : estime (970-71). Elle nous semble assez rare pour qu'il soit instructif d'en relever l'analogue dans une des éditions de l'auteur normand du B1l2- | son de faulses amours, qui rime estime et coustume !.
Enfin, les métaphores dont le Drapier se sert presque coup |
sur coup pour caractériser Pathelin, « advocat d'eaue doulce » (156) et « advocat a trois leçons et a trois pseaulmes » (771), sont toutes deux des expressions d'un pays de côtes. La première est faite sur le modèle du très maritime « marin d'eaue : doulce ». Quant à la seconde, elle est de la côte normande : « À quel usaige° (dist Gargantua) dictes vous ces belles heures ? A l'usaige (dist le moyne) de Fecan, à troys pseaulmes et troys leçons, ou rien du tout qui ne veult ». Il ne faut pas oublier que c’est surtout depuis Pathelin et Rabelais que ces expressions sont devenues proverbiales, et qu'à l’époque où l'auteur de notre farce les employait leur sel normand ne s'était point encore évaporé.
En somme, bien que la langue de Pathelin ne permette pas de localisation, elle semble évoquer la Normandie avec plus
4. Cf. Ch. Oulmont, La Langue de Pierre Gringoire, p. 131. — Le Coup d'œil purin (rouennais), p. 35; La Fricassée, p. 20. Omblyer a survécu dans les patois normands; cf. Moisy, Joret, etc., et l'Atlas linguistique de la France, art. oublier.
2. Cf. enguillebauder (de guiller, tromper), eplapourdir, embrelucoquer dans Moisy et le nom même du recueil populaire normand : La Friquassée croquestillonnée.