‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 16 sur 67 · Voir ci-dessus notre Critique des attributions · texte numérisé non relu

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personnes » !. Petites revues à petits ragots de plumitifs et de robins. Comme nous sommes loin de Pathelin! Quant à la scène du tribunal telle que nous la donne Pathelin, elle fait encore mieux paraître ce que la thèse basochienne a d’inconsistant et de superficiel. Dans cette scène la sobriété du cadre et du langage juridiques est extrême, quasi schématique: un juge en tournée qu'on attend vers six heures, qui vient, écoute, ne comprend rien à ce qu'on dit, rend son arrêt et s'en va. Croit-on qu'un auteur basochien se fût contenté d’un si simple appareil? Même si des nécessités pratiques et d'économie réduisaient le cadre extérieur à ce peu de chose, est-ce qu'un auteur basochien ne se serait pas payé d'un luxe de formules techniques et de plaisanteries professionnelles? Or dans la demi- douzaine de formules techniques employées dans le cours de Pathelin il n'en est pas une que ne pouvait connaître n’importe quel « profane ». On en trouverait autant dans les poètes qui n'ont rien à voir avec la Basoche. Quand Charles d’Orléans, par exemple, parle amour il emploie plus de locutions légales que l'auteur de Pathelin lorsqu'il parle procès. Dans la conclusion de son ouvrage sur la Comédie en France au moyen âge, M. Jacobsen dit que les pièces de la Basoche « portaient naturellement une empreinte professionnelle qu'il est très facile le plus souvent de reconnaître ». Cette empreinte professionnelle on la chercherait vainement dans Pathelin. Ainsi, en attribuant ce sobre chef-d'œuvre aux scribes, clercs et tabellions du Palais, on s'est montré plus basochien que la basoche qui, elle, ne l'a jamais revendiqué et qui l'eût fait avec éclat si elle eût senti là une production de son terroir et de son cru.

A notre sens, seul un milieu fermé, défendu contre les regards du dehors, explique et les précautions de l'auteur de Pathelin pour ne pas être connu et la façon dont il y a réussi. Et ce milieu n’est pas celui des gens du Palais mais bien celui

des gens d'église. Pour étayer notre thèse nous avons un terme

© 4. De l'origine et l'établissement du Parlement et autres juridictions royales estans dans l'enclos du Palais Royal de Paris, 1612.

Go ogle

très précieux de comparaison dans la littérature contempo-

raine : le cas des Quinze joyes de mariage. C’est là, au fond et quand tout est dit, le seule œuvre humoristique du xv° siècle qui, aussi célèbre que Pathelin, soit restée aussi anonyme que lui. Or, tout ce que nous savons de l’auteur des Quinze joyes c’est qu'il était homme d'église. Lui-même nous le dit. Mais précisément cette confidence ne nous explique-t-elle pas que nous ne sachions rien de plus sur son compte?! Et n'en seraitt-il pas de même pour l’auteur de Pathelin ?

À côté de la discrétion de l’auteur, de cette application à rester inconnu qui nous semble dire l'homme d'église, il est un autre caractère de Pathelin qui vient puissamment confirmer cette thèse : c'est l'extrême, l'exceptionnelle décence de l'œuvre. Ce trait a frappé d'autres observateurs avant nous. C'est ainsi que Karl Mantius écrit: « Nous ne rencontrons aucune espèce d'obscénités dans la plus célèbre de toutes les farces, celle de Pathelin ? ». En fait il y a dans les 1600 vers de Pathelin trois mots — sans plus — dont pourrait s’effaroucher un lecteur qui n'aurait pas lu Rabelais... ou les sermonnaires du xv° siècle. De ces plaisanteries érotiques qui s’étalent dans les farces de l’époque il n’y en a point. Très instructive à cet égard est la comparaison de notre farce avec les imitations qui en furent données peu après : le Testament de Pathelin et le Nouveau Pathelin. Dans la première de ces pièces le thème est une confession burlesque où figure un prêtre dérisoire et où abondent les plaisanteries les plus vertement obscènes. Quant au Nouveau Pathelin, voici ce qu'écrit à son sujet un

4. Les Quinze joyes de mariage, fac-similé de l’éd. princeps, éd. Heuckenkamp, Halle, 1901. C'est dans la préface que l'auteur nous dit qu'il n'est pas marié « pour ce qu'il a pleu a Dieu me mectre en autre servage hors de franchise que je ne puis plus recouvrer ». Cet indice, soit dit en passant, disqualifie Antoine de la Sale comme auteur possible des Quinze Joyes. — On ne peut regarder comme vraiment anonyme le recueil des Cent nouvelles nouvelles, puisque chacune des histoires qui le composent est attribuée, à tort ou à raison, à un personnage désigné. D'’eilleurs il ne s’agit pas ici d'un ouvrage aussi vraiment original que les Quinze joyes et Pathelin. |

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