Cf. Hist. litt. de la Fr.,t. XXII
3. Roland (Path., 26-27); Baudouin de Sebourg (Path., 18); Renouart au tinel (Path., 886).
&. E. Faral, Mimes français au XIIIe s., 4910, pp. 1408-11. Cf. les vers 68-70 et 126-928 de ce mime avec #12-27 et 1741-72 de Pathelin, où le rapport est net et précis.
supériorité qu’accuse l'œuvre la plus récente dans le traitement du thème. Il y a pourtant dans la farce du vieux Deschamps une vigoureuse pochade de l'avocat dont notre auteur a pu s'inspirer !.
Mais plus curieux que ces réminiscences nous paraît le fait qu'à deux reprises l’auteur de Pathelin semble s'être complu à nous indiquer lui-même deux de ses sources. Aux vers 438 et suivants, Guillemette, après avoir entendu son mari lui raconter comment il a « happé et blasonné » le drapier, lui dit :
Il m'est souvenu de la fable Du corbiau….
Cette fable, elle la débite posément en toute une page de vingt-quatre vers, et 1l y a là quelque chose comme une insertion trop littéraire qui arrête un peu l'action si ingambe de la pièce. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher de penser que l'expression de Guillemette, « il m'est souvenu de la fable », est une de celles où le personnage nous fait la confidence de l'auteur. Et en effet toute la scène du marchandage entre l'avocat et le drapier est bien la mise en action dramatique de la fable du corbeau et du renard ?. Si vraiment, comme nous le croyons, c’est bien ici l’auteur ‘qui parle pour son propre compte, il y aurait là la coquetterie d'un maître qui se flatte d’avoir bâti sur le sec canevas d’une simple fable toute une scène riche et savoureuse qui est, en somme, le tiers de sa pièce.
Chose curieuse, la même Guillemette s'est aussi chargée, tout au début de la pièce et presque dans les mêmes termes, d'attirer notre attention sur un autre « souvenir ». Pathelin vient de dire en quelques vers alertes sa déchéance piteuse et d'évoquer le temps où il avait des clients :
Or vis je que j'avocassoye (5)
1. Voir surtout les vers 1417-27 de la farce de Deschamps. 2. C'est surtout de l’Ysopet de Marie de France que le texte même de la fable telle que Guillemette la dit est inspiré.
et Guillemette s’écrie :
Par nostre Dame, j'y pensoye, Dont on chante en advocassaige.…. (6-7)
Ainsi placé au début du poème et rapproché de celui où Guillemette « se souvient » de la fable du Corbeau et du Renard, ce « pensement » de Guillemette nous a donné à réfléchir. Nous nous sommes demandé si, là aussi, ce n’était pas l’auteur plutôt que Guillemette qui parlait. Nous n'aurions peut-être jamais réussi à contrôler cette impression si un érudit ! à qui nous en faisions part n'avait attiré notre attention sur un manuscrit du x1v° siècle dont le titre offrait avec les paroles de Guillemette une curieuse analogie : l'Advocacie Notre-Dame. Or cette œuvre — d'origine essentiellement normande et cléricale — avait beaucoup de choses à nous apprendre. A l'analyse elle s’est révélée la source la plus certaine et la plus abondante, — bien que la plus insoupçonnée, — de Pathelin. Mais cette source et les circonstances qui l'entourent éclairent, comme on verra, bien autre chose que le milieu et la forination de notre auteur : l'identité même de notre homme. Aussi en remettrons-nous l'étude à la seconde partie de notre exposé.
En conclusion, Pathelin ne peut être l'œuvre d'aucun des auteurs à qui on l’a attribué jusqu'ici. Le problème n'a pas été résolu parce qu'il a été mal posé. C'est d'abord dans l’examen des données internes de l'œuvre qu'il aurait fallu en chercher la solution. Ces données nous renseignent sur la date de Pathelin : entre 1464 et 1469 ; sur le lieu d'origine de l'auteur : la Normandie ; sur son milieu : celui des gens de « religion ». |
1. M. le chanoine Ch. Guéry, dont nous aurons à citer les travaux.