‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 22 sur 67 · À. — PATHELIN ET GUILLAUME ALECIS L'HOMME · texte numérisé non relu

À. — PATHELIN ET GUILLAUME ALECIS L'HOMME

Par les approches qui ont fait l'objet de la première partie de cette étude nous avons gagné plus de terrain qu'il ne paraît. En effet, si Pathelin se place dans le temps entre 1464 et 1469, dans l’espace en Normandie et dans l'esprit « en religion », nous avons là une série de recoupements qui délimitent avec précision le champ des possibles.

Pourtant, si Pathelin pouvait être le fait de n'importe quel rimeur florissant entre 1464 et 1469 dans un prieuré ou un monastère normand, notre enquête serait encore loin de son terme. Mais ici intervient un indice qui est un des plus essentiels parmi ceux que l'œuvre nous livre sur son auteur : le talent que cette œuvre révèle et qui se combine avec ce qu'un peintre appellerait « la patte », le métier. « Cet inconnu sait écrire, écrire en vers (talent rare et difficile) , 1l sait composer, tandis que la plupart des œuvres du moyen âge sont gâtées par un défaut choquant, l'inégalité, par les redites, les longueurs, la diffusion, l'obscurité, les disparates de ton et de goût. Pathelin, d’un bout à l'autre, est composé avec proportion ; il se développe avec une verve, un entrain, une gaieté soutenus ; il offre un dialogue ferme, brillant et pur, que peu d'œuvres comiques possèdent au même degré. Une pièce aussi achevée peut-elle être l'unique ouvrage et le coup d'essai d'un inconnu ? ! » A cette question le simple sens commun répond : non, Pathelin n’est pas un coup d'essai. Il y a en lui une sûreté technique qui ne peut être le fait d’un amateur

4. Petit de Julleville, Là comédie et les mœurs... au moyen äge 1886, p. 231. XVII 5

heureux. Sobre économie des moyens; élégance quasi mathématique dans l’emboîtement des divers moments de l'action ; discrétion des effets, qui ne sont jamais soulignés de grosse encre mais laissés au lecteur pour les comprendre comme s'il les créait lui-même ; science de la vie et des hommes : tout cela est dans Pathelin.

Mais le plus positif des indices de métier et d'expérience c'est encore la versification. Notre homme s'est fixé à luimême des lois exactes et dures et il se fait un jeu de leur obéir, si bien qu'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, son aisance ou ses scrupules. Par exemple, dans le cours de la pièce, sauf de très rares exceptions, le premier vers de chaque riposte d'un personnage rime avec le dernier vers prononcé par son interlocuteur, dispositif destiné sans doute à aider la mémoire des acteurs, mais dont aucune autre farce du temps n'offre une application aussi savamment rigoureuse. Ainsi, dans Pathelin, sauf encore de très rares exceptions (dont le vers terminal), le nombre de vers entiers que débite chaque personnage est un nombre pair !. Au reste, comme on l’a souvent signalé, le nombre total des vers de Pathelin est un nombre päir : 1.600. Il paraît probable que l’auteur s’est complu à arrondir ainsi en centaine le chiffre de ses octosyllabes. Or, à ce propos, un érudit allemand— qui ne croyait pas si bien dire — a rapproché Pathelin du Blason de faulsesamours, lequel a 1.500 vers, abstraction faite d'une strophe où l’auteur, Guillaume Alecis, donne son nom par acrostiche ?. Quant aux rimes que le poète de Pathelin enchaîne avec un tel soin, elles sont d'une richesse qui a frappé tous ceux qui ont étudié la versification de la pièce. « Les rimes riches, équivoquées et léonines abondent... Il n'y a pas une seule rime masculine simplement suffisante ou pauvre dans tout Pathelin 3 ». C'est

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