Leo Jordan, loc. cit., p
GUILLAUME ALECIS L'HOMME 67
là un des caractères techniques qui distinguent le plus nettement notre farce des œuvres du même temps et du même genre. Tandis que Pathelin compte environ 400 rimes riches, « Werner n’en trouve qu’une douzaine dans les 4.100 vers des trois farces contemporaines (Marchandise, Pou d'acquest, Gens nouveaux) qu'il a étudiées { ».
Mais ce qu'aucune statistique ne montrera jamais c’est l’aisance souveraine avec laquelle l’auteur s'est joué de ces difficultés. Pour notre part nous avons été frappé de voir que dès le début — et là plus qu'ailleurs — le poète prodigue les rimes léonines. On dirait qu'il s’est complu à mettre dans les quarante premiers vers environ sa griffe de technicien comme une signature de maître. Et c'est, nous semble-t-il, à luimême que ce rimeur sans égal applique le vers qui termine
le passage :
On ne sçaura trouver mon per. (43)
Cependant, bien que cette virtuosité paraisse s'accuser avec intention dans la partie qui constitue les deux premières pages du vieil Imprimé de Le Roy, la farce entière est versifiée avec un art et un soin remarquables. L'auteur donne l'impression d’un homme qui fait de son vers ce qu’il veut : il enjambe et bondit d’une ligne à l'autre avec une prestesse sans égale, sème les allitérations, les calembours et les onomatopées, pratique des brisures et des raccords parejllement savants dans le jeu du dialogue, enfin se joue à mettre en vers d'une technique homogène les jargons les plus baroques et les plus bariolés. Et, cependant, ni le sens, ni le naturel ne perdent rien à cette gymnastique risquée. Dans tous ses tours de force il n’y a rien qui sente la douloureuse mécanique des rhétoriqueurs de son temps. S'il y a chez lui la rime il ya aussi la raison. Étrange auteur décidément, qui a mis à rimer une farce les scrupules et la virtuosité d’un parnassien ! Mais, surtout, combien il est évident que nous avons à faire à un