‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 27 sur 67 · Cf. Les petits Bollandistes, t. III, p · texte numérisé non relu

Cf. Les petits Bollandistes, t. III, p

2. Cf. Emil Winkler, Kais. Akad. der Wissenschaften in Wien, Philos. hist. Klasse, Silzungsberichte, t. 186 (1918), où a été publiée l'œuvre de Vaillant. Sur ce dernier, voir l'article de Pierre Champion dans l'Histoire poétique du XV* siècle, 1923, qui a donné à Vaillant une rare intensité de vie.

l'A B C des doubles et on retrouve dans le poème d’Alecis, suivant l'observation des éditeurs, toute une série de rimes équivoquées sur corne, cornard, etc., identiques à celles de la Cornerie. Nous croyons que la Cornerie et l'A B C ne sont pas seulement des productions analogues mais des productions concurrentes et rivales. Ainsi s’expliquerait le soin tout particulier qu'a pris Guillaume Alecis de dater son 4 BC et de le dater en spécifiant que c'est par précaution contre « faulse vieille envie, mauldicte vermine » (1272-74). Nous ne saurions décider qui a eu vraiment la priorité de la Cornerie ou de l'A BC, mais il nous suffit de montrer que c'est probablement à Vaillant que l’A B C fait allusion. Si nous ne nous trompons, Alecis aurait eu vent que Vaillant en donnant au public sa Cornerie s’attribuait le mérite d'un genre dont lui, Alecis, croyait avoir fourni le modèle dans son À B C. Au reste ni Alecis, ni Vaillant ne pouvaient réclamer l'honneur — à nos yeux bien médiocre — d'avoir inventé ces douloureuses amusettes. Le rhétoriqueur Michault Taillevent avait été dans son Passe temps leur inspirateur à tous deux. Et précisément c’est de Michault Taillevent que se réclame Alecis dans les premiers vers de son À B C. Or c'est peut-être son admiration pour Michault qui nous fournit l'explication du passage où il prend à parti le faux ange Gabriel pour son « contredict ». En effet, un peu avant l’À B C, Vaillant avait publié un « contredict » de Michault sous le nom de Contre passe temps 1. Il semble bien que ce puisse être là l’actualité littéraire à laquelle l'A BC fait allusion au vers 718 :

Son contredict il fait delivre.

Enfin, nous aurions une curieuse contre-épreuve de notre con- Jecture dans des vers de Vaillant lui-même où il nous semble entendre l'autre son de cloche, ou pour mieux dire de corne,

1. Cf. Romania, t. 18 (1889), pp. #39 et 644 ; G. Doutrepont, La Litt. fr. à la cour de Bourgogne, 1909, pp. 321-23 ; Pierre Champion, Hist. poét. du XVe siècle, art. Vaillant.

Go ogle

GUILLAUME ALECIS L'HOMME 73

du poète de la Cornerie. Ce dernier en effet, dans son Débat des deux sœurs ou Embûche Vaillant, écrit :

Car tel ressemble un doulx ymaige, Faignant estre bon sous la robe,

Qui porte aux dames grand dommaige Et d'honneur souvent les desrobe !.

Ge passage s'applique à Guillaume Alecis avec une curieuse précision. En premier lieu, l'expression de bon sous la robe dont se sert Vaillant suggère le surnom de bon moine que portait Alecis. D'autre part, ce dernier a écrit les Faintes du monde, ouvrage satirique dont nous aurons à nous occuper. Or, Vaillant, dans le passage en question de l'Embusche, en employant les termes faignant et tel... qui évoque à la fois le titre et la forme des Faintes dont presque toutes les phrases sont faites précisément sur ce patron fel... qui. Enfin l’allusion que fait Vaillant à « tel qui porte aux dames grand dommiage et d'honneur souvent les dérobe » semble bien aller droit contre Alecis, dont les Faintes — sans parler de son Blason de faulses amours — contiennent de rudes boutades à l'adresse des femmes. En somme il nous paraît que ce triple rapprochement entre l’Embusche Vaillant et le cas d'Alecis n'est pas le fait du hasard. Naturellement les allusions en question impliquent que l’'Embusche serait postérieure aux Faintes. Si mal établie que soit encore la chronologie des œuvres de Vaillant, rien ne s'oppose à cette hypothèse : l'Ermnbusche est de tous ses poèmes le plus achevé, certainement postérieur à la Cornerie, qui n’est qu'un amusement compliqué de sa jeunesse littéraire. Enfin il est dédié au roi de Sicile dont Vaillant ne semble avoir recherché la faveur qu'après avoir joui de celle de Charles d'Orléans et peut-être après la mort de ce dernier. Comme les Faintes sont, ainsi que nous le verrons, postérieures à 1464, il s’ensuivrait qu'une période d’au moins quinze années se serait écoulée entre l’attaque d’Alecis

1. Anciennes poésies françaises, éd. Montaiglon, t. IX, p. 95.

dans l'A B C'et la riposte de Vaillant dans l’Embusche. Naturellement il a dû, dans ce long intervalle, s'échanger plus d’un horion entre les deux adversaires. Mais du moins les coups que nous venons de marquer indiquent une rancune tenace et un dissentiment profond.

Quel était le motif de cette querelle ? Il nous semble que ce même À B C d’Alecis nous fournit la réponse : Alecis reconnaît avec amertume les succès de son ennemi auprès des grands ; cet ennemi est un homme de lettres qui lit ses productions en cour. (Les citations que nous avons données plus haut sont à cet égard d'une parfaite clarté.) Rappelons d'autre part dans quelles conditions se présente l'allusion à « ce doulx pays de Vendosmoys » au vers 1266 : Alecis s'adresse à son livre, c’est à son livre même qu'il parle de « ce doulx pays de Vendosmoys » et il donne cette indication à la fin de son poème, quelques vers avant ceux où il marque la date. Dès lors, si comme nous le croyons c’est bien en Vendômois que nous sommes, les grands et la cour dont il est question nous paraissent pouvoir être, selon toute vraisemblance, l’entourage de Charles d'Orléans et la cour de Blois. Et dès lors tout s’éclaire. En effet, même si en 1451, date de l'A B C, Vaillant n'était pas encore, comme il le fut plus tard, un familier de Blois, il semble bien qu'il avait déjà commencé des travaux d'approche dans cette direction. « C'est, dit Pierre Champion, après 1450, à Tours, que le duc d'Orléans rencontra Vaillant. Vaillant dut venir par la suite à Blois, car il eut connaissance de la ballade où Charles assimilait les amoureux aux religieux de l’observance. Vaillant composa sur ce sujet un rondeau, tandis que dans un autre il déclarait craindre le filet du mariage ! ». Or ce qui a « lancé » Vaillant dans le monde des lettres et des princes c’est cette Cornerie des anges à laquelle l'A B C d'Alecis fait, croyons-nous, allusion. Nous avons signalé d’autre part que le poème d’Alecis est bien, par rapport à celui de Vaillant, une production analogue et concur-

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