Ms. 32 d'Evreux
De même encore, sur un Quinte-Curce où Alecis a mis, avec sa signature, un ex-libris et ces vers édifiants :
Quant femme veult elle veult un empire, Quant elle veult au monde rien n'est pire,
une autre main a transcrit cette strophe vulgarissime :
C'est bien disné quant on reschappe Sans desbourser un seul denier
Et dire adieu au tavernier
En torchant son nez à la nappe ‘.
Ces vers, à les rencontrer ainsi griffonnés par quelque moine de l’abbaye où nous disons que Pathelin fut écrit, ont bien leur sel. Car ils viennent tout droit de ce pathelinage qui s'appelle les Repues franches.
Si Guillaume Alecis a cherché la paix entre les livres, c’est que la paix ne régnait guère dans le reste de l'abbaye. En effet le moment le plus orageux que Lyre ait connu au xv° siècle est précisément celui où le « bon moine » s’y trouvait. Il y était entré sous de fâcheux auspices. Son premier abbé, Guillaume le Bas (1440-63) n'avait pu prendre possession de l’abbaye que sous la protection des piques anglaises. Les moines réussirent à faire déposer ce chef qu'on leur avait donné malgré leurs dents, mais ce ne fut qu'après vingt ans de résistance procédurière ?. Comme la plupart des maisons religieuses de France, Lyre était devenu, depuis Clément V, une sorte de fief de la commendature vaticane. Prieurs et abbés, nommés par Rome en dépit des moines et des seigneurs, s'abattaient sur le riche couvent comme sur une proie. Les procès, les coups pleuvaient. L'abbé de Lyre bataillait contre ses moines et se réconciliait avec eux pour batailler contre les curés du voisinage à cause de l’irritante question des dîimes. Mais abbés, moines et curés étaient d'accord pour batailler contre les laïques à l’occasion des rentes et des « voisinages ». Parfois