‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 33 sur 67 · EE · texte numérisé non relu

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GUILLAUME ALECIS L'HOMME 81

l'abbé, grand seigneur, bataillait contre le roi ; ainsi Louis d'Harcourt, évêque de Bayeux, patriarche de Jérusalem, qui fut le second abbé du moine Alecis. Il avait dû, à la suite de la guerre du Bien public, s’absenter de son abbaye et même du royaume « pour certains crimes dont il était accusé » envers le roi comme complice de Thomas Basin, l'évêque de Lisieux !. Il fit d’ailleurs acte de soumission et rentra dans son abbaye.

Sous l’abbatiat de Louis d’Harcourt (1463-79) et sous le moinage d’Alecis « Lyre eut à soutenir un procès à l'occasion d'un édifice servant de halle aux draps, construit à Verneuil par Jean Percheron, sur un terrain, au bout des halles à draps, au préjudice des religieux auxquels toutes ces halles appartenaient aussi bien que le terrain. La sentence rendue le 18 juin 1473 déclare que le fonds et l'édifice sont à Lyre et décharge Percheron de la rente due au domaine pour sa fieffe ? ». Si nous mentionnons cette affaire c'est qu'elle a dû être suivié de très près par Alecis non seulement comme moine mais comme bibliothécaire et garde des titres de l’abbaye. Or cette chicane entre les drapiers de Verneuil et l’abbaye de Lyre a bien son prix. Elle prouve que l’abbaye de Lyre « se mesloit de drapperie » comme Guillaume Joceaulme, qu’elle avait ses halles à draps et se défendait contre la concurrence. Nous avons vu que l'affaire en question s'était terminée en 1473, mais Dieu sait quand elle avait commencé ! La chicane normande à cette époque était aussi lente à finir les procès que prompte à les engager. À en juger par ceux dont nous avons les dates, les procès de l'abbaye de Lyre duraient en moyenne 10 à 15 ans et il est tel d’entre eux dont un seul dossier remplit un rouleau de parchemin de 35 mètres de longueur 3 ! Il est probable que l'affaire entre la draperie de Verneuil et la moinerie de Lyre avait eu ses origines assez avant 1473. Il y eut aussi en même temps à Lyre, mais cette fois entre l’abbaye et les

4. Ch. Guéry, Hist. de l’ab. de Lyre, pp. 203-04. 2. 1bid., pp. 204-05, 3. Ibid., p. 207.

Go ogle

curés de paroisses voisines, une autre affaire... Mais nous aurons à en parler plus loin — et cela à propos d'’allusions à des personnalités, à des faits, à des noms qui ont affecté la vie religieuse de l’abbaye de Lyre.

Des deux derniers abbés qui furent les chefs (d'ailleurs intermittents et contestés) du monastère au temps de Guillaume Alecis, Pierre d' Amboise (1479-81) et Benoit de Chaumecy (1484-1500), le second seul nous intéresse. En effet le premier paraît à peine avoir résidé à l'abbaye qu'il a quittée, quelques mois après l’enregistrement de ses lettres, pour occuper l'évéché de Poitiers !. Quant à Benoît de Chaumecy, son abbatiat ne touche que les dernières années de Guillaume Alecis et les plus mystérieuses, mais il nous semble les toucher de façon particulière. En effet ce dernier abbé de notre moine eut, dès son élection à l’abbatiat de Lyre, à soutenir contre son troupeau une lutte violente où il eut le dessous. C'était, cet abbé malvenu, un parent des Guise, un ancien officier de la vénerie royale qui semble avoir dû sa nomination à cette parenté et à cet office plutôt qu’à ses mérites religieux. Il avait dû résigner l’abbatiat de Saint-Julien de Tours pour cause de négligence et celui de Lyre lui avait été donné en compensation. Mais, plus friand de la grasse prébende de saint Julien, il s'empressa de permuter avec un certain Jean de Quedillac et de dépêcher ce dernier à l'abbaye de Lyre. En même temps d'ailleurs — et cela semble un trafic bien étrange — Benoit aulorisait « ses » moines de Lyre à se choisir un abbé de leur façon. Les moines ayant choisi un autre abbé que le candidat de Benoît, celui-ci accourut de Tours pour aider son permutant à prendre possession de son bénéfice. « Les bénédictins s'y opposèrent constamment et chassèrent Benoît lui-même » comme ils avaient chassé son Jean de Quedillac. Ils eurent d’ailleurs gain de cause et Benoît ne resta abbé de Lyre que de nom ?. Or, en 1484, tandis que se déroulait cette guerre

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