‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 4 sur 67 · Histoire du théâtre français, 1745, t. III, p · texte numérisé non relu

Histoire du théâtre français, 1745, t. III, p

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de cette opinion. Elle devait avoir pourtant une certaine fortune et fut reprise, entre autres, par le duc de la Vallière dans son article Blanchet de la Bibliothèque du théâtre français.

Le xvii® siècle qui ne connaissait pas beaucoup mieux Pathelin qu'il ne connaissait Villon ne manqua pas d'attribuer l'un à l’autre. Le première fois que cette attribution apparaît ce n’est d’ailleurs qu'indirectement et par implication: à l'édition de Villon qu'il püblia en 1748, Gueulette joignit le Nouveau Pathelin. Telle nous semble être la source de l'opinion soutenue en 1763 par de Leris dans son Diclionnaire portatif des théâtres et en 1792 par Cailleau qui dans le titre et dans l'introduction de l'ouvrage : Les Ruses, finesses et subtilités de Pathelin avocat, dit que l’ancienne Farce de Pathelin « est présumée être de François Villon ».

Entre-temps, c'est-à-dire entre Godar de Beauchamps et Cailleau, dans l’article parade de l'Encyclopédie, le comte de Tressan écrit à propos de notre farce : « Quelques auteurs attribuent cette pièce à Jean de Meun ; mais Jean de Meun cite luimême des passages de Patelin dans sa continuation du Roman de la Rose, et d’ailleurs nous avons de bien fortes raisons pour rendre cette pièce à Guillaume de Lorris ». Nous ignorons à quels auteurs de Tressan fait ici allusion comme ayant attribué la Farce de Pathelin à Jean de Meun. Peut-être, comme le croit Génin, a-t-il vu dans deux vers du Pierre Faifeu de Bourdigné (1532) une assertion qu'ils ne contiennent pas :

De Patelin n'oyez pas les cantiques, De Jean de Meung la grant joliveté.

En somme aucune des attributions proposées jusqu’au x1x° siècle ne l’a été autrement que pour des raisons d’impression et de goût. À cette époque on peut dire que le problème a été à peine touché. |

I] l'a été à peine davantage au xix° siècle. Il y a certaines « ignorances » qu'on aime à appeler des « énigmes » et qui se transmettent avec un caractère aussi positif de tradition que

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des connaissances. On accepte comme un article de foi l'idée qu'elles subsisteront toujours. Tel est, au regard de notre problème, l'état d'esprit qui a dominé au x1x° siècle. C’est comme si l'anonymat de Pathelin faisait partie des caractères essentiels de l’œuvre, de sa valeur et de sa beauté. Ainsi on s’est non seulement résigné mais presque comnplu à ne rien savoir sur l’auteur de Pathelin. On est même allé jusqu’à dire que Pathelin n'avait pas d'auteur. Ainsi Villemain dans son Cours de Littérature du moyen âge déclare qu'il est l’œuvre de « tout le monde ! ».

Une opinion au fond analogue est celle qui regarde Pathelin « comme composé par la communauté des clercs de la Basoche ou une compagnie de judicature ». C’est la thèse soutenue en 1856 par Adolphe Fabre dans ses Études historiques sur les clercs de la Basoche (p. 176), et par Magnin (Journal des Savants, 1858). Ily a là tout au moins un essai pour retrouver, à défaut du nom, le milieu social de l'auteur. Aussi remettrons-nous l'examen de cette hypothèse à la partie de notre travail qui concerne le milieu de Pathelin.

Quant aux attributions nominales, le xix° siècle s’est contenté de reprendre les conjectures du xvni*: la thèse Villon ne rencontre plus guère de partisans; en revanche l'attribution à Blanchet survit dans un grand nombre de lexicographies et d'ouvrages d'histoire littéraire ?. Enfin il n’est pas jusqu’à l'hypothèse du comte de Tressan sur Guillaume de Lorris qui n'ait trouvé un défenseur dans un érudit allemand, Otto Boesch 3.

La seule hypothèse originale émise au siècle dernier est cellde F. Génin qui, en 1854, dans l'introduction et les notes de son édition de Maistre Pierre Patelin a proposé le nom d’An-

4. Cette vue a été reprise par Aubertin dans son Histoire de la langue et de la littérature française au moyen âge, 1876, t. I, p. 343.

2. La Biographie universelle de Michaud, le Dictionnaire des anonymes de Barbier, le Manuel du libraire de Brunet, la France littéraire de Quérard, l'introduction au Livre des proverbes de Le Roux de Lincy, et le Recueil de farces de P.. L. Lacroix.

3. Voir Schumacher, Stfudien zur Farce Pathelin, Rostock, 1914, p. 7.

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toine de La Sale. De toutes les attributions que nous avons passées en revue, celle de Génin est la seule qui soit appuyée sur des arguments critiques. Aussi aurons-nous à la traiter suivant ses mérites dans l'examen qui va suivre !.

Ainsi Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Villon, Blanchet, La Sale, Pathelin lui-même, enfin la Basoche, c'est-àdire Tout le Monde et Personne, autant d'auteurs entre lesquels on nous donne à choisir celui de Pathelin.

Aucune de ces attributions n’a été retenue par les historiens modernes de la littérature. Et il semble que ce soit perdre sa peine que de les réfuter. Si nous le faisons, c'est pour déblayer le terrain sur lequel ces hypothèses gisent abandonnées, et surtout parce que chacune de ces erreurs à quelque vérité à nous apprendre.

Par exemple il y a une réalité, mais vue à l'envers, dans l’erreur du comte de Tressan quand il écrit : « Quelques auteurs attribuent cette pièce à Jean de Meun, mais Jean de Meun cite lui-même des passages de Patelin dans sa continuation du Roman de la Rose, et d’ailleurs nous avons de bien fortes raisons pour rendre cette pièce à Guillaume de Lorris? ». Ces « fortes raisons » nous les chercherions aussi vainement dans l'article de M. de Tressan que les citations de Pathelin dans Jean de Meung. Ou plutôt, si, comme M. de Tressan, nous renversions l’ordre des facteurs, nous trouverions tout autant de «citations » de Pathelin dans le Renart, dans l’Zsopet, dans la Farce de M° Trubert et Antroignart, et surtout, comme nous le verrons, dans l’Advocacie Nostre-Dame, œuvre d'un

1. Génin a été suivi avec de prudentes réserves par Littré (Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1855), et de façon expresse par L. Stern dans l'ASNS., t. XLVI. ‘

On trouvera un excellent sommaire historique de la question des attributions de Pathelin dans le précieux Répertoire du théâtre comique au moyen âge de Petit de Julleville, 1885.

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