Voir supra, p
3. G.A., tt. I, p. 281. Les éditeurs, qui ont d’ailleurs identifié d’Estrées comme auteur du Contreblason, auraient dû observer que le curieux vocable « extré » dans cette phrase, la dernière de son Prologue, est une signature.
10h LACUTECR DE La FARCE DE PATHELIN
gestes, le son de voix. les habits des personnages, La lassitude des chevaux qu ils montent, le paysage. la Inmiere et l'instant du jour. [l faudrait tout citer. Contentons-nous de renvoyer le lecteur à ce début que nous avons déjà transcrit et où le ndeau se leve sur une saulaie émaillée de fleurs à travers Lhquelle un jeune gentilhomme frisque et gaillard s'avance sur son cheval Bavard en chantant. Ce gentilhomme nous sera décrit plus loin avec son chapeau à frisure, ses gants à trous. ses souliers à barbes d'écrevisse de gommeux à la mode de 1460. Il va donc ainsi et rencontre un moine, Alecis lumême, qui chevauche en disant ses heures « paisible et quoy ». Le gentilhomme lui demande de chanter avec lui :
Car en chantant Et s'esbatant Le temps se passe.
Qui va risant Et devisant Moins il se lasse.
Bayard tracasse Dur et me casse. Chantant nous deux, truffant, bourdant. (st. 3)
Mais Aleeis n'a pas — ce jour-là du moins — le cœur à truf-
fer ni bourder. Quant à chanter,
J'ay la voix, dist-il, ung peu casse, Et si n'est pas bien accordant.
Le moine est d'ailleurs rempli d'une indulgence paternelle pour ce jeune « gorrier » de peu de cervelle mais d'assez de cœur qui lui rappelle sa propre jeunesse et que « Vénus frivole, en son école, a fait grand praticien ». Ce qu'il aime en ce « coquart » c’est, lui dit-il, que votre
Vouloir subit
Et cœur volaige M'ont bien descript Que d'ypocrit N'avez l’usaige.
GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 107
Vostre corsaige Porte l'’ymaige De vostre cœur, sans contredict. (st. 112)
A cette mansuétude amusée le gentilhomme répond par une familiarité vive et légère. Il voit bien qu'il n’a pas à faire à un papelard, à un ascète renfrogné qui ne sait rien du monde, et lorsque Alecis lui décrit les maléfices des fausses amours il ne peut s'empêcher de lui dire qu'il en parle « comme savant ». Et le moine de Lyre se rend à lui-même un hommage bien curieux par la bouche du jeune gentilhomme :
Bref, il congnoit Ce qu'il en est.
C'est ung plaisant homme entre mille ; Touchant amours qu'il blasonnoit Et des tiltres qu'il leur donnoit, Il mentoit comme l'Évangille !. (st. 122)
Mais ce ne sont pas seulement les deux protagonistes du Blason, ce sont tous les servants et servantes de Folle Amour qu'Alecis a su croquer avec une verve preste, nerveuse et qui sent l’homme de théâtre. On en jugera par le passage suivant où il décrit le « Passez, muscade » des amours « changeresses » :
Et qui pis vault, Se aucun briffault [vieux routier!