Cf. les vers cités et ceux qui les précèdent
Partant de ville Tres difficille M’abandonnoit ; Mais la vigille Du bon saint Gille Croy qu'il junoit avec les paroles que Pathelin adresse à un autre Guillaume, le drapier :
Hee! vostre bouche ne parla Depuis, par monseigneur saint Gille, Qu'el ne disoit pas evangille. (Path., 286-88)
Saint Gille est le patron de Bonneval (Eure-et-Loir) où il y avait une abbaye bénédictine « qui entretenait probablement des rapports avec l’abbaye de Lyre » (G.A., t. I, p. 85 et p. 246).
Vient en leur grace, Tantost il fault Que le mignault [jeune amant de cœur] Aist brief espace.
Ce qu'elle embrasse … Force est qu'il passe, Car a la bourgeoise ne chault Fors que son bon plaisir se face.
Or donc, pour faire au nouveau place, Vieil amoureux, faictes ung sault ! (st. 92)
Que de vie encore dans ce passage dont Colletet dit qu'on le croirait de Marot :
Soit ung amant
Frais et plaisant
Et diligent,
Soit plus luysant
Que ung dyamant,
Jolis et gent,
Soit plus prudent
Que Burident, Parlant aussi beau qu'un rommant, S'il n’a de l'or et de l'argent, Il n’y congnoist son entregent ; On luy dit : A Dieu vous command! (st. 85)
Ou, pour en finir (car on pourrait citer bien davantage), ces vers sur les pauvres cocardeaux ruinés par leurs folles amours :
Telz estoient nez
Bien fortunez
Qui, quant tout y ont despendu,
Sont sy au bas des quatre piez,
Que tout leur bien, rentes et fiefz,
Ne vault pas les brayes d'un pendu. (st. 76)
Et quel bon style de théâtre dans la bouche du jeune gentilhomme lorsque, résistant encore aux sages exhortations du Moine de Lyre, il s’écrie :
GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 109
Vous voulez donc que desormais
Je face de la chatemitte,
Papellardant comme ung hermitte ?
Rien, rien, ne m'en parlez jamais ! ! (st. 39)
Si l'accent frais et vif de tels des vers que nous avons cités fait songer à Marot, il en est d'autres dont les octosyllabes si clairs, si pleins rendent bien un son de même aloi que ceux de Pathelin. Et ce son, qui est celui de la bonne langue de théâtre, nous l’entendrons encore dans d’autres œuvres d’Alecis.
Le sujet du Blason est si particulier et si différent de celui de Pathelin qu’on ne saurait s'attendre à des points de contact aussi nombreux que ceux que nous avons relevés dans les Faintes où même dans le Débat. Il est d'autant plus curieux de noter la concordance dans l'association des idées et des termes que nous offrent les passages suivants :
Je sçauray bien ou en trouver Des robbes et des chapperons |
Se Dieu plaist, nous eschaperons Et serons remis sus en l’eure.
Dea ! en peu d'eure Dieu labeure.
S'il escouvient que je m'aplicque A bouter avant ma praticque,
On ne sçaura trouver mon per.
(Path., 36-42)
Il fault.
Rebras, chapperons et bordeures ; Et Dieu scet par quelles pratiques Bien scevent mener leurs trafiques,
Et comme bien treuvent leurs heures !
(Blason, 1029-32)
Dans ce passage de Pathelin que nous avons déjà rapproché des vers 458-59 de l’A B C des doubles, nous avons la même séquence d'idées que dans les vers du Blason (robes et chaperons ; Dieu ; pratique; heure; trouver). Le hasard n'aurait guère su amener une série parallèle d'images dans un espace
1. Le mouvement « Rien, rien » se retrouve dans Pathelin au vers 357.
aussi restreint. Nous ne croyons pas davantage qu'il s'agisse
d'un souvenir inconscient. Quand Pathelin nous dit qu’il saura bien où en trouver des robes et des chaperons, il le sait fort bien en effet. Il n'avait qu’à les prendre dans l’A BC des doubles et le Blason des faulses amours de Guillaume Alecis.
Les Faintes du monde !. — Le titre de cet ouvragé d’Alecis pourrait s'appliquer à presque toute son œuvre. Et il ferait un excellent sous-titre à Pathelin. Le sujet unique, obsédant de la plupart des poèmes de notre moine est en effet — comme le sujet même de Pathelin — le « faux mestier » des hommes.
Le monde n'est pas tel qu'il semble :
Les hommes sont fains et divers.
(Faintes, 9-10)
Prezque tous sont plains de fantise, Grans et petis, c'en est la somme.
Plus les congnois et moins les prise, Autant la femme comme l'omme.
(Faintes, 37-40)
Mais c'est pour une raison plus particulière encore que les Faintes du Monde méritent notre attention. On a déjà vu que la question de leur date est essentielle pour la détermination de la date de Pathelin. En effet la plus ancienne mention ou « reprise » littéraire du mot « Pafhelin » lui-même se trouve à la fin de ce poème aux vers 859-60 :
Tel a largement de blason Qui ne sçait pas son patelin à.
Nous remettons l'analyse de ces vers à un stage ultérieur de notre démonstration. Pour l'instant nous nous contenterons