Cf. G. A.,t.I, pp
GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 133
sons critiques qui, à leur tour, expliquent pourquoi Galliot du Pré a joint Pathelin et le Blason d’Alecis. Donc, notre libraire, le 16 mai 1532, donne dans le même volume le Chasteau de labour de Pierre Gringore et les Fainles du monde de Guillaume Alecis. Il avait pour joindre ces deux œuvres une fort bonne raison, c’est que le poème moral et satirique de Gringore est de la même inspiration et de la même forme (huitains de huit syllabes) que celui du moine de Lyre. Deux mois plus tard (le 20 juillet 1532) Galliot du Pré lance l'édition des œuvres de Villon annotées par Clément Marot. Aux Lais etau Testament de maître François il joint le Franc Archier de Baignollet, le Dialogue de Mallepaye et de Baillevent et les Repues franches. Cet assemblage se justifie par l’analogie d'esprit de ces œuvres avec le reliquat authentique de Villon. En ce qui concerne les Repues franches qu'on attribuait alors à Villon ?, Galliot du Pré a pris soin de marquer qu'il ne les croyait pas de lui par un explicit bien clair 5 à la fin des poèmes de Villon. Mais il les a tout de même incorporées dans le même volume parce que Villon qui n'en est pas l’auteur en est du moins le héros. Il a de même considéré comme des « villoneries » le Franc Archier et Mallepaye et Baillevent. En cette même année 1532 Galliot du Pré, dans une nouvelle publication de sa collection annexe, aux œuvres de Coquillard le Monologque du Puys et le Monologque des Perruques. Ici encore l'assemblage se justifie parfaitement : le premier de ces monologues « dérive directement du Monologue Coquillard ou Monoloque de la botte de foin », et le second a été attribué à Coquillart dont il reproduit une des allusions favorites, celle aux coquars à perruque #. Mais
4. Cf. Ch. Oulmont, Pierre Gringore, 1911, p. 29. 2. Cf. Pierre Grognet, op. cit. :
Maistre Françoys, nommé Villon, Bien scavoit rimer sur billon.….
Quant il cherchoit ses repues franches.
3. « Fin dés œuvres de Villon, et après s'ensuyt le Recueil de ses Repues franches el de ses compagnons ».
&. Romania, t. 16 (4887), pp. 4717-89.
voici que toujours en 1532 paraît l'édition qui nous occupe particulièrement. Galliot du Pré publie ensemble Maistre Pierre Pathelin restitué à son naturel, Le grant blason de faulses amours, Le loyer de folles amours !. Or ici nous sommes arrêtés par l'apparence disparate de l'assemblage. Il n'y a plus du tout dans ce volume l'homogénéité de tour et d'esprit que nous avons remarquée dans les autres. Ce n'est sûrement pas l'analogie du sujet qui a invité Galliot du Pré à réunir sous le même couvert Pathelin qui ne parle pas des femmes et le Blason qui ne parle que d'elles. Il y a de toute évidence une autre raison à cette publication jumelle de Pathelin et du Blason de faulses amours. L’explication avancée par les éditeurs de Guillaume Alecis est que le principal souci de Galliot du Pré « était sans doute de mettre en vente des volumes... présentant le même aspect et à peu près la même épaisseur ? ». Mais tout d'abord il suffit d’avoir tenu en mains les jolis volumes de la collection Galliot du Pré pour voir que s’il a eu ce souci de leur donner la même épaisseur il est resté assez loin de compte 5. Et surtout nous avons vu que « cet excellent libraire... doué de sens critique # » a été guidé dans ses autres publications par de meilleures raisons que celles de format et d'épaisseur. Pourquoi en serait-il autrement de son édition Pathelin-Blason ? Il nous semble qu'à cet assemblage d'apparence disparate l'explication la plus vraisemblable est l'attribution implicite de Pathelin à l'auteur du Blason. Galliot du Pré (qui venait de publier les Faintes du monde) savait ce qu'il faisait lorsqu'il joignait dans le même volume ce Pathelin et ce Blason que l'auteur des Faintes avaient déjà mariés dans le même distique :
Tel a largement de blason Qui ne sçait pas son pathelin.