LA FEMME
20. Femme est tresoriere de grace, Qui l’a pourchassee et pourchasse, Et pour tous advocassia :
Maleureux est qui rien n'y a.
L'Ouxue
21. Plusieurs que l'on cuyde bien saiges Vendent meubles et heritaiges.
(Débat, 73-82)
Dans ces deux passages on aura remarqué tout d’abord, aux vers 3 et # de Pathelin et au premier vers de la strophe 19 du Débat, l’allitération « asser » et « asse » et l'association commune aux deux passages des verbes « cabasser » et
GUILLAUME ALECIS L'ÉCRIVAIN 137
« amasser ». Ce mot « cabasser » que nous trouvons dans Pathelin et dans le Débat n'est pas d'un emploi si usuel qu'il ne mérite d'arrêter notre attention. Mais surtout ce terme employé deux fois dans Pathelin (et chaque fois avec un sens différent) l'est exactement de la même façon dans les Faintes et dans le Débat de Guillaume Alecis. En effet dans les vers de Pathelin et du Débat que nous venons de comparer « cabasser » a certainement le même sens, quel que puisse être ce sens !. D'autre part l’application de « cabasser » est différente de celle-ci — mais identique à elle-même — dans les deux passages de Pathelin et des Faintes dont nous avons parlé plus haut :
L'Aignelet, maint âigneau de let Luy as cabassé a ton maistre ?
(Path., 1139-40)
Tel se confie en son bergier Qui luy cabasse ses moutons.
(F'aintes, 317-18)
Nousinsistons sur la curieuse symétrie de ces nuances, car les indices de cette nature nous montrent l’intime, l’organique analogie des associations d'idées entre les deux passages. Mais, à poursuivre la confrontation, on s'aperçoit que ce groupe jumeau « cabasser — amasser » commun à Pathelin et au Débat est à son tour dans ces deux ouvrages suivi de la même idée d’ « advocasser ». Cette association d idées parfaitement logique dans Pathelin où il est question d'avocat est beaucoup moins nécessaire dans le Débat. Qu'il y ait là un rappel conscient et accusé, c'est ce que semble prouver le caractère précis de l'évocation de la Vierge avocate, le «numen » intercesseur et conciliateur, qui est bien le même
1. Cf. pour « cabasser » Holbrook, Étude, pp. 53-55. Nous croyons qu'entre le sens « chiper, chaparder », de « cabasser » dans ces passages et celui plus vigoureux dans lequel le mot est appliqué aux moutons il y a au moins une nuance. Or cette nuance est la même dans le passage de Pathelin et celui des Faintes auquel nous faisons allusion plus loin.
dans les deux passages. Dans le Débat comme dans Pafhelin (toute cette première scène de la Farce pourrait s'appeler le Debat de l’omme et de la femme comme le poème d’Alecis) c'est la femme qui évoque et invoque l'avocate du genre humain. Or tout comme Guillemette, Guillaume, notre moine, avait une dévotion particulière pour la Vierge avocate. « Son livre de chevet » était l’Advocacie Nostre-Dame où nous montrerons une des sources de Pathelin, et 1l a chanté avec une émotion fervente la divine plaideresse qui soutient devant le Tribunal de Dieu la cause du genre humain contre Satan !.
Enfin, une troisième analogie d'idées et de termes vient jumeler les vers 8 et 9 de Pathelin et les vers 81-82 du Débat :
Mais on ne vous tient pas si saige Des quatre pars comme on soulloit.
(Pathelin)
Plusieurs que l’on cuyde bien saiges Vendent meubles et heritaiges.
(Débat)
Pathelin n'a pas gardé sa réputation d'homme sage et nos gens du Débat vont perdre la leur et cela pour la même raison, qui est, comme on disait jadis, « faulte de menaige ».
En somme le passage en question du Débat confronté avec les vers initiaux de Pathelin offre mieux que des réminiscences de ce dernier, ce qui, à une époque aussi proche de celle de la Farce, serait déjà assez curieux. Il nous paraît offrir une série, un système d'allusions conscientes à Pathelin. L'analyse des Faintes avait déjà mis en lumière la même conclusion. Quand Guillaume Alecis farcit ses Faintes et son Débat de thèmes, de tours, d'expressions de Pathelin, il fait mieux que se souvenir : il se cite. Si personne n'a mieux su « son pathelin » que l’auteur du Blason et des Faintes et du Débat,