G. A.,t. II, p
Elle est mieux encore que cela, cette langue. On en jugera par le passage suivant où le Christ s'adresse au pèlerin :
Tu vois que, par faveur, par amis, par ambassades, par armes, par prieres, par or, ne par argent, je ne t'ay pas voulu rachater; ains y suis venu moy mesmes pour ce faire, tant t'avoye chier...
De roy, je me suis fait subject, de seigneur me suis fait vassal, et de maistre je me suis fait serviteur, affin de trouver opportunité de convenablement mourir pour to. Tu ne feras riens pour moy. J'ay beu pour toy cest amer calice de la mort, et tu vivras tousjours en tes plaisances, cuidant gaigner paradis. Ce seroit a toy grant presumption de esperer avoir pour neant ce que ton maistre a si chier achetté. Humilie toy donc, et fai du bien tant que tu pourras.
(Dialogue, p. 56) Il sera d'autant plus curieux de voir Alecis descendre de ces hauteurs pour pratiquer soudainement dans ce même ouvrage une mystification singulière. En effet, comme le disent ses éditeurs, ila volontairement brouillé les rimes d’un des poèmes insérés dans le Dialogue de façon que le lecteur doive rétablir l’ordre des vers pour ea retrouver le sens f. Ainsi jusqu'au bout il y aura eu du pathelin — au sens le plus véniel — dans le bon moine, et le pieux pélerin de Jérusalem nous aura jusqu’au bout « vendu ses coquilles ».
Nous arrivons maintenant à un autre ordre de témoignages: ce n’est plus l'œuvre, c'est la vie religieuse d’Alecis dont nous montrerons les rapports organiques avec la genèse et le contenu de Pathelin. Nous avons déjà signalé plus d’un indice qui noue étroitement la personnalité d’Alecis avec la Farce. Mais nous avons tenu en réserve l'exposé et l'analyse de certains de ces témoignages afin que le lecteur, après avoir vu se refléter dans Pathelin le verbe, la pensée et le caractère de notre homme, y voie en dernier lieu se projeter le mouvement même de sa vie monastique. Notre tâche sera finie quand nous aurons montré tout ce que le moinage de