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née » était le scéau individuel de son abbé. Guillaume Alecis a, pour les besoins de l'expression, modifié l’ordre des images, mais les images y sont. Et la précision avec laquelle elles y sont interdit de voir là un jeu de la coïncidence. Ce n'est pas la coïncidence qui a portraituré, dans ce Pathelin que tout invite à considérer comme peu postérieur à 1463, le sceau de l'abbé Guillaume, chassé de son couvent à cette date par ses moines révoltés 1. À si peu de distance, la rancune des moines de Lyre en général et de notre moine Alecis en particulier n'avait pas dû désarmer. Guillaume le drapier, juste avant l'allusion au sceau, se plaint avec un emportement grotesque des persécutions de « chacun » à son égard :
Chascun m'en porte mon avoir Et prend ce qu'il en peult avoir. (1008-09)
Ces récriminations sont l’écho de celles qu'a dû faire entendre, en 1463, l’autre Guillaume, l’abbé harcelé par ses moines et finalement chassé de cette abbaye de Lyre qu'il regardait comme son « avoir ». Une conjecture arbitraire fondée sur un jeu du hasard ne donnerait pas au texte et au contexte de ce passage la minutieuse cohérence que notre interprétation lui restitue.
Mais l'adversaire du drapier, le berger Thibault l’Aignelet, a lui aussi quelque chose à nous apprendre sur les rapports entre Pathelin et l’abbaye de Lyre. Aux vers 1134-37, Pathelin demande son nom au berger :
Par le saint sang bieu precieux (Tu es assés malicieux
Pour entendre bien la cautelle), Comment esse que l'en t'appelle ?
et le bergier répond : ?
Par Saint Mor, Thibault l'Aignelet. (1138)
1. Les années 1462 à 1464 ont été, comme on le voit par l’Inventaire que cite le chanoine Guéry, les années cruciales de l'histoire de l’abbaye à cette époque du xv° siècle. Cf. Guéry, Hist. de l'ab. de Lyre, pp. 200-202.
2. En haut de page dans le plus vieux texte connu, celui de Le Roy.
Cette glose, « tu es assez malicieux pour entendre bien la cautelle », nous avertit que « cautelle » il y a. Or c'est une fois encore l'abbaye de Lyre qui donne la clef. Ce bergier Thibault qui évoque Saint Maur est — chose étrange — l’homonyme du curé Thibault qui, à l'occasion des revenus de la chapelle Saint Maur, fut, sous l’abbatiat de Louis d’'Harcourt (1463-79), en procès avec l’abbaye de Lyre. L'affaire se termina, au 13 avril 1479, par une transaction de la manière suivante : « Les curés {dont Thibault était le fondé de pouvoir] abandonnent tout leur droit prétendu sur les grosses et menues dimes, les oblations et offrandes de la chapelle Saint-Maur au manoir de la Broudière (ils ne laissaient avant qu'un certain nombre de chandelles ou luminaire appelé une hauce), mais au lieu de 12 livres de pension à l'abbaye, ils ne donneront que quatre livres et seront déchargés du service de la chapelle ! ». Mis en parallèle avec cette affaire dont nous savons qu'elle se termina en 1479 (mais dont nous ne savons quand elle avait commencé), le contexte de notre passage de Pathelin est bien
curieux :
JE BERGIER Par Saint Mor, Thibault l’Aignelet.
PATHELIN L'Aignelet, maint aigneau de let Luy as cabassé a ton maistre ?
Le BERGIER Par mon serment, il peult bien estre Que j'en ay mangié plus de trente En trois ans.
PATHELIN Ce sont dix de rente Pour tes dez et pour ta chandelle ! (1138-44).
Ces « moutons » de rente et cette « chandelle » de Thibault l'Aignelet, invocateur de Saint-Maur, correspondent aux livres de rente et aux « chandelles » de la chapelle de Saint-Maur