‹ L'auteur de la farce de PathelinChapitre 65 sur 67 · Supra, p · texte numérisé non relu

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laume Joceaulme le drapier, et ils l'ont condamné pour des opinions que Guillaume Alecis dénonce avec la plus expresse détestation dans son Martyrologue des faulses langues. Bien plus oublié aujourd’hui que son homonyme de la Farce, le vrai Guillaume Joceaulme avait causé un des scandales et même une des révoltes les plus graves que l'époque des Conciles ait connue. Fameux, dit un historien autorisé, « pour son intempérance de langage ! », emprisonné pour ses prédications subversives en 1417, délivré à main armée par ses partisans, réemprisonné encore, finalement excommunié, ce Guillaume Joceaulme a, jusqu’en 1439, rempli du bruit de son nom les Conciles de Bâle et de Constance dont les actes le nomment plus de trente fois *. Il faut se souvenir qu'avec Pathelin nous sommes à une époque où la chrétienté et surtout les ordres religieux étaient encore secoués par Ia lutte entre les deux courants qui s'étaient affrontés aux Conciles : papistes et antipapistes. De ce dernier courant Guillaume Joceaulme était un des représentants les plus fougueux et les plus radicaux. Il faut se souvenir aussi que le franciscain Guillaume Joceaulme appartenait à un ordre dont les autres ordres à ce moment-là jalousaient l'influence, craignant et détestant la popularité de leur verbe et leur « humilité fastueuse 3 ». Dans le mystère du Jour du Jugement, l’Antéchrist pour prêcher les juifs revêt une robe de Cordelier. À l'époque de Pathelin il y avait quelques années seulement qu'officiellement la querelle de l’Université de Paris et des Frères Mineurs était terminée #. En réalité le dissentiment s'était prolongé bien après l'arbitrage de 1458 auquel nous faisons allusion ici. Ce discord intéressait non seulement l'Université mais tout le clergé séculier et régulier que l’ardente concurrence des Cordeliers

1. Noël Valois, Le Pape et le Concile (1418-1450), t. 1, pp. 39-40.

2. Amplissima Collectio (Mansy), années 1417-40, passim. La dernière mention est de 1439 (vol. XXX, p. 123).

3. Émile Roy, Le Jour du Jugement, mystère français sur le grand schisme, 1902, p. 36.

k. Chronique d'Arthur de Richemont, par Gruel, éd. Le Vavasseur, pe 221.

dépouillait de la prédication et des offrandes. Au reste Guillaume Alecis, dans son œuvre reconnue, ne fait aucun mystère de ses sentiments sur les Cordeliers. Il les déclare tout de go « espouvantables ! ». Dans ces conditions si nous trouvons assigné au personnage le plus absolument ridicule d'une farce de 1464 le nom porté par un franciscain à la réputation bruyante et scandaleuse, il est bien improbable que le choix de ce nom n'ait pas une intention précise.

D'ailleurs l’analyse du texte de Pathelin montre que le drapier a en commun avec le moine Guillaume Joceaulme des caractéristiques tout à fait positives. Dans une bulle du Pape Martin ? à la date de septembre 1429, Guillaume Joceaulme est dénoncé comme « rebellis et de heresi suspectus ». Or ce sont les termes mêmes qui, dans Pathelin, sont appliqués à Guil- Jaume Joceaulme le drapier : « Est il bien rebelle ! » (v. 1275); « Luy qui est si tresmescreant » (v. 743). De même l'intempérance de langue pour laquelle le moine Joceaulme était réputé a son écho dans les paroles de Guillemette au sujet de Joceaulme le drapier :

Hé dieu ! que vous avez de bave !

Au fort, c'est tousjours vostre guise. (554-55)

De plus le fervent anti-papisme de Guillaume Joceaulme donne un âcre sel ironique à l'invocation par laquelle Pathelin accueille son homonyme le drapier au vers 109 de la Farce :

Par Saint Pierre l'apostre !

L'ordre du franciscain Joceaulme, en si mauvaise odeur qu'il fût dans le monde de l’église du temps, et le scandale qui s'était attaché à ses actes et paroles n'expliqueraient pas encore assez clairement pourquoi l'auteur de Pathelin aurait choisi ce franciscain comme bouc émissaire de sa satire. Mais voici qu'une raison précise vient éclairer ce choix. C’est surtout par

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