‹ L'auteur du traité de l'imitation de Jésus-ChristChapitre 5 sur 12 · IV. X. 6. XV. Nous reviendrons sur d'autres prétentions · texte numérisé non relu

IV. X. 6. XV. Nous reviendrons sur d'autres prétentions

Sans preuves et sur des présomptions littéraires et morales dont on est en droit de contester les inductions par trop forcées et même les appréciations de textes et de tournures idiotiques, qui varient avec la nationalité de chaque copiste, l'auteur conclut à l'origine germanique de son manuscrit, qu'il suppose être une copie du plus ancien, et essaie d'échafauder quelque chose comme la probabilité de la naissance de Y Imitation vers le milieu ou au moins la fin du xiv® siècle, dans le chapitre régulier de Windesheim, en Hollande, dont dépendait la maison du Mont-Sainte- Agnès, où avait vécu Thomas à Kempis (1).

{\)Revue dt$quest,hUty\9Siy. 1874, p. d3U4.

Ce serait presque le cas de répéter : Plus ça change et plus c'est la même chose.

M. Arthur Loth n'oserait pas faire de V Imitation une épopée séculaire, comme l'ont proposé de Sacy et Renan (1).

Mais ce serait comme une émanation du mysticisme allemand du XIV® siècle , inauguré par Eckart, rectifié par Tauler et Ludolphe le Chartreux, puis tempéré par le positivisme hollandais de Jean Ruys Broëck et de Gérard Groot, etc. Ce serait, au fond, la doctrine traditionnelle du prieuré de Windesheim, qui eut successivement sous sa direction 80 maisons de réguliers. C'est là qu'il faudra chercher le nom du religieux qui a condensé cette doctrine admirable et en a fait comme la règle de l'Ordre.

A cela il n'y a qu'une petite difficulté : ce sont les manuscrits d'Arona et de Bobbio, qui sont de la première moitié du xiv® siècle, puis celui de Advocatis. Si, comme il est de règle en paléogra-

(1) J'ai surpris le scepUcisme anti-chrétien d'Ernest Renan déjà en 1844, lorsqu'il était séminariste tonsuré à Saint-Sulpice de Paris, où j'étais entré ieune prêtre. L'occasion de celte découverte fut l'explication des t ^5, 26, V7 du chapitre xix du Livre de Job, au cours de littérature hébraïque. Je vis avec stupéfaction que l'abbé Renan ne croyait pas au Messie.

phie, on compare le manuscrit de AdvQcatis avec ses congénères d'Italie, qui ont une date, on re^ connaîtra qu'il est de la fin du xni® siècle. M. Arthur Loth ne voudra pas avouer cette antiquité.

Mais il ne peut refuser d'admettre au moins qu'un acte authentique constate que ce manuscrit était déjà très ancien en 1349, c'est-àdire longtemps avant la fondation du prieuré de Windesheim, par Florent Radwyns, disciple de Gérard-Groot ou le Grand, ou des autres maisons qui s'y sont rattachées.

Sans méconnaître la valeur indiscutable de ce manuscrit, l'auteur a cru pouvoir, avec un peu de souplesse, tourner la difficulté.

Parce que l'allure imaginative et rapide, ou plutôt la vivacité italienne, que trahit le faire de M.

de Grégory, contraste avec le genre mesuré, je dirai même le flegme calculateur et patient de l'homme du nord, M. Loth, qui, dans sa persistance laborieuse, ne paraît pas à Tabri de toute préoccupation nationale, n'a pas craint de jeter du discrédit sur les travaux historiques de M. de Grégory, en signalant comme un caractère léger et superficiel celui

qui avait été député de la Sésia au Corps législatif, puis président de la Cour Impériale de Rome, puis chargé d'affaires de Louis X.VIII auprès des puissances d'Italie, l'auteur enfin de plusieurs ouvrages de droit, d'histoire et d'agriculture.

Mais les attestations motivées de tant de sociétés savantes, de tant de paléographes distingués sur le mérite de son travail, et l'estime dont il jouissait, au même titre, dans les cours d'Allemagne et d'Italie, avaient suffisamment répondu, de son vivant, aux appréciations futures de M. Arthur Loth. Et surtout l'acceptation de son dernier ouvrage par le Souverain Pontife et l'insigne distinction qui fut la récompense de ses travaux, aurait dû faire réfléchir plus sérieusement son contradicteur actuel (1).

Il ne traite, du reste, pas mieux les travaux des autres auteurs italiens. Ne pouvant les réfuter, il passe à côté avec une morgue qui rappelle le mot de Nathanaël :

Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth (1) ? Mais, loin de

(1) Retiré dans les derniers temps à Âix en Provence, en qualité de président bonoraire dd cette Cour, il est venu mourir à Turin ea 1816, laissant à Grescentlno» sa patrie, de« legs littéraires et de bienfaisance.

(1) Saint Jean, cbap. I, 46.

suivre le conseil de Tinterlocuteur :

« Venez et voyez » ; M. Loth se détourne pour ne pas voir ; il nie même effrontément Texistence de Jean Gersen comme abbé de Verceil, ainsi que l'avait fait déjà Michelet (2), rappelant avec un superbe dédain que ses partisans

étaient mis en demeure de nommer les auteurs contemporains, qui auraient dû le citer, s'il avait été l'auteur d'une œuvre aussi considérable que Vlmitation de J.-^C.

{% Dont j'ai entendu les excentricités dans son cours d'histoire au Collège de France» en 1844,

Bien que la cause de Jean Gersen nous parût suffisamment établie et à couvert de toute contradiction sérieuse, nous avons voulu néanmoins ne pas laisser sans réponse les dernières prétentions de M. Arthur Loth, qui, pour leur prêter l'autorité qu'elles n'ont pas, les a fait admettre dans un recueil, d'ailleurs recommandable par la majorité des questions qui y sont traitées.

Et d'abord la cause de V Imitai

tion ne tient pas à la personne de M. de Grégory. Quel qu'il ait été, ses découvertes restent avec toute leur valeur dans le domaine de l'histoire. La science se les est appropriées. Elle a rendu son verdict par un concert d'approbations, en face duquel M. Arthur Loth n'est plus qu'un voyageur attardé.

Et ce verdict, dont nous avons rappelé les divers témoignages, a conclu avec Chateaubriand que

V Imitation est le phénomène du XIII® siècle (1).

Dans le mémoire que nous avons cité plus haut, « M. Pillet démontre par de nombreuses citations que le style de V Imitation appartient à cette époque de transition, où le latin n'était plus la langue vulgaire, etnéanmoins n'était point encore une langue savante. Les mots studium pris pour université, légère pour enseigner, clericus pour homme lettré, sont des expressions qui caractérisent éminemmentla latinité du xiii® siècle. »

Quant aux idiotismes, notons d'abord que les manuscrits italiens de V Imitation y antérieurs à tous les autres, n'ont pas les flandricismes les plus accentuées des copies postérieures; et une comparaison de copies par dates respectives amène à faire la part des copistes des différentes nationalités dans les variantes orthographiques introduites ainsi successivement en diverses régions.

Mgr Bindi, archevêque de Sienne, en comparant le texte latin de Vlmitation avec les plus anciennes traductions italiennes, dont les manuscrits se conservent à Florence, les a trouvés si con-

(1) GinU dtt Chr\9iiam9mtt III. iv. 2.

formes pour l'identité des termes, sauf les finales, et pour la coupe des phrases, qu'il en a conclu que l'auteur de Vlmitation avait dû penser l'ouvrage en langue vulgaire avant de l'écrire en latin (1).

Mais il est remarquable que certaines expressions sont revendiquées à la fois par plusieurs langues comme spéciales à chacune d'elles, et cela se conçoit à une époque où les langues modernes se dégageaient d'une souche commune, la langue de l'Empire et de l'Eglise, qui avait latinisé, à la décadence et à travers le moyen-âge, les termes des dialectes divers de l'Europe centrale et méridionale.

Les nuances hnguistiques devaient être encore moins accentuées dans les livres des professeurs d'universités, qui reflétaient généralement le cosmopolitisme de leurs auditeurs.

Et il est évident que l'auteur de Vlmitation a occupé une chaire publique. L i. ii. m. xxiv. IIL ii.

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