‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 10 sur 166 · Leviallian, 1. III, c. xixiii, Londres, iG5i · texte numérisé non relu

Leviallian, 1. III, c. xixiii, Londres, iG5i

2. SysUma tlieologicum ex Prxadamitaram hypolhesi, 1. IV, s. 1., iG55, p. 173-182.

3. Traclatus theologico-potiticus, 1670, c. viii, édit. Tauchnitz, t. m, p. 125 sq. ; trad, Saisset, 2° édit., Paris, i86i, t. 11, p. i53 sq.

d'Og, conservé à Rabbah, et il en conclut que le Penta- •teuque actuel est bien postérieui* à Moïse. Cependant Moïse a réellement rédigé divers morceaux, insérés dans le Pentateuque, Exod., xvii, i4, notamment le livre des guerres, Num., xxi, i4- H a peut-être écrit d'autres passages encore, quoiqu'il ne soit pas nécessaire de le supposer. Peut-être aussi les lois qu'il a portées ont-elles été insérées plus tard dans sa biographie. Le Pentateuque n'a formé qu'un écrit avec Josué, les Juges, Ruth, les livres de Samuel et des Rois. Son aviteur est Esdras. qui a modifié les lois mosaïques en les adaptant à son époque, et qui a composé le récit historique avec les œuvres de différents écrivains, qu'il a transcrites sans avoir eu le temps de les coordonner. Il a donc laissé dans son œuvre des incohérences, des répétitions, un désordre évident, que l'on constate aisément.

Le sentiment de Richard Simon sur l'origine mosaïque du Pentateuque est souvent exposé d'une façon incomplète et inexacte. Notons d'abord qu'il a imaginé son système pour répondre aux objections de Spinoza et défendre l'autorité historique et divine des livres de Moïse. Quant à la composition du Pentateuque, il attribuait à Moïse seul toute la partie législative ; pour les récits historiques, il reconnaissait que Moïse avait rédigé aussi lui-même, mais d'après d'anciens mémoires, le récit de la création et l'histoire des premiers patriarches, c'est-àdire la Genèse entière. Mais l'histoire contemporaine, il ne l'avait pas écrite lui-même; il l'avait fait écrire par des scribes publics, dont on constate plus tard l'existence et qui étaient chargés officiellement de rédiger les Annales d'Israël. Bien que le Pentateuque ne mentionne pas leur institution par Moïse, il est vraisemblable que ce législateur les a établis et leur a fait tenir les écrits

publics de son temps. Ces scribes publics étaient inspirés de Dieu. Ils n'avaient pas pour unique fonction de rédiger les actes conservés dans les archives de la République hébraïque; ils avaient aussi la liberté d'en faire des recueils abrégés qu'ils arrangeaient, disposaient, modifiaient et complétaient comme ils l'entendaient, toutefois sous l'inspiration divine. Leurs abrégés, étant inspirés, avaient une autorité divine, qui n'est pas diminuée ni contredite par les répétitions qu'ils ont laissées pour ne pas modifier les anciens actes qu'ils résumaient. Leur travail peut légitimement être attribué à Moïse, parce qu'il avait été fait par ordre de Moïse. Quant à certaines incohérences du texte actuel, elles s'expliquent par le déplacement des feuilles, opéré à l'époque où les livres de la Bible avaient la forme de rouleaux. Elles ne prouvent donc rien contre l'origine mosaïque et l'autorité divine du Pentateuquc ^ Le chevalier Paul Drach, rabbin converti, a émis au xix^ siècle un sentiment, qu'il rétracta plus tard, semblable à celui de Richard Simon -.

L'arminien Jean Leclerc, sous le voile de l'anonyme, attaqua Richard Simon et renchérit sur lui en niant l'authenticité mosaïque du Pentateuque. Dans sa vif lettre, il signale dans les cinq livres de Moïse des détails et des chapitres entiers qui, selon lui, n'ont pas été

1 . Voir Histoire critique du Vieux Testament, préface non paginée, et 1 . 1 , c. i-vi, Rotterdam, iG85, p. i-^ô ; Réponse an Hure intilalé : Senlimens de quelques théologiens de Hollande, c. vi-is, Rotterdam, 168G, p. 55rj'i ; De l'inspiration des livres sacrés avec une réponse au livre intitulé : Défense des senlimens de quelques théologiens de Hollande, Rotterdam, 1G87, p. 20-34, iili-i3b, 137-147, 1 5o sq. Cf. A. Bernus, Richard Simon, Lausanne. 18O9, P- 78-80, 88-89; II. Margival, Richard Simon et la critique biblique au XVII' siècle, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1897, t. 11, p. 54o-5.'i5.

2. Yaschar, trad. franc., dans le Dictionnaire des apocryphes de Migne, Paris, 1806, t. 11, col. 1074-10-5.

rédigés par Moïse, et supposent une époque postérieure. Le Pentateuque, dans son état actuel, est donc une compilation faite, non pas comme le voulait le P. Simon, d'ouvrages officiels, d'extraits des archives publiques, mais plutôt d'écrits particuliers, même antérieurs à Moïse, tels que celui qui est cité Num., xxi, i4- La tradition s'est trompée en attribuant le Pentateuque à Moïse, qui n'en avait rédigé que la partie principale. L'auteur est demeuré en Chaldée ; sa connaissance des choses chaldéennes le montre. Or, avant la captivité des dix tribus, les Juifs n'avaient pas passé l'Euphrate. L'auteur du Pentateuque a donc vécu après 722. Toutefois, il n'est pas Esdras, comme le pensait Spinoza, puisque les Samaritains lisaient avant Esdras le Pentateuque à peu près dans l'état où il se trouve dans la Bible hébraïque- Au sentiment de Le Clerc, l'auteur du Pentateuque est plutôt le prêtre Israélite qui fut envoyé par le roi d'Assyrie aux Samaritains pour les instruire dans la religion hébraïque, lY Reg., XVII, 24-28; il a composé le livre de la Loi pour leur instruction. Il n'avait pas commencé son travail de rédaction avant la 18^ année du règne de Josias, quand la Loi fut trouvée dans le Temple de Jérusalem ; cette découverte lui a donné l'idée de rédiger le Pentateuque. Plus tard, les prêtres de Jérusalem ont mis d'accord leur Loi retrouvée avec le Pentateuque samaritain *. Le Clerc maintint son opinion contre la réfutation de Richard Simon -. Mais, plus tard, il l'atténua. Tout en prétendant encore que le Pentateuque, dans son état actuel, était plus récent que Moïse.

1. Senlimens de quelques Ihéologiens de Hollande sur l'Histoire critique du lieux Testament, Amsterdam, i685, p. 107-129.

2. Cf. Défense des sentimens de quelques théologiens de Hollande, Amsterdam, 1G86, lettre tu", p. 1GG-188.

il déclarait que les additions étaient si peu considérables qu'on ne pouvait pas refuser la composition de l'ouvrage à Moïse lui-même '. Antoine Van Dale soutint en 1696 qu'Esdras était l'auteur du Pentateuque et qu'il avait utilisé le livre de la loi, découvert au Temple, et d'autres écrits, historiques et prophétiques.

ARTICLE DEUXIÈME L'hypothèse des sources ou des documents.

La première systématisation sur l'origine littéraire du Pentateuque consista dans la supposition de sources plus anciennes utilisées, au moins pour la Genèse. Jean Astruc, médecin de Montpellier, l'émit le premier dans un ouvrage anonyme -. Il ne se bornait pas, comme ses prédécesseurs, à supposer que Moïse s'était servi des mémoires antéx'ieurs ; il déterminait quels avaient été ces mémoires et les parties du récit actuel qui leur avaient été empruntées. Les répétitions et les divergences, constatées dans la Genèse, lui avaient servi de point de départ; mais la diversité des noms Élolilm et Jéhovali pour désigner Dieu lui permettait de distinguer deux sources ou deux documents, combinés par Moïse. L'un comprenait les passages élohistes, et l'autre les passages jéhovistes de la Genèse. Astruc semble avoir aussi admis l'existence d'un troisième document, nommant Dieu Jéhovah-Elohim. Les autres passages où Dieu n'est pas nommé ne sont pas d'origine hébraïque. Astruc distinguait neuf autres sources, qui n'étaient que des fragments, bien qu'il les

I . Genesis sive Mosis prophctv liber primus, prolegomena, dissert. III, Amsterdam, iGg3.

3. Conjectures sur les mémoires orifjinanx dont il parait que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles (Paris), 1763 ; trad. allemande, Francfort-sur-le-Mein, 1789.

nommât « mémoires ». Il supposait enfin que Moïse avait disposé sur quatre colonnes les matériaux préexistants, et que les copistes avaient mêlé et confondu ces quatre récils; ce qui expliquait les répétitions et les incohérences de la Genèse actuelle *.

Eichhorn développa les vues d'Astruc-. Il a étendu la distinction des sources élohiste et jéhoviste aux deux premiers chapitres de l'Exode et il a indiqué quelques interpolations un peu postérieures à Moïse.

Son principal effort a été de caractériser les documents, non seulement par l'emploi différent des noms divins, mais encore par leur contenu et leur style. Quant à leur origine, il déclare n'être pas en mesure de la déterminer. Il pensait d'abord que Moïse lui-même avait rédigé la Genèse et le début de l'Exode d'après ces deux écrits. Plus tard, il ne parla plus que d'un rédacteur, qui aurait utilisé ces sources. Le reste du Pentateuque, sauf quelques interpolations, était la législation et le journal de vovage de Moïse.

Charles-David Ilgen développa le même ordre d'idées ^. Supposant dans Gen., xvii, un document nouveau, il aboutit à distinguer trois écrivains, deux élohistes et au moins un jéhoviste. Il nommait les deux élohistes les scribes Eliel harischon, EUel hascheni, et le jéhoviste, le scribe Elijah harischon. Les trois écrits étaient indépendants, complets en eux-mêmes et distincts dans leur genre de rédaction. En les combinant, le rédacteur lésa modifiés pour les mettre d'accord. Aussi n'est-il pas facile d'en discerner tous les éléments constitutifs.

I. Voir Dictionnaire de la Bible, art. Astriic, t. i, col. 1196-1197. a. Einleilung in dos A. T., Leipzig, 1780, t. i.

3. Die Urkunden des jerusaUmischen Tempelarcitius m iTirer Urgestalt, Halle, 1798, t. I (seul paru).

ARTICLE TROISIÈME L'hypothèse des fragments.

Cependant une autre hypothèse s'était fait jour, qui considérait le Pentateuque comme un conglomérat de fragments détachés et disparates. L'initiateur dans cette voie nouvelle fut un prêtre catholique anglais, qui était interdit, Alexandre Geddes ^ Il remplaça les documents principaux par un grand nombre de fragments plus ou moins étendus, divergents et même contradictoires, réunis et mis en ordre par un rédacteur. Il groupait ces fi'agmcntsen deux séries distinctes par l'emploi des noms divins, Élohimet Jéhovah. Yater adopta les vues de Geddes et les répandit en Allemagne "-. Selon lui, il est possible que Moïse soit l'auteur de quelques-uns des fragments qui sont entrés dans le Pentateuque; mais il n'est pas le rédacteur ou compilateur définitif. Celui-ci n'a fait que juxtaposer dans l'ordre chronologique des fragments qui sont restés disparates dans sa compilation. Ces fragments étaient d'époque différente. Les lois en particulier ont été portées selon les occurrences. Un premier recueil, celui du Deutéronome, existait au temps de David et de Salomon ; on le retrouva sous Josias. Les fragments historiques et législatifs, composés dans l'intervalle, y furent joints. Vater ne savait pas au juste quand le Pentateuque avait été rédigé dans son état actuel ; il était porté à croire que c'était dans les derniers temps du royaume de Juda. De Wette se rallia à l'hypothèse des fragments. En i8o5, il publiaitune Disserlalio critica qua aprioribns Dculeronom'aim Penlalen-

1. TIte lioly Bible or llie Books accounteil sacred hv Jews and Clirislians, Londres, 171)2, t. i; Crilical remarks on llie liehreiv,Loadros, 1800, t. i.

2. Commentar (iber den Penlaleucli, 3 in-8°, Halle, i8o2-i8o5.

chi libris diversum alius cujusdani recentioris aucloris opus esse monstratur, in-^", Icna. Dans le t. ii de ses Beitràge :ur Einleitung in das A. T., Halle, 1807, il fit la critique de l'histoire mosaïque. Ce qui distingue son sentiment personnel de celui de ses devanciers, c'est qu'il n'admet pas la valeur historique et documentaire des fragments utilisés dans le Pentateuque. Pour lui, ces morceaux sont des mvthes antiques K La Genèse et l'Exode sont l'épopée nationale des Israélites, formée, comme les œuvres d'Homère, de fragments divers. Les autres livres sont des collections postérieures. Le Lcvitique est le recueil des lois attribuées à Moïse et soi-disant données au Sinaï. Les Nomhres forment un appendice, sans plan, des trois premiers livres qu'ils continuent. Le Deutéronome comprend des lois postérieures, promulguées par Moïse au pavs de Moab et présentant un caractère différent de la législation du SinaL La collection des cinq livres est nécessairement postérieure à la découverte du Deutéronome sous le règne de Josias. De Wette maintint ses conclusions dans son Lehrbuch der historisch-kritische Einleitung in A. T., 181 7; mais dans la 3« édition de cet ouvrage, Berlin. 1829. il transporta au temps de la captivité des Juifs à Babylone la composition du Deutéronome et la dernière rédaction du Pentateuque.

L, Berthold - a adopté l'hypothèse des fragments, dont quelques-uns étalent de Moïse lui-même ou, au moins, remontaient à son temps. Le Pentateuque n'a pu être fait qu'à l'époque des rois, sous le règne de Salomon; mais les morceaux qui le composent ont été écrits surtout

1. Voir Dictionnaire de la Bible, art. Mythique (Sens), t. iv, col.

2. Hisiorisch-krislische Einleitung, Erlangen, i8i3, part. III, p. 768-

au commencement du règne de Saùl. Les recueils se sont formés progressivement, de telle sorte que quatre ou cinq écrivains y ont mis la main.

Hartmann ^ déclarait que Moïse ne savait pas écrire et que les Israélites n'avaient connu l'écriture que du temps des Juges. Les plus anciennes parties historiques du Pcntateuque sont postérieures à Salomon. Les recueils écrits de lois appartiennent aux derniers temps de la royauté. Les éléments les plus Importants du Pentateuque existaient à l'époque de Jérémie et d'Ezéchlel. On n'y inséra plus tard qu'un petit nombre d'additions, plus ou moins bien reliées au reste. L'œuvre dans son état actuel date de la captivité des Juifs à Babylone. P. vonBohlen, dans l'introduction de sa Genèse, Kônigsberg, i835, adopta les conclusions de Hartmann, avec cette seule différence qu'il regardait le Deutéronome, découvert sous Josias, comme la plus ancienne partie du Pentateuque.

ARTICLE QUATRIÈME L'hypothèse des compléments.

L'hypothèse fragmentaire ne compta pas beaucoup de partisans; elle rencontra un plus grand nombre d'adversaires. L'opposition contre l'émlettement des fragments ramena à considérer le Pentateuque comme une œuvre unique, complétée par un rédacteur. On reconnaissait donc à la base un noyau primitif, formant une histoire complète et suivie, à laquelle on a rattaché en guise de suppléments des lambeaux de toute sorte. On ne sait pas à qui on doit rapporter la première idée de cette nou-

I . Hisiorisch-kritische Forschungen ûber die Bildang, dos Zeitalter und den Plan der fiinf Biicher Moses, Rostock, i83i, p. 552-700.

vclle hA-pothèse. Dès 1812, Relie * avait soutenu que la Genèse était un livre, primitivement bien ordonné, mais dont les récits avaient été déformés et le plan disloqué par des interpolations successives ou des traditions orales insérées dans sa trame. H. Ewald - considéra aussi la Genèse comme l'œuvre d'un seul auteur, qui l'avait composée sans recourir ni à des documents ni à des fragments antérieurs. Le plan exigeait le travail d'une seule main, et l'unité du style et l'origine du fond confirmaient cette conclusion. Ewald niait seulement que Moïse fût cet auteur. On a prétendu que Stahelin '^ avait le premier appliqué au Pentateuque entier l'h^q^othèse complémentaire; il n'en est rien. Stàhelin était partisan de l'in-pothèse des documents. C'est Ewald qui. rendant compte de l'ouvrage de Stàhelin *, soutint que, comme la Genèse, tout le Pentateuque avait à sa base un écrit unique, racontant l'histoire depuis le commencement du inonde juscju'à la mort de Moïse et la conquête de la Palestine. Cet écrit était élohiste. Son auteur v avait inséré quelques morceaux antérieurs, tels que le Décalogue et le livre de l'alliance. Plus tard, il se fit un autre écrit, contenant de nouvelles lésfendes et nommant ordinaircment Dieu Jéhovah. Des morceaux de l'ouvrage jého'viste furent ensuite insérés comme compléments dans l'écrit élohiste. Cette insertion fut le travail du rédacteur du Pentateuque. F. Bleck, changeant d'opinion, se rallia à l'hvpothèse complémentaire ^. Considérant que les morceaux jéhovistes manquaient d'unité, il

1. VerurlheiUJreie Wûrdignng der mosaischen Schrijien, Freyberg.

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