LANGUE SPÉCIALE, A SAVEUR ANTIQUE
Indépendamment des noms communs, d'origine égyptienne, qui existent dans le Pentateuque ', la langue de ce livre a des caractères propres, qui ne se rencontrent plus déjà dans le livre de Josué. On a signalé un certain nombre de termes, de locutions et déformes archaïques, qui sont employées dans le Pentateuque, mais qtii tombèrent bientôt en désuétude. Cf. R. Graffin, Étude sur certains archaïsmes du Pentateuque, dans le Compte rendu du Congrès scientifique des catholiques. Paris, 1888, t. i, p. i54-i65; Dictionnaire de la Bible, art. Archaïsmes, t. I, col. 911. M. Loisy - a discuté quelques-uns de ces archaïsmes, idiotismes de langage ou particularités grammaticales, qui, selon lui, ne sont souvent que des anomalies d'écriture. Il explique notamment de cette manière l'emploi du pronom s-- pour les deux genres. Il prétend que jusqu'à une époque relativement récente la voyelle de ce pronom n'était pas écrite, en sorte qu'on avait pour les deux genres, dans tous les livres de la Bible, les simples lettres sn. La lecture seule difTérenciait le masculin du féminin. La présence du ' dans le pronom féminin n'est pas un fait primitif. Les quicscentes ^ et > n'ont été ajoutées qu'à une époque assez récente. Les Massoiètes, en transcrivant s"- féminin, ont marqué sous le - le point de la voyelle /. Ils lisaient donc ht et non hù. S'ils ont conservé l'anomalie s-n,
1. Voir F. Vigourouï, La Bible et les découvertes modernes, 6" édit., Paris, 1896, t. II, p. 586-591.
2. Histoire critique du texte et des versions de la Bible, clans L'enseignement biblique, Paris, 1892, t. i, p. 5i-5G.
c'est par un respect exagéré pour le seul manuscrit du Pcnlateuque qu'ils ont transcrit et ponctué, et la leçon de leur manuscrit s'explique par le fait que, vers le commencement de notre ère, l'écriture hébraïque ne mettait que peu ou pas de différence entre le t et le ». Le Talmud de Jérusalem ' rapporte qu'au retour de la captivité on trouva au parvis du Temple trois rouleaux du Pentateuque, les livres Méôna, Zaalout et Hou. Dans l'un, on lut seulement neuf fois n'- ; dans deux autres, on lut onze fois n'h; on adopta la lecture des deux volumes, abandonnant celle d'un seul. Quelle que soit l'autorité historique de ce l'enseignement, il en résulte cependant que les rabbins considéraient le nombre des manuscrits pour le maintien des onze exceptions de la forme féminine. Ils croyaient toutefois à une tradition paléographique, antérieure à l'exil. La question serait de savoir si leur sentiment était fondé. Tout en maintenant l'inpothcse d'une simple irrégularité d'orthographe, M. Loisy reconnaît que l'emploi du masculin "?£ pour le féminin ït'J.^ peut être un Idiotisme ancien, quoiqu'il ne soit pas à lui seul une marque de haute antiquité. Pour les pronoms ~!'^>"'^^, ils ne seraient probablement encore, à son avis, que des différences orthographiques ^. ^Liis d'autres critiques y reconnaissent décidément des archaïsmes, dont la présence dans le code sacerdotal, le plus récent des documents de l'IIexateuque, s'expliquerait par le dessein avéré d'archaïser. Cette explication qui n'est qu'une conséquence nécessaire de leur système
I. Traité Taanitli, it, 2, trad. Schwab, Paris, i883, t. ti, p. 179-
a. M. Lucien Gautier, InlroducUon à l'Ancien Testament, i. i, p. 271, voit flans ces particularités, non des archaïsmes, mais seulement des caractères distinctifs du texte du Pentateuque, tel qu'il a été établi par les docteurs juifs.
n'est pas admissible. L'emploi de formes archaïques est plutôt une marque d'antiquité.
En outre, il y a dans le Pentateuque des mots et des phrases, qu'on ne trouve pas dans les autres livres de la Bible et qui passent avec raison pour être des formules anciennes. Ainsi 'âbib, u épi « ou le premier mois de l'année; kibsân, « four; » kâsas, « compter; » mékés, « la somme comptée; » miksâh, u compte; » yê'âsef 'el-'ammar, « être réuni à ses pères, » ou simplement yê-'asef, Num., xx, 26 '. Certaines phrases poétiques, telles que « couvrir l'œil de la terre », Exod., x, 5, i5; Xum.,xxii, 5, II, signifiant couvrir la surface de la terre, sont très antiques et un dernier indice d'antiquité du Pentateuque ^.
1. Sur le 'ômer et Y'issdron, voir Dictionnaire de la Bible, t. m, col. ,73.
2. F. A igouroux. Manuel 61'6/içne, la* édit., Paris, 1906, t. i, p. 434-430.