RÉPONSE AUX ARGUMENTS DES CRITIQUES
La thèse de rauthcnliclté mosaïque du Pentatcuquc maintenue, les arguments des critiques à rencontre ne sont plus que des objections, qu'il est pourtant nécessaire de résoudre pour étayer la thèse contre les assauts de ses adversaires. Je ne me suis pas proposé de discuter ici tous les arguments des critiques, mon but principal ayant été d'exposer parallèlement les hypothèses modernes et la thèse traditionnelle; je me bornerai donc à indiquer la position prise par les partisans de l'authenticité mosaïque, en face de la méthode et des conclusions des négateurs. On trouvera, chemin faisant, la solution des principales difficultés.
ARTICLE PREMIER
Les arguments généraux contre l'antiquité et l'unité du Pentateuque sont insuffisants à détruire l'authenticité mosaïque de ce livre.
Moïse, écrivant des Annales plutôt que son journal ou ses Mémoires, a fort bien pu parler de lui-même à la troisième personne, dresser sa généalogie comme celle d'un
étranger, et les louanges qu'il se donne sont assez modérées pour qu'il ait pu, sans manquer à l'humilité, se les décerner, si même elles n'ont pas été insérées dans la trame du récit par les secrétaires ou scribes qui écrivaient sous sa direction. Quant aux anachronismes signalés, la plupart pourraient tout naturellement être considérés comme des gloses, insérées plus tard comme explications historiques, géographiques ou archéologiques d'un texte ancien. Quelques-uns s'expliquent par le fait que le récit n'a pas été rédigé immédiatement après l'événement, un intervalle de quarante années a pu s'écouler avant la dernière rédaction du Pcntateuque. C'est ainsi que la durée de la manducation de la manne, Exod., XVI, 35, n'a pas été indiquée, dès que la manne est tombée pour la première fois ; mais Moïse, peu avant sa mort, a bien pu dire que les Israélites en mangèrent jusqu'à leur entrée au pays de Chanaan. Les livres des guerres deJéhovah et du juste étaient des anthologies de poèmes, qui n'étaient pas fermées et qui furent complétées plus tard par des morceaux plus récents '. Dans le cantique de Moïse, Exod., xv, i6, 17, le pays de Chanaan n'est pas expressément désigné sous le nom de terre des Hébreux, et la possession des Hébreux ncst que future. L'orientation du récit dépend du sens donné à la locution l^Tl!'] "•??'' qui désigne, selon les cas, la contrée transjordanienne ou cisjordanienne. Elle n'indique pas toujours, comme on le prétend, le pays situé à l'ouest du Jourdain. C'est le contexte qui fixe le sens de hi locution. Les doubles récits ne sont pas certains; le fussent-ils, ils ne prouveraient pas la pluralité d'auteurs. C'est une
1. Sur les noms des villes de Dan, voir Dictionnaire de la Bible, t. 11, col. l3l|!^-l3f^ô, et de Cariath-Arbé, ibid., t. i, col. 88. '1 ; t. m col
pure supposition de prétendre que les relations d'Abraham et d'Isaac avec Abimélech, roi de Gérare, ne sont que le même fait dédouble; les circonstances difl'crentes des deux récits montrent la distinction des deux événements, répétés dans des situations analogues du père et dufds. Il en est de même des deux enlèvements de Sara. Les prétendues étymologies multiples des noms propres s'expliquent aisément '. Les répétitions de la Genèse, si elles étaient constatées, prouveraient seulement que Moïse aurait utilisé des documents différents. Plusieurs d'entre elles et de celles des autres livres proviennent, d'ailleurs, d'un procédé littéraire de l'auteur, qui, reprenant un récit interrompu, le résume, avant de le continuer. Il y a aussi des faits qui se sont produits deux fols, tels que le double envoi des cailles - et le double miracle du rocher frappé.
Les prétendues contradictions, relevées entre plusieurs récils, ne sont le plus souvent que des divergences, résultant de la variété du point de vue et n'étant pas inconciliables. Elles disparaissent aisément dans une heureuse harmonisation des détails et sont résolues par les commentateurs ^. Celles que l'on découvre dans la législa-
I. Voir Dictionnaire de la Bible, art. Bersabée, t. i, col. i6îf)-i638 ; Hi-thel. ibid., col. 1672-167/i; Galaad, t. m, col. Itb, et les articles spéciaux des noms cités, p. -'i3.
a. Voir Dictionnaire de la Bible, t. 11, col. 33. Pour l'organisation successive des anciens et des juges au désert, voir ibid., t. i, col. 554-
3. Les prétendus signes de documents distincts, au jugement de l'ahbé de liroglie. Questions bibliques, édit. Piat, Paris, 1897, p. laS, « se réduisent à des anomalies insignifiantes, qui ne prouvant qu'une chose, que le mode de composition des narrateurs hébreui n'est pas aussi simple et aussi clair que le nôtre. » Sur les femmes d'Esaû, voir Dictionnaire de la Bible, art. Ada, t. i, col. i65; Basemalh, ibid., col. l'iya ; svir le beau-père de Moïse, voir llobah, t. m, col. 725-726; Jé~ lhro,ibid., col. i52i-i522.
lion ne sont pas plus insolubles. Elles proviennent de lois successives, complémentaires, que l'on prend pour des dispositions contraires '.