ARTICLE DEUXIÈME
Les conclusions des critiques sont très divergentes et par suite incertaines.
Si les principes de la critique littéraire, tels qu'ils sont appliqués depuis plus d'un siècle, étaient certains, les résultats obtenus seraient uniformes et identiques. Or la critique du Pentateuque n"a ni stabilité ni unanimité. Il suffit de rappeler les phases successives et divergentes, par lesquelles elle a passé, voir p. a^-SS. Dans l'état actuel dos choses, si la théorie documentaire est prédominante, elle n'a pas encore rallié tous les suffrages, et des esprits indépendants, en dehors du catholicisme et dans la catégorie des savants, en sont les adversaires l'ésolus. En outre, ses partisans eux-mêmes ne s'entendent que pour refuser à Moïse la composition de l'Hexateuque. Sur l'étendue et la date des documents, sur la part à attribuer aux divers rédacteurs, l'accord est loin d'être fait, et il y a presque autant de sentiments différents que de critiques. L'exposé du système, fait dans les pages précédentes, le montre assez clairement. La divergence des avis sur l'âge des documents a été nettement résumée par le comte de Baudissin -. L'accord est plus
1. Voir Dictionnaire de la Bible, art. Autel, t. i, col. laGG-iaGS; Loi mosaïque, t. it, col. 338. Cf. F. Vigouroux, Manuel biblique, 12* édit., Paris, igoG, t. i, p. .'j58-4G3 ; P. Martin, Introduction à la critique générale de l'A. T., Paris, 188G-1887 (lithog.), t. i, p. 167-294; J. hiAey, Die Pentateuchf rage. Munster, 1903, p. ^3-47,53-62, 17G-187.
2. Einleitung in dieBncher des A. T., Leipzig, 1901, p. 72-77. Voir la traduction par M. Vigouroux, Manuel biblique, 12* édit., Paris, 1906, l. I, p. 440-444-
grand sur la part qui revient à chaque document; cependant Tenscmble des conclusions n'est pas admis par tous sans variation notable, et les divergences ne portent pas que sur des détails ; les tables d'Holzinger, auxquelles on en appelle, en font foi '. L'analyse et la continuité des deux documents éloliistc et jéhoviste ne sont pas certaines, et les critiques sont obligés d'avouer leur impuissance à distinguer les parties qui proviennent des deux récits. Le désaccord est plus grand au sujet du travail propre des rédacteurs, et on se souvient que Dillmann a élaboré un système spécial sur la rédaction del'Hexatcuque.Ces divergences, aussi atténuées qu'elles soient, n'en demeurent pas moins réelles et détruisent, pour tout esprit raisonnable, la soi-disant certitude des résultats acquis de la critique documentaire. Elles confirment aussi indirectement la thèse ancienne et longtemps unanime de l'authenticité mosaïque du Pentateuque ^.