I. A. Theiner, loc. cit., p. 8G
tion de foi ou anathème concerne la réception des Livres Saints et des traditions. Pour les Livres Saints, elle nous oblige : 1° à recevoir tous les Livres susdits pour sacrés et canoniques ; 2° à les recevoir intégralement '. Si la détermination des livres reçus est faite d'après les titres et d'après les noms des auteurs, quand la Bible elle-même ou la tradition les donnent, elle n'est pas l'objet de la définition de foi du concile. Au jugement du cardinal Franzelin -, jadicium de canone Ubroriim sacrorum in concilio Tridentino erat explicitum judiciuni de dogmate revelato hos libros omnes esse divinitas inspiratos. Si l'éminent théologien parle d'un judiciam implicitum, contenu dans le même décret, ce n'est pas sur l'authenticité historique et littéraire des Livres Saints, mais de facto dogmatico conformitatis cum textu primitivo in hac latinaeditione vulgata longo saeculorum usu publiée recepfa.
CONCLUSION
De tout ce qui précède, il ressort clairement que les Pères de Trente n'ont pas eu l'intention de définir et, de fait, n'ont pas défini l'authenticité historique des Livres Saints, dont ils dressaient le catalogue. Aucun partisan de l'authenticité du Pentateuque ne se prévaut d'une définition qui clorait le débat. Aucun théologien, hormis M. Magnier, ne donne ce sens au décret De canonicis
1. Cf. Jules Didiot, Commentaire théologiqne de la IV' session da concile de Trente, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, 1889, t. iix. p. 395-897.
2. Traclutus de divina tradilione et Scriptura, th. xviii, De divinis Scripturis, coroll. i, 3* édit., Rome, 1882, p. 523. « Lorsque le concile de Trente énuméra solennellement et nommément les livres de l'Écriture, il déBnit et déclara explicitement leur canonicité. » C. Chauvin, Le^-o/us d'introduction générale, théologique, historique et critique aux divines Écritures, Paris, 1897, p. 7Û, note i.
Scripturis. Plusieurs l'excluent positivement, surtout ceux qui ont étudie les Actes du concile de Trente '. Aussi le souverain pontife Léon XIII, dans l'encyclique Providentissimiis Deus, parlant de l'attribution des Évangiles et des écrits apostoliques, faite par les rationalistes à d'autres auteurs que ceux qu'on leur donne, ne qualifie pas ce sentiment àliérésie^ mais seulement d'erreur monstrueuse [porlentum). C'est à tort que M. Magnier a pi-étendu que l'Église, pour désigner les auteurs d'un grand nombre des Livres Saints, s'est appuyée sur une tradition divine, porteuse d'une vérité révélée. Les Pères de Trente n'ont pas invoqué pour ce point la tradition divine, dont ils ne disent pas un seul mot. Dans toute la matière de la canonicilé des Livres Saints, ils ne se sont appuyés que sur la tradition ecclésiastique. Ils ont reçu, en effet, ces livres comme sacrés et canoniques sans examen ni discussion des preuves de la canoniclté (ils laissaient ce soin aux tbéologiens), mais par une simple énumératlon, comme avait fait le concile de Florence^, et pour le faire, ils se référaient aux décisions ecclésiastiques, rappelées par le cardinal de Sainte-Croix, et ils suivaient l'exemple des Pères ortliodoxes, orthodoxorum Patrum exempla secula (synodus).
1. Jules Didiot, Commentaire historique de la IV' session du concile de Trente, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, 1889, t. tix, p. 692kgi', A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, Paris, 1891, p. 2^7-255; Id., Études bibliques, Paris, 1901, p. 1C-17; A. Durand, L'état présent des études bibliques en France, dans les Etudes, 5 février 1902, p. 3/17; G. Cereseto, Tre classi di dottori. Questioni circa gli Aulori e la Data dei Salmi, dei Proverbi e del Pentateuco, Monza, 1908, p. 1/49; E. Mangcnot, Dictionnaire de théolojie catholique, art. Authenticité, Paris, 1908, t. i,col. 2592-2598; E. Jacquier, Histoire des livres du N- T., Paris, 1908, t. I, p. libO-ti^j.
2. A. Theiner, op. cit., t. i, p. 5i-53; Merkle, op. cit., t. i, p. 3o- 32, û3i-435, 478-480.
Toutefois, bien que les Pères de Trente n'aient pas défini l'authenticité littéraire des Livres Saints, ils ont clairement manifesté qu'ils l'admettaient, puisque quelques-uns voulaient même la définir. Pour designer les Livres Saints, qui sont une des sources de la révélation divine, ils ont employé les appellations usuelles, fondées sur la tradition ecclésiastique, et, en les employant, ils affirmaient positivement, sans cependant en faire l'objet de leur définition, et ils proposaient comme une doctrine sûre et certaine l'authenticité littéraire des livres, dont ils nommaient les auteurs. Quoique donc leur affirmation ne s'impose pas comme devant être tenue de foi catholique, elle est cependant un témoignage imposant de la tradition ecclésiastique touchant l'authenticité de plusieurs livres canoniques. On ne serait pas hérétique, si on niait l'authenticité des livres dont les auteurs sont ^mmés: on serait, au moins, téméraire à la contester publiquement, sans de bonnes raisons et par mépris pour l'autorité de l'Eglise enseignante ^
I. J. Didiot, Commentaire historiqae, etc., loc. cit., p. ^92-^93.