Ibid., p. m
tiennent pas à la foi, l'autorité des saints Pères n'est que probable, ne doit pas, selon lui, s'appliquer à toutes les matières qui touchent à la religion. « Si l'on était certain, dit-il en substance, qu'une doctrine n'appartient pas à la foi, il faudrait bien admettre que les Pères qui l'ont enseignée unanimement exprimaient une simple opinion; mais, comme ce qui est en cause est de savoir si cette doctrine appartient à la foi, il ne faut pas en juger a priori ex prœsumplo discrimine inter res quœ ad fidein perlineant, et qax non pertineant, mais par la manière dont les Pères la présentent. » S'ils disaient nettement que la doctrine qu'ils affirment appartient à la foi de l'Église, on serait hérétique d'aller à l'encontre de leur sentiment unanime. Si consensus existât in doctrinani vel doctrinse explicalionem tanquam religiosam sea theologicain et veram, qiiin tamen salis appareat, iitrum eani proponant tanquam doctrinani fidei,... contra hujusmodi communem doctrinani repugnare erroris vel temeritatis nota plerumque non carebit '.M. ^ acant, qui approuve la règle de Franzelin, y ajoute cependant cette observation : « Si les Pères semblaient affirmer unanimement une doctrine religieuse que l'Eglise a laissé discuter librement dans les siècles suivants, il faudrait penser que les affirmalions des saints Pères exprimaient de simples opinions, et qu'elle ne remplissait pas la première condition exigée pour l'unanimité morale dans l'enseignement; car un dogme qui a été proposé à la foi des fidèles ne peut jamais ensuite se transformer en opinion libre 2. » A oilà pour le principe. Quant à son application à
I. Traclatus de divina traditionc et Scriplura, De iradilione, tli. xv, 3' édit., Rome, 1882, p. 176-178.
a. Éludes Ihéoloyiqites sur les Constitutions du Concile du Vatican, Paris, i8ij5, t. Il, p. 1 15.
l'origine mosaïque du Pcntateuque, elle repose sur la théorie des critiques modernes, suivant laquelle, si linspiration et la canonicité des Écritures sont l'objet direct du témoignage que l'Église rend aux Livres Saints, c'està-dire une question de foi, l'origine humaine des livres inspirés est, de soi, une question d'histoire ou de critique K Toutefois, ces critiques ne nient pas que, quoique l'attribution de tel livre à tel auteur soit un fait d'ordre commun attesté par l'Église comme témoin historique, il n'appartienne à l'Église de décider si cette attribution n'est pas, pour certains livres, liée si étroitement à la foi qu'elle doive être considérée en même temps comme relevant de la tradition dogmatique et de la tradition historique. En effet, l'autorité historique des Ecritures n'est pas du tout indifférente à la religion, et sans la certitude historique du témoignage scripturaire toute la démonstration évangéliquc et l'apologétique chrétienne rouleraient dans un cercle vicieux '■'. C'est pourquoi, tout en contestant l'attribution de tel livre à tel auteur, ces critiques ne voulaient pas diminuer l'autorité historique du livre; ils croyaient la mettre plutôt dans son vrai jour et la garantir ainsi contre les attaques des rationalistes. Selon eux, la valeur testimoniale du livre importe nécessairement à la démonstration chrétienne: l'attribution du livre à tel auteur n'est pas indispensable à cette démonstration ; aussi peut-on la contester, sans détriment pour la foi, quand elle n'est pas suffisamment garantie. Or, si l'autorité historique du Pcntateuque importe à la
1. A. Loisy, Histoire dn canon du Xouvedu Testament, p. a53-25i ; Etudes bibliques, p. 17, 107; F. de Hummelauer. Exegetisches zur Inspirationsfra-je, Fribourg-en-Brisgau, igo/j, p. 99-127. Voir à l'encontrc L. Billot, De inspiratione sacrx Scripturx, p. 61-67; Méchineau, L'origine mosaïque du Pentateuque, p. i3-2G.