‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 17 sur 166 · ARGUMENTS GÉNÉRAUX DES CRITIQUES · texte numérisé non relu

ARGUMENTS GÉNÉRAUX DES CRITIQUES

Avant d'exposer les caractères propres de chacun des documents, que les critiques discernent dans l'Hexateuque, il sera bon d'indiquer les arguments généraux qui leur paraissent fournir des indices de mains différentes dans la rédaction du Pentateuque. D'autre part, le livre lui-même contient des passages qui supposent qu'il n'est pas de Moïse ni de son temps.

ARTICLE PREMIER

Indices généraux de l'origine postmosaïque du Pentateuque.

Le Pentateuque ne se donne pas comme l'œuvre de Moïse, et il se présente à nous plutôt comme un livre où il est question de Moïse que comme un livre composé par Moïse. Le style impersonnel n'est pas, comme on l'a prétendu, une particularité de la Bible ou de la littérature orientale, car dans les plus anciens documents de l'Ancien Testament et dans la stèle de Mésa, le style direct est usité. D'ailleurs, il est souvent parlé de Moïse comme du héros dont on raconte l'histoire. Sa généalo-

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gie se termine par une remarque qui le désigne d'une manière objeclive, Exod., vi, 'j6, 27; xi, 3; Num., xv, 22, 28; Dcut., XXXIII, 4- Il est loué en des termes que lui-même n'aurait pas employés en écrivant son autobiographie, Num., xii, 3. Ces éloges s'expliquent aisément sous la plume d'un autre écrivain ; ils ne se comprennent pas, si on les suppose venir de Moïse lui-même.

En outre, plusieurs passages, déjà signalés par Abcnesra, voir p. 18, trahissent une époque postérieure à Moïse. Ce sont des indications historiques et géographiques, qui seraient des anachronismcs au temps de Moïse et qui s'expliquent très facilement, si le livre a été rédigé à une époque postérieure. Des remarques historiques, telles que : « Les Chananéens étaient alors dans le pays, » Gen., xii, 6; « Les Chananéens et les Phéniciens habitaient alors le pays, » Gen., xiii, 7, supposent un temps où ils n'y étaient plus, et la conquête de la Terre promise réalisée. Il y a aussi une allusion à cette conquête, Deut., u, 12. La liste des rois d'Edom, Gen., xxxvi, 3i, suppose l'institution de la royauté en Israël. Balaam l'ait allusion au roi Agag, contemporain de Saûl, Num., XXIV, 7. Les mots •^il^ °'"'I "'ï' désignant la persistance d'un fait, Gen., xix, 87, 38; Deut., m, i4, ne peuvent convenir qu'à une époque éloignée de l'événement. Le lit de fer du roi Og, conservé à Rabbath, Deut. , m, II, est indiqué comme une antiquité mémorable d'une ancienne victoire. Celui qui a écrit Exod., xvi, 35, savait déjà que la manne n'était plus tombée après la conquête de la Palestine, fait qui ne se produisit qu'après le passage du Jourdain, Jos., v, 12. Deux livres, postérieurs à Moïse, sont cités dans l'Hexateuque actuel, le u livre des guerres de Jéhovah », Num., xxi, i4, qui vraisemblablement est de l'époque de David, puisque les

guerres de ce roi avec les peuples voisins d'Israël sont nommées : « les guerres de Jéhovali, » I Sam., xviii, 17; XXV, 28, et le « livre du juste » ou « des justes », Jos., X, 12, i3, qui contenait des poèmes de l'époque de David. II Sam., i, 18.

Des indications géographiques supposent que les Israélites occupaient le pays de Chanaan. Des localités portent les noms qu'elles ont eus après cette occupation seulement. Ainsi Dan, Gen., xiv, ilx, s'appelait primitivement Lesem, Jos., xix, ^7, ou Lais, Jud., xviii, 29; cette ville n'a reçu le nom de Dan qu'à la suite de la conquête qu'en firent les Danites, après la mort de Moïse. Hébron, qui se nommait Cariatli Arbé, Jos.,xiv, 10, est pourtant mentionnée, Gen., xii, 8; xxviii, 19 ; xxxv, i5. Il y a plus. Le pays de Chanaan est souvent dit la terre des Hébreux. On conçoit à la rigueur cette désignation dans la bouche de Joseph en Egypte, Gen., xl, i5; on ne la conçoit pas sur les lèvres de Moïse, Exod., xv, 16, 17. Le rédacteur écrit à l'ouest du Jourdain. Il parle constamment, d'après cette orientation personnelle, de la partie de la Palestine, placée à l'est du fleuve, Gen., L, 10; Deut., 1, I, 5; IV, l^I, ZjG, 49- Cette manière de s'exprimer se rencontre même dans un discours de Moïse, Deut., III, 8, 20, alors que, dans la suite, 25, Moïse conforme ses paroles à la position du lieu où on le fait parler. Si la partie orientale est justement désignée par la formule l^'^h ""^.Tr' Num., xxxii, 19, c'est la partie occidentale qui est directement visée ailleurs, Num., XXII, i; xxxii, 33 ; XXXIV, i5; xxxv, i!i. L'orientation du récit d'après l'habitation en Palestine est faite encore, Exod., XXVI, 18, 22. La législation religieuse elle-même n'est pas appropriée au temps du séjour des Israélites au désert. Le Décalogue parle des étrangers qui habitent

« dans les portes n du peuple, Exod., xx, lo ; Dcut., v, 14. Les lois civiles conviennent à une population séden-

taire et agricole.

ARTICLE DEUXIÈME Le texte actuel manque d'unité et trahit diverses mains.

Si l'unité générale du plan prouve l'existence d'un dernier rédacteur qui a harmonisé des écrits différents, il reste, dit-on, dans la compilation, des traces suffisamment claires de ces documents distincts. Les doubles et les triples récits, les multiples éditions de lois, la dillérence générale des idées, de l'esprit, des tendances et du style sont des indices de la pluralité et de la diversité des sources.

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