Cf. Baentsch, op. cit., p. lii-lt
tient aujourd'hui dans le Pentatcuque, qu'il était censé avoir été promulgué par Moïse à la fin du séjour dans le désert et qu'il avait été rattaché plus tard à la législation du Sinaï, quand le Deutéronome a été considéré comme une répétition, faite dans les plaines de Moab, de la législation précédente. Pour llolzingcr, le livre de l'alliance était, dans E, le code de l'alliance avec Dieu, conclue par Josué à Sichem à la fin de la conquête de la Palestine, Jos., XXIV, 25. Mais le texte actuel a été retouché et altéré en beaucoup d'endroits. Dillmann croyait que le livre primitif était plus étendu que le livre, inséré dans E. Wellhausen et Driver y ont distingué deux catégories de dispositions les c'-^B'i'p, et les °'7-", Exod., xxiv, 3, qui étaient autrefois groupés, les derniers, xx, 22-27; XXII, 17-23, 26-3 1 ; XXIII, 20-33, et les premiers, xxi, i-xxii, 16, 24, 25; xxiii, 4-I9. Rothstein ' a rattaché ces dispositions aux dix préceptes du Décalogue. B. Baentsch '^ a proposé d'autres groupements. Les critiques pensent généralement que l'élohisle n'en est pas l'auteur et qu'il a inséré dans son récit un code préexistant, qui est le plus ancien code législatif d'Israël. On croit aussi que le livre de l'alliance a été rédigé, comme E, dans le royaume d'Israël, et, aux yeux de Stade, la loi de l'autel, Exod., xx, 2^-26, si elle faisait partie du noyau primitif, serait une disposition prise pour cmpêciicr les Israélites de ce royaume d'aller au Temple de Jérusalem. Reuss avait supposé que le code de l'alliance avait été promulgué comme code agricole à la réorganisation de la justice sous Josaphat, Il Par., xvii, 7-9.
I . Das BunJesbuch uml die relijionsijescliichtliche Eniwicidung Israel's, Halle, 1888.
■A. Das Bandesbuch, Halle, i8(j2. Cf. Exodus, Leviticus und IVumeri, GOltiiigue, if)o3, p. iLvii-Lii.
Cette hypothèse n'est pas fondée. Les autres critiques estiment que ce code est le résumé du droit coutumier d'Israël sous la royauté pleinement organisée. Il aurait donc été écrit après David, vers la fin du ix^ siècle ou au commencement du viiie et vraisemblablement, suivant la pensée de AVildeboer, dans les cercles sacerdotaux de Bcthel. Stade, ayant imaginé que le code de l'alliance ordonnait de sacrifier à Jahvé le fils premier-né, le rapportait à la seconde moitié du règne de Manassé (commencement du vu'' siècle), puisque ce roi imposa les sacrifices humains en l'honneur de Jahvé, par imitation du culte de Moloch. Holzinger y verrait plutôt l'opposition faite, au nom du droit primitif, par l'ancien jahvéisme au jahvéisme nouveau, inauguré par les prophètes. Driver, p. 87, fait remarquer que les lois de ce code sont simples et conviennent à une société peu développée, quoique ayant fait déjà quelques progrès dans la civilisation. Les préceptes concernant le culte sont assez élémentaires; certaines dispositions, telles que le droit du talion, Exod., xxi, aS-aô, sont primitives, et beaucoup ont trait à l'agriculture. L'ensemble présente un réel cachet d'antiquité. Depuis que l'on connaît le code babylonien d'Hammourabi, découvert récemment, on a constaté entre lui et le livre de l'alliance une certaine ressemblance. « Ce sont les mêmes principes, et lorsque l'application tombe sur les mêmes objets, la rencontre est presque littérale, sans qu'il soit nécessaire de supposer un emprunt littéraire '. » Le code hébreu est non seulement supérieur au code babylonien au point de vue de la pureté du sens moral et de la délicatesse du sentiment religieux; il s'en écarte encore « par tout ce qui dis-
I. P. Lagrange, Le code de Hammourabi, clans la Revue bibli(]ue, ir|o3, t. III, p. 5o.
tingue une société opulente, agricole, commerçante, d'une société patriarcale de semi-nomades qui pratiquent l'agriculture en même temps que l'élevage des troupeaux, mais qui ignorent les complications de la vie urbaine » '. Aussi le P. Lagrange -, appuyé sur la tradition qui représente Moïse comme le législateur d'Israël, reconnaît que le code de l'alliance est aussi ancien que Moïse.
La législation du code de l'alliance étant, au jugement des critiques, la plus ancienne législation écrite d'Israël, nous allons signaler ses principales dispositions, sinon morales et civiles, du moins religieuses et cultuelles, qui sont à la base du développement des codes subséquents. Elles répondent, du reste, aux faits racontés dans les documents élohiste et jélioviste et à l'histoire d'Israël, antérieure au grand mouvement prophétique. Elles servent donc de terme de comparaison avec les dispositions parallèles des autres codes et permettent de constater le progrès réalisé, au cours des siècles, dans les institutions d'Israël.
La loi de l'autel, Exod., xx, 24-2G, ordonne que l'autel du sacrifice soit de terre ou de pierres brutes et non taillées ; il peut être élevé en tout lieu où Dieu a manifesté son nom, et il n'aura pas de degrés, de peur que le sacrificateur, en les gravissant, ne découvre sa nudité en présence de Dieu. Cette législation n'accorde pas aux
1. P. Lagrange, Le code île llammoiirabi, dans la lievue biblique, igoS, t. xn, p. 5o.
2. La méthode historique, 2' édit., Paris, i(jo4, p. 177. Cf. ,1. Jereniias, Moses und 'ammourabi, Leipzig, igo3, p. 30-87; H. Grimme, Dos Gesetz Cliammourabis und Moses, Cologne, igoS, p. 3G sq. ; S. Œttli, Das Gesetz Hammurabis und die Tara Israels, Leipzig, igo3 ; D. II. Millier, Die Gesetze Hammurabis und ihr Verhâltnis zur mosaischen Gesetzgebung sowie zu den XII Tafeln, Vienne, iijo3.
Israélites la liberté d'élever partout où il leur plaira uti autel au Seigneur ; il faut que le lieu choisi ait été déjà sanctifié par une intervention divine ; mais elle ne suppose ni sanctuaire unique ni lieu fixé pour tous. Les patriarches dressent des autels et offrent des sacrifices aux endroits où Jahvé leur est apparu. Le tabernacle, où se trouve l'arche, n'est pas le lieu du culte centralisé. On y va consulter Dieu, qui pourtant se révèle ailleurs; on offre des sacrifices devant l'arche, mais pas exclusivement devant elle. Cette loi est appliquée encore à l'époque des Juges. Nonobstant l'existence du sanctuaire de Silo, où l'arche est conservée, on offre ailleurs des sacrifices, Jud.. vi, 26-28; xi, 11, 3i ; xiii, i5-23. Michas a une maison de Dieu, xvii, 5. Les Danites établissent un sanctuaire à Lais qu'ils ont conquise, xviii,
11 sq. Le sanctuaire de Silo. I Sam., i, g; m, 2, 3,i5, n'est que le sanctuaire principal. Quand l'arche fut prise par les Philistins, on sacrifiait en diverses localités, I Sam., VI, i4. lô; vil, 9, 17; IX, 12; XI, i5; xiii, 9,
12 ; XVI, 2-5 ; XX, 29 ; xxi, i ; xxii, 11, 18 ; II Sam., vi, i3-i5, 17-19; XXIV, 18-25. Le culte se continuait, dans le royaume de Juda, sur les hauts-lieux, même après la. construction du Temple de Jérusalem, I Reg., m, 2-4; XV, i4; XXII, 44; II Reg., XII, 3; xiv, 4; XV, 4, 35, et dans le royaume d'Israël, I Reg., xii, 26-33 ; Amos, iv., 4; V, 5; vm, i4; Ose., iv, i5; ix, i5; xii, 12. Élie et Elisée ne réclament pas contre la pluralité des autels, mais seulement contre le culte qui y est célébré. Élie se plaint delà destruction des autels de Jahvé, I Reg., xix, 10, i4; il dresse un autel au Garmel, xviii, 3o, 32, et Elisée sacrifie chez lui, xix, 21.
Le code de l'alliance contient peu de renseignements sur la nature des sacrifices. 11 stipule qu'on ne se prc-
senlera pas devant Dieu les mains vides, Exod., xxiii, iD ; il ordonne d'offrir à Dieu les prémices de l'aire et du pressoir et les premiers-nés des bœufs et des chèvres, XXII, 28, 29(hcb.). Le rachat du premier-né de l'homme, ibid., est aussi imposé, mais sans que le prix en soit fixé. La dimc n'est pas mentionnée; mais les prémices des fruits de la terre sont exigées, Exod., xxin, 19. On ne devait mêler rien de fermenté aux sacrifices, ni rien conserver des victimes pour le lendemain, y. 18. Les sacrifices paraissent donc comme une offrande spontanée des biens de la terre au Seigneur. Les patriarches en avaient offert à Dieu, Gen., xxii, i3; xxxi, 54; xlvi, i. Jéthro offre des holocaustes : Aaron et les anciens d'Israi-l participent à son sacrifice, Exod., xviii, 12. Moïse députe des jeunes hommes pour immoler des taureaux en actions de grâces, Exod., xxiv, 5.
Le livre de l'alliance commande la célébration de trois fêtes annuelles, °'în : 1° la fête des azymes qui dure sept jours, au mois d'abib ; 2° celle de la moisson ; 3" celle de la récolte des fruits, Exod., xxiii, i4-i8. Les deux dernières ont un caractère nettement et exclusivement agricole. La première, qui a lieu au printemps, se rapporte moins directement à l'agriculture; elle est déjà rattachée au souvenir de la sortie d'Egypte. Le livre de l'alliance ne parle pas de la Pàque. La durée des deux dernières fêtes n'est pas non plus fixée. La célébration de ces fêtes n'est pas expressément mentionnée dans les livres historiques de l'Ancien Testament. Une fête annuelle avec des danses de jeunes filles avait lieu à Silo, Jud.. XXI, 19. Les parents de Samuel allaient chaque année au même sanctuaire, 1 Sam., i, 3, 21 ; 11, 19. Jéroboam 1" établit dans son royaume au huitième mois une fête pareille à celle qui se célébrait en Jnda. 1 Reg.,
XII, 32, 33. Les anciens prophètes mentionnent plusieurs fois des fêtes religieuses, mais sans les désigner par des noms particuliers.
Le livre de l'alliance impose la célébration du repos sabbatique, mais dans un but humanitaire, sans relation avec le récit de la création, Exod., xxiii, 12, aussi bien que celle de l'année sabbatique, ibid., 10, 1 x. Il ne parle pas d'un sacerdoce distinct. Dans l'histoire élohiste des patriarches, les patriarches offrent eux-niémcs des sacrifices. Moïse, et non Aaron, aidé déjeunes irens, immole le sacrifice de l'alliance, Exod., x\iv, 5-8. Aaron n'apparait comme prêtre que dans l'histoire du veau d'or. Exod., XXXII, et la tribu de Lévi, qui frappe les coupables, n'a pas encore de droits spéciaux. C'est Moïse et Josué qui ont accès au tabernacle, Exod., xxxiii, 7-1 1. Dans l'histoire des Juges, on ne voit l'intervention d'aucun prêtre; il est question de lévites dans deux épisodes, Jud.. xvn-xxi. A Silo, il v a toutefois une famille sacerdotale, celle d'Héli, I Sam, i, 11, sans lien avec Aaron. Samuel, fils d'un Ephraïmite, joue un rôle sacerdotal. Saùl. David et Salomon offrent des sacrifices sans prêtres. Jusqu'à l'érection du Temple de Jérusalem, les fonctions du sacerdoce sont remplies par différents personnages, qui ne se rattachent pas à la famille d'Aaron. On voit des prêtres autour du Temple. Mais, dans le rovaume d'Israël, les sacrifices sont ollerts ou parle roi Jéroboam L"", I Reg., xiii, 1, ou par Élie et Elisée. Dans les sanctuaires de Béthel et de Dan, Jéroboam I-r avait institué des prêtres non lévitiques, I Reg., XII, 3i.
Toutes ces institutions religieuses du livre de l'alliance diffèrent, nous le verrons plus loin, de celles du Deutéronome et du code sacerdotal. Elles répoii-
dent à un stade moins avancé du développement de la religion d'Israël, et à une époque plus ancienne ^
ARTICLE DEUXIÈME Document jéhoviste, J.